Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

La Birmanie

 

En 1689, deux prêtres des Missions Étrangères de Paris, Jean Genoud (1650-1693) et Jean Jorret (1656-1693), arrivèrent de Siam, envoyés par Mgr Louis Laneau (1637-1696), et prêchèrent à Pégou (Bago) ; accusés de semer le trouble, ils furent condamnés et jetés au fleuve à Ava, en mars 1693.
 

De 1721 jusqu’en 1830 des Barnabites italiens s’occupèrent des villages chrétiens descendants de Portugais et aussi de quelques groupes de convertis à Pégou et Rangoon. Mais leur petit nombre réduisait leur action et les incursions d’Européens ruinèrent souvent leurs efforts : Mgr Gallizia et deux de ses prêtres y perdirent la vie en 1745.
 

En 1756, quand le roi Alaungpaya vint fonder la ville de Rangoon, ce fut sous l’accusation d’avoir appelé les Français de Pondichéry que le Père Nerini, le seul prêtre exerçant alors en Birmanie, fut décapité.
 

En 1767, quand les Birmans attaquèrent et détruisirent Ayuthaya, capitale du Siam, ils emmenèrent comme prisonnier Mgr Pierre Brigot (1713-1791), vicaire apostolique, qui put ainsi consacrer l’évêque d’Ava, Mgr Percotto.


C’est alors, en 1770, que le roi permit l’ouverture à Monhla du premier séminaire de Birmanie. De ce séminaire sortirent les premiers prêtres birmans: Joseph Maung Gyi et André Ko qui furent ordonnés en 1793 à Amarapura. C’était là que 100 ans plus tôt, Jean Genoud et Jean Jorret avaient été jetés dans le fleuve.
 

Des prêtres de la Propagande, puis des Oblats italiens prirent le relais des Barnabites. La mission chez les Karen commença vers 1844 à Myaungmya dans le delta avec le P. Tarolli, prêtre de la Propagande.
 

L’arrivée d’un groupe de pères Oblats italiens quelques années plus tard n’eut pas le succès espéré, car encore une fois l’intervention étrangère - l’occupation du sud du pays par les Anglais en 1852 – provoqua la destruction totale de tous les établissements chrétiens. La précarité de leur situation en Europe amena le Saint-Siège à proposer la prise en charge de la Birmanie entière par la Société des Missions Étrangères de Paris.

 

Arrivée de Mgr Paul Bigandet (1813-1894).


Le P. Paul Bigandet et plusieurs autres avaient déjà travaillé depuis 1838 chez les Birmans et les Karen du Tenasserim, province sous domination anglaise, et se trouvaient préparés à cette œuvre.
 

Le dynamisme et la largeur de vue de Paul Bigandet, placé à la tête de la mission en 1856, donnèrent à l’action apostolique un nouvel élan. Alors que chez les Karen du delta de l’Irrawaddy le P. Jean-Baptiste Lacrampe (1818-1892) fondait Kanazogon et le P. Jean Naude - Theil (1822-1900), Thinganaing, Mgr Bigandet se rendit chez le roi Mindon dans sa capitale d’Amarapura.
 

Sa connaissance du birman et du bouddhisme lui obtint la faveur royale. Il put visiter les villages du nord où travaillaient quatre prêtres italiens et il alla même voir la route de Bhamo, porte de la Chine. À Rangoon, il sut obtenir le respect et même l’amitié des autorités anglaises qui voulaient développer l’éducation. À Moulmein, les sœurs de St Joseph de Marseille avaient déjà une école. Mgr Bigandet les appela, ainsi que des sœurs du Bon Pasteur et des Frères des Écoles Chrétiennes pour ouvrir des collèges à Rangoon en pleine expansion.

 

Mandalay

Mgr Bigandet songea dès le début à diviser la mission : les distances étaient trop grandes et les possibilités trop diverses pour un seul homme. À l’est, les PIME, missionnaires de Milan, prirent en charge en 1866 les collines autour de Toungoo où le P. George D’Cruz, prêtre birman formé à Rome, avait déjà pris contact avec des ethnies non birmanes.
 

Au nord, dans la Birmanie restée sous le pouvoir du roi, un nouveau vicariat fut ouvert, avec Mgr
Charles Bourdon (1834-1918), des Missions Étrangères, en 1873. les catholiques des six communautés du nord n’étaient pas plus de 1600.
 

Ces villages, d’abord tenus par des missionnaires italiens, furent le cœur du diocèse d’où naquirent les premières vocations. Dès 1875 Mgr Bourdon rapporta que 16 jeunes, 1% des chrétiens, avaient été envoyés au collège de Penang et plusieurs devinrent prêtres. Mais l’action missionnaire étant interdite chez les bouddhistes, l’effort se porta d’abord au nord, à Bhamo.

 

 

Bhamo

L’histoire de l’évangélisation de cette région mérite un exposé à part, car elle représente pour les Missions Ètrangères une époque de lourds sacrifices. Diverses tentatives furent faites au nord chez les Shan et les Katchin de Bhamo dès 1874, mais avec peu de succès. La rébellion musulmane au Yunnan avait jusqu’alors empêché de réaliser la jonction espérée avec les missionnaires de Chine.
 

