Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

La Thaïlande et le Laos

 

Les débuts sous le signe de la croix et de l’échec.

1 – Départ vers l’Asie.

Le 27 novembre 1660 Mgr Pierre Lambert de la Motte (1624-1679) avec deux compagnons, les Pères Jacques de Bourges (1630-1714) et François Deydier (1634-1693), quittaient Marseille pour la mission de Cochinchine. Il se conformait aux directives de la Congrégation de la Propagande, qui avait recommandé le voyage par voie de terre pour éviter tout contact avec les Portugais ; ceux-ci, en effet refusaient obstinément de renoncer à leur juridiction sur les Églises de leurs colonies, privilège accordé par Martin V en 1460 au moment de la découverte de nouvelles terres.

Seul le roi du Portugal avait le droit d’envoyer des missionnaires qui lui prêtaient serment, dans les régions sous influence portugaise. Mgr François Pallu (1626-1684) nommé vicaire apostolique du Tonkin, après bien des tergiversations fut obligé de suivre la même route.

Nos trois voyageurs durent subir l’épreuve du désert dans l’empire ottoman, depuis Alexandrette jusqu’à Bagdad.

vue de la ville de siam au xviie siècle

La saison n’étant pas favorable pour le voyage dans le golfe Persique, les trois missionnaires firent le détour par Ispahan où le Père Alexandre de Rhodes avait été envoyé après sa mission en France. Par la même occasion, ils espéraient trouver une route vers la Chine dont Mgr Lambert de la Motte était administrateur apostolique de plusieurs provinces du sud.

Une autre épreuve attendait les missionnaires de la Propagande. Avant de venir en Asie, ils avaient lu une relation sur la mission de Perse, signée par Alexandre de Rhodes, décrivant la situation religieuse de cette mission pleine de promesses grâce au crédit du jésuite Ricordy auprès du souverain de Perse.

Les missionnaires, stupéfaits, découvrirent que cette relation était un pur mensonge. Ce fut une immense déception car Mgr Lambert, formé en partie par les jésuites, avait un très grand respect pour cette congrégation. Les relations élogieuses sur les chrétiens de Cochinchine et du Tonkin seraient-elles aussi des mensonges,écrits pour attirer les dons des fidèles ? On pourrait en douter. Le Père Deydier parlait de revenir en France.

Mgr Lambert décida de continuer la route :
"Nous voulons au péril de notre vie exécuter l’ordre du Saint-Père et de la Sacrée Congrégation." À défaut de route praticable vers la Chine, nos voyageurs prirent la direction de l’Inde.

 

Arrivés à Surate, ils apprirent que les Portugais avaient donné l’ordre d’arrêter les missionnaires français pour les ramener à Lisbonne. Ils traversèrent l’Inde en charrette. Pendant leur passage à travers l’empire du Grand Mogol ils admirèrent la piété des musulmans et l’austérité des ascètes indous. Par contre la conduite déplorable des missionnaires portugais les remplit de tristesse.

Le 22 août 1662, après un voyage de deux ans et un mois, ils étaient à Ayuthaya, capitale du Siam, pressés de rejoindre leur mission de Cochinchine. Ce voyage avec ses difficultés était un avant goût de la vie de Mgr Lambert dans ces régions.

2 – Séjour non programmé à Ayuthaya

Pour Mgr Lambert, Ayuthaya n’était qu’une ville de passage pour éviter les Portugais nombreux autour de leur comptoir de Malacca. D’Ayuthaya il pensait entrer directement en Cochinchine, mais septembre n’était pas favorable à la navigation, il fallut attendre l’année 1663. Entre temps, de Cochinchine on leur fit savoir que la persécution sévissait contre les chrétiens. La venue des missionnaires ne ferait qu’aggraver la situation, force était d’attendre. Mgr Lambert ne se doutait pas qu’il allait vivre 17 ans à Ayuthaya et y mourir après un voyage pastoral au Tonkin à la place de Mgr Pallu et deux visites dans sa mission de Cochinchine.

Mgr Lambert n’avait pas reçu juridiction sur le Siam. Il ne pouvait s’occuper que des Cochinchinois réfugiés dont une centaine étaient chrétiens. À l’arrivée des trois missionnaires dans la capitale du Siam, l’accueil de la communauté chrétienne fut aimable. Elle était formée d’environ 2000 fidèles, tous étrangers, dans le camp portugais ; elle avait 11 religieux à son service. Mais en décembre 1662, vint de Goa l’ordre d’empêche à n’importe quel prix, les missionnaires français d’entrer dans leurs missions.

La communauté, d’abord sympathique se mua en ennemi dangereux. Heureusement le camp des Cochinchinois voisin reçut les missionnaires et les protégea tandis que le comptoir hollandais d’en face leur assura une nourriture exempte de poison. Devant une telle situation Mgr Lambert envoyait rapports sur rapports à la Congrégation de la Propagande dénonçant la conduite scandaleuse de certains religieux et le commerce des jésuites. En 1663, Monseigneur démissionna de sa charge épiscopale pour être ramené au rang de simple missionnaire. Il voulait savoir si sa stratégie offensive était approuvée en haut lieu. Il fit porter sa lettre en Europe par le Père de Bourges.