Ensuite, malgré la réelle sympathie du roi Mindon pour Mgr Bigandet, les autorités birmanes, qui considéraient d’un œil jaloux toute activité missionnaire, même chez ces ethnies allogènes, suscitèrent en sous-main toutes sortes de difficultés.
 

C’était à leurs yeux une manœuvre des Anglais afin d’ouvrir une route commerciale vers la Chine. Mais ce fut surtout la terrible fièvre locale – la "black water fever" – qui eut raison de la ferveur apostolique des missionnaires. Sur la trentaine de prêtres français qui y travaillèrent, neuf y trouvèrent la mort et la plupart y perdirent rapidement la santé.

Pour donner un aperçu des pertes en voici une liste faite avant la Première Guerre mondiale : Le
Père Biet arrive en 1873 et, malade, quitte en 1876. Le Père Lyet travaille de 1873 à 1874, revient et meurt en 1877. Le Père Lecomte reste de 1874 à 1877 et construit une résidence. Le Père Cadoux travaille chez les Katchin de 1875 à sa mort en 1893. Le Père Jeanjot, arrivé en 1875, meurt six mois plus tard.


Le Père Faure, arrivé en 1876, doit quitter en 1880. Le Père Laurent arrivé en 1877, doit quitter après 7 mois. Le Père Haillez travaille à Bhamo de 1877 à sa mort en 1881. Le Père Fercot travaille à Bhamo de 1881 à sa mort en 1891. Le Père Simon fait un raid en Chine en 1881-1882. Le Père Accarion est seul à Bhamo de 1892 à 1904. Le Père Ruppin arrive en 1893 et doit quitter après 9 mois. Le Père Bérard arrive en 1894 et meurt quelques mois après. Le Père Delort arrivé en 1901, meurt en 1906. Les Pères Louis Biet (1845-1886) et Marie-Jean Lyet (1846-1878) arrivés en 1873, tombèrent bientôt malades de la fièvre et durent partir. Le P. Auguste Lecomte (1832-1892) arriva de
Mandalay avec l'autorisation royale de s'établir à Bhamo : il acquit un terrain et réunit des matériaux, mais on lui refusa toute collaboration. Finalement il réussit à trouver quelques Katchin qui se mirent au travail. Mais à peine avaient-ils commencé qu'une grêle de pierres s'abattit sur eux. Pris de peur, ils voulurent s'enfuir ; mais le Père les retint et, tant que durèrent les travaux, s'installa sur le chantier, armé d'un gourdin pour protéger ses ouvriers. Les pierres cessèrent de pleuvoir et le travail continua normalement.

 

En 1875, le P. Lecomte reçut du renfort : le P. Claude Cadoux (1850-1893) d'abord ; puis le P. Évrard Jeanjot (1852-1876) qui devait mourir l'année suivante. Les trois missionnaires se mirent à l'étude de la langue katchin. En 1876, le P. Jean-Baptiste Faure (1844-1909) vint remplacer le P. Jeanjot décédé. Le Père Lecomte fit un voyage d'exploration, et le village de Cha-Ou-Boum voulut bien recevoir en 1877, les Pères Cadoux et Faure.
Mgr Bourdon visita Bhamo à la fin d'avril de cette même année et amena avec lui deux nouveaux missionnaires, les Pères Pierre Haillez (1846-1881) et François Laurent (1851-1930), auxquels vint bientôt se joindre le P. Lyet : il alla s'établir à Sama à l'est de Bhamo où le P. Laurent devait aller le rejoindre. Mais celui-ci tomba malade en route et dut rebrousser chemin ; ne se remettant pas, il quitta Bhamo définitivement.
 

 

mgr charles bourdon (1834-1918En 1878, à l'arrivée à Bhamo du P. Jean Simon (1855-1893), plus tard évêque de Mandalay, il fut décidé que les Pères Cadoux et Faure se sépareraient et, en 1879, le P. Faure alla prendre possession du village de Kamlin à trois heures de marche de Cha-Ou où demeurait le P. Cadoux.
Entre-temps le P. Lyet était mort. Il ne restait plus à Bhamo que les Pères Haillez et Simon, et sur les montagnes les Pères Cadoux et Faure.
En 1881, le P. Haillez mourait à son tour, et le P. Simon, resté seul à Bhamo, étudiait le chinois avec ardeur. Sur les montagnes les Pères Cadoux et Faure se rendaient compte qu'on ne pouvait espérer la conversion en masse de tout le village, car les convertis individuels étaient obligés de prendre part aux sacrifices que le village entier faisait aux esprits. Au commencement de 1880, le P. Cadoux fonda donc le village de Nampan à l'est de la montagne de Cha-Ou, puis les villages de Peng-thet et de Sing-King. C'est entre ces trois villages qu’il partagea son temps jusqu'à la conquête anglaise en 1885.

 

Entre temps, il ne restait plus dans le district de Bhamo que le P. Cadoux et le P. Jules Fercot (1851-1892) qui avait remplacé le P. Haillez. Les Pères Simon et Faure étaient redescendus à Mandalay ; le premier fonda la mission chinoise et le second aida l’évêque. Lors de la conquête anglaise, les Pères Cadoux et Fercot furent faits prisonniers par les Birmans et mais quand on apprit que Mandalay était aux mains des Anglais, ils furent relâchés.

De 1885 à 1891, ils furent seuls, le Père Fercot s'occupant des chrétiens de la ville et le Père Cadoux de ses villages. En 1892, le P. Cadoux prit quelques catéchumènes birmans et shans et alla fonder Nankaipa.

 

Arriva alors le P. Marie-Victorien Accarion (1866-1927), qui parcourut le pays et tâcha d'attirer à Nankaipa tous les Katchin qui voulaient le suivre. Les catéchumènes shan et birmans amenés par le P. Cadoux cédèrent la place aux Katchin et allèrent s'établir à deux milles de là, dans un endroit appelé Ceilit. Nankaipa devint ainsi un village exclusivement katchin.
 

À la mort du P. Cadoux en 1893, le Père Accarion jugeant Nankaipa peu favorable, alla à Nanhlaing à quelques milles de là, où il bâtit maison, école et chapelle avec clocher. Il visita Meinkat qui devint plus tard le centre de la mission shan. Il eut de nombreux assistants qui ne firent que passer, à cause de la fièvre. Il faut noter que dès le début, les séminaristes et les prêtres birmans furent tous envoyés faire la mission dans le nord : cette collaboration du clergé local à la mission extérieure fut dès lors une caractéristique du diocèse de Mandalay.


charles gilhodes (1870-1945)En 1900, le P. Charles Gilhodes (1870-1945) resta quelque temps à Nanhlaing avec le Père Accarion, puis s'établit sur les montagnes katchin à Hkudong. Il fut le fondateur de la mission katchin. Aidé du P. Louis Faucheux (1873-1918), puis du P. Joseph-M. Juéry (1877-1932), il fonda successivement les postes de Matan, Jakai, Lamaibang, etc... Sa méthode d'évangélisation, ce fut les écoles. Il en établit un peu partout, mais surtout à Hkudong où il eut une école de garçons et une école de filles dirigée par les sœurs Franciscaines missionnaires qui fondèrent là leur premier couvent en 1923.
Le P.Gilhodes eut sous ses ordres jusqu’à quatre prêtres birmans et trois prêtres européens, François Collard (1887-1975), Fernand Cassan (1907-1977) et Alphonse Pâquet (1888-1949) qui s'occupèrent des nombreux villages katchin fondés à cette époque. Il avait 68 ans quand arrivèrent enfin les les pères de Saint Columban en 1937.
 

 

Nanhlaing se développa considérablement sous l'impulsion du P. Claude Roche (1879-1941), arrivé en 1904 pour aider François Delort (1873-1906). Le Père Delort étant mort prématurément en 1906, le Père Roche s'établit à Meinkat et fonda les villages de Tali, Namteung, etc...
Finalement il vint s’installer à Nanhlaing où il bâtit une belle église en briques.

Les Missions Étrangères continuèrent à envoyer des jeunes dans cette région : François Collard, François Merceur (1901-1963), et Fernand Cassan (1907-1977) y firent leurs premières armes. À Bhamo le P. Louis-Marie Allard (1884-1929) avait ouvert une école, que le P. Paquet
continua et améliora. Diverses difficultés étant surgies dans la direction de la mission, le P. Jean Herr (1863-1934) quitta son fief de Shwebo et vint à Bhamo en 1928 à 66 ans : il apprit le katchin, parcourant le  district en tous sens jusqu'à sa mort survenue en 1934. Les soeurs Franciscaines avaient ouvert un couvent à Bhamo depuis 1926 : à leur école était attachée une crêche pour bébés orphelins, et dans un autre endroit de la ville, elles avaient un noviciat.
Dès 1922, le P. Roche avait insisté pour que la mission de Bhamo reçoive plus d’aide. Mais ce fut seulement du temps de Mgr Albert Falière (1888-1968) qu’arrivèrent les Pères de Saint Columban ; arrivés à 8 en 1936, ils étaient plus de 30 lorsque Mgr Usher fut nommé préfet apostolique de Bhamo à la veille de la guerre japonaise.

Ils furent internés de 1943 à 1945, mais leur action n’en fut que retardée ; et, à la mort de Mgr Usher en 1958, son successeur pouvait déjà entrevoir l’établissement d’un diocèse qui serait confié à un clergé local. En 1965, la préfecture de Bhamo devint le diocèse de Myitkyina, et cette même année fut ordonné le P. Paul Zinghtung Grawng, premier prêtre katchin. Onze ans plus tard, le clergé local remplaçait peu à peu les derniers pères de Saint Colomban, et Mgr Grawng devenait l’évêque du diocèse, avant de se voir confier l’archidiocèse de Mandalay.

le p. ruppin paroisse birmane saint-michel à mandalay vers 1925

Ouverture dans le sud

Mgr Bigandet mena avec énergie le développement de la mission dans le sud. Rangoon fut le centre où les collèges catholiques eurent le plus de succès académiques, mais il fit ouvrir aussi à Bassein un collège et une imprimerie où il appela en 1868 le P. D’Cruz. L'enseignement dispensé dans ces écoles préparait la formation de futurs prêtres, de catéchistes, de maîtres d’école et de techniciens.


À Moulmein, les Frères ouvrirent un collège et les sœurs de Saint Joseph y formèrent leurs premières novices. Le long de la côte du Tenasserim, les vieilles chrétientés isolées de Tavoy (Dawai) et Mergui (Myeik) ne pouvaient se développer et, malgré les efforts, le nombre des Karen catholiques était réduit. C’était là en effet que la mission baptiste américaine avait concentré ses efforts depuis l’occupation anglaise en 1824.


Le delta de l’Irrawaddy que les Anglais faisaient défricher et ouvrir à la culture du riz fut la région où l’action apostolique fut la plus efficace. D’abord chez les Karen où se fondèrent de nouveaux postes à partir de Bassein. Le P. Étienne Freynet (1853-1918) commença Paukseinbe en 1889, et le P. D’Cruz fonda Ywegon en 1897.

À partir de Kanazogon, le P. René Cartreau (1848-1917) s’était installé à Kyontalok en 1875. La première chrétienté de Myaungmya continua à s’étendre. Dans la région de Henzada, le P. Jean-Baptiste Bringaud (1837-1904) alla de Thinganaing ouvrir à Zaungdan le poste qu’il baptisa "Mittagon" et le P. Jean-Baptiste Tardivel (1834-1916) de son côté alla fonder "Maryland". D’autres ouvrirent de nouveaux centres : le P. Charles Rouyer (1852-1914) à Sinlu, le P. Joseph Maigre (1861-
1905) à Lethama et le P. Marie-Amédée Butard (1868-1913) à Danbi.
L’action apostolique chez les Birmans fut moins visible. Dès 1873, Mgr Bigandet avait mis à Thonze le P. Ba Khin, originaire du nord, qui ouvrit une école avec le jeune Andréas qui allait devenir le premier prêtre karen.
 

En fait, à part quelques catholiques venus du nord, les Birmans furent peu nombreux ; c’est l’école qui devint à Thonze l’action la plus importante, au point de devenir plus tard l’école normale où se formèrent des générations de maîtres d’école, puis de catéchistes.

 

le p. eugène luce chez les carians

Partant de Thonze, le P. Eugène Luce (1863-1915) alla ouvrir le poste de Gyobingauk en 1890 et le P. Louis Pavageau (1870-1937) développa ce district, d’Insein à Prome, en profitant de la voie ferrée.

En 1894, le P. Michel Mignot (1865-1937) s’installa à Nyaunglebin pour ensuite rayonner vers l’est où se défrichaient de nouvelles terres.


Chez les Chin de la plaine, la pénétration se fit peu à peu et en 1902, le P. Joseph Saint-Guily (1864-1941) fonda le poste de Yenandaung. Mais ce fut surtout le P. Louis-Marie Maisonabe (1887-1940) qui posa ensuite les fondations de ce qui allait devenir le diocèse de Prome.

 

 

 

 

Situation de l’Église en 1914

Quand Mgr Bigandet mourut en 1894, l’Église était solidement implantée en Birmanie, et toutes les voix s’unirent pour faire son éloge et rappeler son action d’éducateur. L’occupation totale de la Birmanie en 1885 avait été une fois encore l’occasion de réaction antichrétiennes, et la plupart des villages "bayingyi" avaient à nouveau été détruits, mais l’administration anglaise apporta ordre et prospérité : dans la plaine, les bateaux fluviaux à vapeur et les voies ferrées ouvrirent de nouvelles possibilités.
 

mgr alexandre cardot (1857-1925)

Mgr Alexandre Cardot (1857-1925) à Rangoon et Mgr Simon à Mandalay donnèrent alors un nouvel élan à leur mission.
 

Les Missions Étrangères, alors en plein développement, envoyèrent en Birmanie près de 140 prêtres avant 1914 : plus de 80 dans le sud et 57 dans le nord. En 1907, ils étaient 50 à Rangoon et 25 à Mandalay, mais la majorité d’entre eux n’atteignit pas 50 ans.
 

Les vicaires apostoliques s’étaient dès le début préoccupés d’avoir un clergé local et ils envoyaient les candidats au sacerdoce au collège général de Penang, en Malaisie.
 

 

En 1914, il y avait plus d’une vingtaine de prêtres diocésains dans le pays, en majorité dans le sud. Dès 1892, les trois vicaires apostoliques avaient parlé d’établir un séminaire commun, mais ce projet était prématuré.
 

Mandalay et Toungoo avaient leur propre petit séminaire et dans le sud, à Moulmein, Mgr Cardot avait confié le sien au P. Moyse, le premier prêtre originaire de Chaung-Yo, dans le nord. Désormais le mouvement était lancé.

On pouvait entrevoir le moment où l’Église serait entre les mains d’un clergé national. Au collège de Penang, les "Birmans" formaient un groupe d’une vingtaine dès la fin du XIXe siècle.

mgr alexandre cardot (1857-1925) au milieu des chrétiens de rangoon

Mandalay et les Chin

À Mandalay, de nouveaux projets avaient pris forme vers 1890. Après l’annexion en 1885, le pays avait retrouvé le calme et la vingtaine de jeunes missionnaires – moins de 30 ans en moyenne – étaient menés par Mgr Simon, d’autant plus combatif qu’il se voyait mourir de tuberculose. La réhabilitation matérielle et spirituelle des villages chrétiens fut rapidement menée, comme la construction de la cathédrale.

Les centres reliés par le chemin de fer de Yamethin à Mandalay commençaient à avoir de petites communautés catholiques, et autour de Shwebo le P. Herr ouvraient de nouveaux villages, Ywadaw, Megong, Medawgong, où on envoyait se former les jeunes arrivants.

Les Shan et les Katchin se révélant peu réceptifs au christianisme, Mgr Simon tenta d’ouvrir une mission à l’ouest, pour les Chin. Le P.
Laurent, qui avait déjà visité la région du Chindwin, s’installa à Gangaw, au pied des collines chin, en 1891, avec les jeunes Pères Jean Jarre (1865-1940) et Marie-Victorien Accarion.

Les autorités militaires les ayant chassés de Hakha où la mission baptiste avait pris charge de l’éducation, ils tentèrent de pénétrer par le sud, mais les fièvres eurent raison des Pères Jarre et Accarion et, en 1893, le P. Laurent revint à Monhla.


Désormais et pendant encore longtemps, le curé de Chaung-U irait seulement visiter quelques catholiques dispersés de Monywa à Kalemyo.

 

 

Près de Mandalay, dans la plaine de Kyaukse, un prêtre birman, le P. Tobias, frère du P. Moyse, avait rassemblé quelques familles nouvelles à Chanthagon.
À partir de cette implantation la fougue et l’entregent du P. Jean Wehinger (1864-1903) permirent de développer un village modèle ; un orphelinat et un pèlerinage annuel en firent un centre de rayonnement. Mais là encore les fièvres limitèrent le succès des fondations nouvelles à Kindat, Magyidaw, Sinpyu et finalement Zawgyi.


La mission eut alors bien des déboires. Alors qu’à Rangoon Mgr Bigandet, puis Mgr Cardot dirigeaient le sud d’une main ferme, Mandalay souffrit de successions difficiles. En 1890, Mgr Bourdon, fatigué, démissionna et Mgr Simon lui succéda pendant 5 ans, suivi de Mgr Antoine-Marie Usse (1860-1905), dont l’administrationcréa des divisions. Pendant quelques années, ce fut l’évêque de Rangoon, Mgr Cardot, qui administra la mission. Mgr Eugène Foulquier (1866-1948) fut nommé en 1906 et malgré une santé fragile, il resta à son poste, jusqu’à l’accession de Mgr Falière en 1931.
 


mgr eugène foulquier(1866-1948)

 

Œuvres éducatives et sociales

La période d’avant la Première Guerre mondiale vit l’éclosion d’œuvres caritatives puissantes. À Mandalay, le collège des Frères créé en 1891, devint un centre d’éducation où la bourgeoisie commerçante envoyait ses fils. À cette même époque, la lutte contre la lèpre prit une importance considérable.
 

Le P. Wehinger, d’origine autrichienne, sut intéresser la noblesse d’Europe centrale à son action et l’envoi d’une vingtaine de sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie permit de réaliser au sud de Mandalay un grandiose ensemble de bâtisses où les malades furent soignés par centaines.


Moins prestigieuse peut-être, la léproserie de Kemmedine à Rangoon permit aussi des progrès dans les traitements. Les Petites Sœurs des Pauvres ouvrirent leur maison de Rangoon en 1890. Tandis que les grands collèges des frères et des sœurs étaient déjà des institutions de haut niveau, dans tous les postes de la campagne, des écoles primaires donnaient instruction religieuse et profane. À Bassein, des sœurs karen formaient des novices et des maîtresses d’école. À Myaungmya, c’était surtout des catéchistes qu’on voulait former.


Depuis l’arrivée des Anglais, nombreux étaient les immigrants. La majorité étaient des Indiens, dont certains étaient chrétiens. C’est pour eux que s’était fondée la paroisse de Saint Anthony qui devint le centre catholique tamoul rayonnant dans toute la région.


Plus tard d’autres vinrent pour la culture du riz dans le delta. Quand le P. Gratien Chagnot (1874-1927) fonda Kyaiklat en 1909, ils étaient déjà 4 000 et s’étendaient jusque chez les Karens de Pyapon. Le P. Chave s’établit à Kyauktan en 1913. Les Tamouls catholiques étaient alors environ 10 000 dans le vicariat de Rangoon.


Pour les immigrants chinois, dispersés par leur commerce, Mgr Cardot confia au P. Allard la fondation laborieuse d’une mission chinoise à Rangoon. En 1914, les catholiques étaient 60 000 dans le vicariat de Rangoon. L’immense mission de Mandalay atteignait à peine le chiffre de 10 000 et les pères italiens n’en avaient pas plus. Sur les 57 missionnaires venus de Paris en quarante ans pour la région du nord, il n’en restait que 22 en activité : un des évêques avait calculé que leur durée moyenne était de 7 ans !
 

Pour le sud qui en avait reçu 80, on ne pouvait compter que sur 35 missionnaires, mais Mgr Cardot avait déjà une vingtaine de prêtres diocésains.
 

La Grande Guerre marque une étape

Le conflit où s’épuisèrent les nations chrétiennes d’Europe eut des conséquences en Birmanie. Non seulement la "grippe espagnole" emporta bien des vies, mais le bouddhisme se réveilla et devint un véhicule de revendication nationaliste anti-chrétienne. La dépression économique frappa le pays et causa des troubles.

Dès 1920, la moyenne d’âge des prêtres français dépassait la quarantaine, et le nombre des nouveaux arrivants se réduisit considérablement. Ainsi Mandalay ne reçut que 11 missionnaires entre les deux guerres, et 12 après 1945 ; l’effort pour former un clergé national fut de plus en plus un objectif majeur.

léproserie de mandalay

Depuis 1913, un petit séminaire avait été ouvert à Maymyo, sous la direction du P. Jarre avec la collaboration des PP. Léon Moindrot (1875-1953) et Leo, et on y préparait toute une relève pour Mandalay, et bientôt pour d’autres missions. C’est de là que sont sortis ceux à qui le Saint-Siège allait confier la direction de l’apostolat.
 

Rangoon-Bassein-Moulmein

Le nombre important de missionnaires qui ont travaillé en Birmanie entre 1900 et la guerre japonaise ne permet guère de faire un compte rendu précis des activités de chacun. À Rangoon, les paroisses se multiplièrent avec les Pères Luce et Saint-Guily puis Pierre-Marie Roy (1887-1957) à la cathédrale, Jean-Baptiste Mourlanne (1866-1932) et Charles-Marie Dessalle (1888-1941) pour les Indiens, Jean-Baptiste Perret (1852-1907) et Louis-Marie Allard pour les Chinois, Auguste Sellos (1882-1976) et Lucien Picot (1883-1967) pour les Eurasiens.

mgr félix perroy (1866-1931)En 1920, Mgr Cardot dut sacrer Mgr Félix Perroy (1866-1931) pour l’aider d’abord, puis pour lui succéder. En cette période, on travailla plus à donner une formation et une structure plus solide aux districts, et le clergé local fut plus souvent associé aux missionnaires.

Les Pères Gratien Chagnot, Alphonse Herzog (1876-1914), Louis Ravoire (1875-1939), Henri Héraud (1873-1950), Eugène Foulquier, Pierre Charbonnel (1880-1941), Auguste Ballenghien (1868-1960) et Joseph Mourier (1877-1969) travaillèrent surtout dans la région au sud de Henzada, tandis que Maisonabe allait chez les Chin pour remplacer Hippolyte Faisandier (1878-1911) mort à 33 ans.

Au sud de Rangoon les Indiens défrichèrent des rizières et leurs apôtres furent surtout les Pères Marie-Joseph Chave, Jean Meyrieux et Louis-Marie Philippe (1893-1980).


 

À Moulmein, le P. François Boulanger (1863-1936) dirigea longtemps St Patrick et le P. Pierre de Chirac (1863-1929) prépara une cathédrale qu’il ne put finir, tandis que tout au sud à Mergui se succédèrent François Jumentier (1874-1909), Gaston Vérine (1882-1929), J.-François Prades (1883-1914) et plusieurs autres, mais avec si peu de résultat qu’à Rangoon les évêques songèrent à abandonner ce territoire. Mais l’arrivée du P. Paul Loizeau (1876-1950) à Thaton, puis à Papun donna de nouveaux espoirs.

Mais pour eux le pire fut l’expropriation qui chassa de Birmanie la plupart d'entre eux. La paroisse St Anthony à Rangoon fut le centre actif où les prêtres indiens formés à Penang continuèrent l’action des Missions Étrangères pour intégrer leurs gens dans la vie du diocèse.


mgr victor bazin (1905-1975)Pendant la guerre, le P. Victor Bazin (1905-1975) continua la formation d’un clergé local : 4 jeunes Les P. Robert Ogent (1908-1982), Fernand
Casseaux (1902-1966),Olivier Dubromel (1898-1987) continuèrent leurs tournées dans les villages du delta pendant la guerre, et l’arrivée en 1948 des Pères Martin Narbaitz (1912-1980), Robert Maréchal (1918-1949), Victor Lahitte (1924-...), Jean Bonney (1918-...), Maurice
Duhart (1925-...) redonnèrent un élan nouveau qui fut poursuivi par une nouvelle vague en 1952 : André Frappier (1923-...), Jean Cormerais (1926-2007), Louis Loiseau (1926-...), Joseph Jeannequin (1926-...), Michel Etchebéhère (1924-1996), suivis en 1956 de Pierre Courtot (1927-...), Claude Gagelin (1927-...), Louis Feuvrier (1928-...), Louis Sahuc (1929-1992). Tous travaillèrent dans les villages, mais Mgr
Bazin, sacré en 1953, en confia de plus en plus au clergé local. Quand les jésuites acceptèrent la direction du séminaire de Rangoon, la prépa-
ration des candidats fut confiée aux Pères Loiseau et Jeannequin.

 

 

 

La mission des Chin Hills

le poste de mindat mission des chin hills

Chez les Chin de l’ouest, c’est à Mindat qu’allèrent les premiers missionnaires en 1934. Le P. Trémeur Audrain (1925-1940), puis les Pères Ludovic Fournel (1908-1968) et François Collard (1887-1975) en furent les pionniers, avec les sœurs franciscaines. Mgr Falière avait déjà envoyé les P. Clovis Mainier (1909-1983), Joseph Dixneuf (1913-1981) et Moses U Ba Khin à Taungdwingyi chez les Chin de la plaine, quand enfin il obtint la permission d’aller à Tiddim dans le nord. Les premiers apôtres de cette région, les Pères Pierre Blivet (1907-...) et Moses U Ba Khin, arrivèrent à Noël 1940.

Le P. Dixneuf arriva en 1947 et organisa l’action apostolique avec les jeunes prêtres français envoyés à partir de 1952. Mgr Falière, et après lui ses successeurs sur le siège de Mandalay, demandèrent à tous les prêtres birmans nouvellement ordonnés de travailler plusieurs années chez les Chin. C’est ainsi que furent ouverts successivement cinq districts au nord des Chin Hills et trois au centre, chacun rayonnant sur toute une région.

Région de Mindat

La constance des Pères Fournel et Collard pendant l’époque japonaise fut couronnée en 1948 par l’arrivée de Marc Jordan (1921-1994) et d’Hervé Nédélec (1923-1955) qui prirent l’un Lukshe et l’autre Hleikiam. Le Père Nédélec mourut de tuberculose en 1957, mais fut remplacé par le P. Louis Garrot (1915-1961), venu du nord. Quand il mourut noyé en 1961, des prêtres birmans vinrent alors se joindre au groupe des Missions Ètrangères.

Les Pères Fournel et Jordan, aidés des sœurs franciscaines, développèrent particulièrement l’enseignement, et envoyèrent leurs meilleurs élèves étudier à Mandalay pour préparer leurs successeurs. Quand les écoles leur furent retirées, les communautés catholiques étaient déjà solides. La mort du Père Fournel en 1968 et le départ du Père Jordan en 1973 n’arrêtèrent pas le progrès de l’évangélisation qui avait commencé vers Matupi à l’ouest.
 

Région du nord et du centre

Les Chin de Tiddim avaient apprécié que le P.Pierre Blivet soit resté chez eux, seul Européen qui n’avait pas fui en Inde, lors de l’attaque japonaise de 1944, et beaucoup demandèrent ensuite à rencontrer le prêtre catholique. La méthode lancée par le P. Dixneuf dès son arrivée en 1947 était simple : dès que des villageois souhaitaient rencontrer un prêtre, il fallait se rendre sur place, présenter le message et nommer un responsable.


françois muffat (1915-1992)Le P. François Muffat (1915-1992) développa ainsi le district de Lumbang de 1948 à 1995. En 1950, Louis Garrot n’hésita pas à s’enfoncer au plus profond de la jungle vers le Manipur.

Quand Antoine Kelbert (1925-2003) puis Joseph Ruellen (1926-...) arrivèrent en 1953, les demandes de rencontres étaient en constante augmentation. Le Père Henri Jourdain (1928-...) prit la suite du Père Garrot, épuisé, alla jusqu’à la route de Tamu, et ouvrit une route pour une jeep.

Pendant plus de 30 ans, l’apôtre de la région au-delà du fleuve Manipur fut l’infatigable Père Pierre Blivet : après avoir cédé en 1957 la région de Tiddim au P. Augustine, birman, il fut toujours par monts et par vaux, vivant de peu, modèle de prière et d’abnégation pour tous.

 


Le Père Dixneuf avait cédé son district au P. Ruellen pour aller ouvrir celui de Falam, et prospecter dans toutes les directions. Quand Auguste Lespade (1929-...) et Claude Roy (1930...) le remplacèrent, il descendit à Kalemyo au pied des montagnes et y ouvrit un centre avec église, collège et bientôt un couvent de sœurs de St Joseph.

Ces religieuses étaient déjà installées depuis 1956 à Saizang et à Lumbang, avec école et dispensaire. Les Franciscaines étaient arrivées à Tonzang dès 1948 et avaient gagné le cœur de la population par leur dévouement.

En 1958 le P. André Bareigts (1930-2005) vint avec la consigne d’aller le plus loin possible au sud. Claude Roy rayonnait autour d'Haka, au centre des Chin Hills et Le Père Bareigts s’était installé à Hnaring, à trois jours au sud et visitait peu à peu tous les grands villages de cette région.

 

Tous deux firent même un raid mémorablejusqu’à Matupi et de là allèrent à Mindat. C’était le signe que la mission des Chin était une, malgré la multitude des dialectes. Le Père Lespade, à l’ouest du fleuve Manipur, fut appelé surtout chez des clans parlant Laizo, puis Ngawn au nord, et enfin Hualngo vers la frontière où il rencontra le Père Ruellen : en fait les pères comptaient surtout sur les catéchistes pour prêcher mais leur seule présence soutenait la foi encore fragile des nouveaux chrétiens.

Une des initiatives du Père Dixneuf, qui permit l’expansion de la mission malgré la diversité linguistique, fut l’organisation à temps fixes de périodes de formation de responsables : en mars-avril, période creuse pour les cultures, les catéchistes avaient un mois complet d’études de catéchisme, bible et chant. Et en octobre, après la récolte du maïs, une semaine de retraite et réflexion pour tous les responsables de groupes, jeunes ou anciens.

En 1960, puis en 1962, les deux premiers prêtres chin furent ordonnés : le premier était de Lumbang et l’autre de Tonzang. Mgr Falière exigea que tous les prêtres qu’il ordonnait partent vivre quelque temps dans les montagnes. Ils étaient rapidement chargé d’un district et c’est ainsi que lorsque la majorité des prêtres étrangers dut quitter le pays en 1966, l’expansion continua grâce au clergé local.
 

Établissement d’une communauté catholique nationale

Dès 1954, la hiérarchie avait été établie et Mgr Joseph U Win nommé évêque auxiliaire à Mandalay tandis que Mgr George U Kyaw était le premier évêque du nouveau diocèse de Bassein. En 1956, on célébra le centenaire de l’arrivée des Missions Étrangères par un Congrès Eucharistique à Rangoon où 50 000 catholiques venus de toute la Birmanie purent chanter ensemble en latin les louanges de Dieu.

Les plus nombreux étaient les Karens, mais les costumes distinguaient bien les Katchin, les Shan, les Lahu et autres ethnies où les pères italiens avaient répandu l’Évangile. Tous les participants furent étonnés par cette communauté de prière : il était visible que l’Église catholique était le rassemblement de tous les peuples.
 

Depuis 1955, lors de la visite de Mgr Lucas, délégué apostolique, l’idée d’avoir un séminaire commun pour toute la Birmanie avait pris forme.
Lors du Congrès, la première pierre du grand Séminaire fut posée et en Octobre 1957, Mgr Bazin, archevêque de Rangoon, organisa discrètement une première rentrée. Les jésuites de la province de Maryland, aux États-Unis, en prirent charge en 1958 sous la direction du P. Murphy.

Peu à peu les résultats apparurent. En 1966, lorsque les jésuites quittèrent le pays, ils avaient formé 68 jeunes dont 41 arrivèrent au sacerdoce. Désormais ce furent des prêtres venus de toute la Birmanie qui formèrent le clergé. C’est là que se préparèrent ceux qui seraient les évêques de Myitkyina, de Bassein, de Toungoo, de Hakha et de tous les nouveaux diocèses.

En 1961, l’organisation fit quelques pas de plus. Le pape Jean XXIII ordonna à Rome Mgr Sebastian Shwe Yauk comme évêque du diocèse de Toungoo, séparé de celui de Taunggyi. À Mandalay, Mgr Falière s’était retiré et Mgr U Win était l’archevêque du Nord. C’est à ce titre qu’il alla à Bhamo en 1965 sacrer Mgr Howe, évêque du nouveau diocèse de Myitkyina. C’était aussi un geste symbolique, au nom de tous les prêtres de Mandalay, qui avaient préparé l’implantation catholique dans cette province.

Cette même année avait été ordonné le premier prêtre katchin, Paul Zinghtung Granwng: comme les premiers prêtres chin il avait reçu son initiation au petit séminaire de Maymyo, où le P. Pierre Blivet, puis le P. Jean Burck (1921-1990) avaient préparé les jeunes qui passèrent par le collège de Penang puis par le séminaire de Rangoon.

Dernières années difficiles

L’action des Mission Étrangères en Birmanie ne fut pas brutalement bloquée, mais le gouvernement ne permit que le remplacement des missionnaires. À Mandalay, après le Père Bareigts, aucun remplacement ne fut autorisé et Mgr Falière offrit même de quitter son diocèse pour faire place à un missionnaire plus jeune !

De 1957 à 1962, tous les nouveaux travaillèrent dans le sud : Gabriel Monnin (1928-1969), Jean Mottin (1929-1984), Jean Petiot (1878-1949) et Jean Tijou (1933-...) eurent surtout à s’occuper de paroisses à Rangoon, tandis que Pierre Diribarne (1930-...), Antoine Gaztambide (1932-...) et Yves Maguet (1932-...) affectés au diocèse de Bassein furent surtout dans les districts du delta. Joseph-Marie Guillou (1933-1988) et Gabriel Tygréat (1932-...) allèrent continuer à Mergui le travail de Louis Feuvrier, tandis que Jean Droval (1930-...), Guy de Reynies (1932-...) et André Cuerq (1934-1999) furent envoyés vers le nord du diocèse à Yandoon, Thonze et Gyobingauk. À Bassein, le P. Marcel Laouénan (1933-...) se trouva en charge du petit séminaire, poursuivant ainsi l’œuvre commencée par les Pères Lahitte et Duhart dès 1950.
 

La rupture de 1966

Le gouvernement du Général Ne Win décida en 1966 de ne plus renouveler les visas des étrangers arrivés en Birmanie après l’Indépendance en 1948. Déjà les collèges et écoles avaient été nationalisés, ainsi que les dispensaires et hôpitaux. La plupart des missionnaires durent quitter le pays.

Les religieux et religieuses qui jusque-là s’étaient beaucoup investis dans l’enseignement profane et la direction d’œuvres sociales, se trouvèrent subitement libérés pour une action plus directement apostolique. Les catéchistes qui depuis toujours avaient à des degrés divers des responsabilités pastorales assez étendues, remplacèrent pendant de longues années les prêtres.

En 1971, Mgr Bazin remit le diocèse de Rangoon à Mgr Gabriel Tohey. À Prome les derniers pères de la Salette quittèrent les lieux en 1976 ; le diocèse avait alors sept prêtres sous la direction du nouvel évêque, Mgr U Thawng Shwe. Cette année-là aussi, Mgr Paul Grawng succédait à Mgr Howe et à Lashio, érigé en préfecture apostolique, les Salésiens de Birmanie prenaient la suite des pères de Milan.

La page de l’apostolat par des étrangers était tournée... Depuis cette époque, d’autres diocèses sont nés, fruit de l'action des Missions Étrangères : Hakha pour les Chin avec Mgr Nicholas Mang Thang, Mawlamyine (Moulmein) au sud-ouest, et d’autres se préparent.
 

                                                                                                                                                     Joseph Ruellen