Mgr Pallu arriva à Ayuthaya le 27 janvier 1664 avec deux missionnaires et les deux compagnons de Mgr Ignace Cotolendi (1630-1662), responsable du deuxième groupe de missionnaires et décédé à Masulipatam. Dans l’impossibilité de rejoindre leurs missions respectives, les deux vicaires apostoliques avec les cinq missionnaires présents se réunirent en février 1664 pour trouver les moyens de conserver leur intégrité spirituelle et morale dans une telle situation, fixer quelques règles d’apostolat et former des collaborateurs : c’est ce que l’on a appelé le Synode d’Ayuthaya.

Le résultat de ces concertations fut la publication du manuel : "Les Instructions aux missionnaires de la Sacrée Congrégation de la Propagande", guide pratique et spirituel qui complétait les "Instructions de la Propagande aux vicaires apostoliques" de 1659. Il servit de référence pour les futurs missionnaires, il fut approuvé et imprimé par les soins de la Propagande elle-même.

 Dans leur retard à rejoindre leurs missions, les membres de l’assemblée, constatant que le Siam était un oasis de paix dans l’Asie du Sud-Est, décidèrent de demander à Rome d’y créer un vicariat apostolique séparé de la Cochinchine. Il servirait de base d’arrivée aux missionnaires de Cochinchine, Tonkin, Chine et d’ailleurs. Il serait facile de s’y préparer pour l’apostolat dans les diverses missions en y apprenant la langue de la mission de destination. Ayuthaya fut ainsi, pour les pères des Missions Étrangères, le centre des missions d’Asie pendant 25 ans.

 

3 – Début de l’apostolat au Siam

les amantes de la croix congrégation fondée par mgr lambert au
 xviie siècleLe Siam qui, à partir de 1939, sera appelé Thaïlande, fut érigé en vicariat apostolique le 4 juillet 1669. Tous les religieux, exceptés ceux qui étaient dans les colonies portugaises, devaient remonter à la juridiction des vicaires apostoliques. Les religieux mirent beaucoup de temps à s’y résoudre. Les décisions romaines affermissaient profondément l’autorité des vicaires apostoliques. Dès les années 1666, ils eurent la certitude de la création du vicariat apostolique du Siam. C’est pourquoi, sans retard, ils commencèrent l’apostolat auprès des Siamois. Les missionnaires circulaient dans les villages dans un rayon de 40 Km autour de la capitale et visitaient les prisonniers de guerre en les invitant à se faire chrétiens.

Mgr Lambert entreprit de réaliser les fondations prévues au synode de 1664. En 1665, ce fut le collège St Joseph pour la formation des futurs prêtres de Siam, Indochine, Chine… (au début il y eut deux candidats, bientôt quatre), puis vers 1670 un modeste hôpital pour les malades.

Après avoir fondé les Amantes du Tonkin et de Cochinchine, section féminine des Amateurs de la Croix et projet non approuvé par Rome, Mgr Lambert fonda une congrégation des Amantes en 1672 à Ayuthaya, avec comme fonction immédiate de soigner les femmes malades.

 Pour Monseigneur, la mission devait commencer selon l’évangile par la proclamation de la bonne nouvelle aux pauvres, les soins aux malades et la libération des prisonniers. Un certain nombre de prisonniers reçurent le baptême avant de mourir. Les débuts de l’évangélisation furent décevants par crainte du roi, chef suprême du bouddhisme.

 

 

4 – Mgr Louis Laneau (1637-1696) vicaire apostolique du Siam

C’était un spirituel de la classe de Mgr Lambert, d’une très grande bonté, il était pasteur plus qu’administrateur. On lui reprochait son indécision. Il commença par fréquenter les religieux bouddhistes du Siam, dont il connaissait très bien la langue. Il avait une certaine connaissance du
bouddhisme populaire, mais ne comprit pas le bouddhisme doctrinal, ce qui eut de graves conséquences plus tard. Il fut le premier supérieur du séminaire.

 

Il engagea un ancien religieux à venir enseigner le pali aux séminaristes. Il s’effaçait devant Mgr Lambert et allait soigner les malades, participait à l’apostolat de ses confrères missionnaires en allant de village en village.

Il alla aider le Père Claude Chandebois (1640-1687) à Bangkok et obtint du roi un terrain pour y construire une église dédiée à "L’Immaculée Conception" en 1674. Profitant qu’un Portugais était gouverneur de la ville, il ouvrit la mission de Phisanulok, dans le nord.

Son apostolat auprès des Siamois lui inspira le besoin de traduire et de composer des précis et des catéchismes pour aider les futurs prédicateurs et catéchistes auprès de la population. Il fut ainsi le créateur de la littérature doctrinale et spirituelle de l’Église de Thaïlande. Il fallut attendre Mgr Pallegoix (1840) pour que cette œuvre soit continuée.

5 – L’engrenage de la politique

Le zèle de Mgr Lambert pour la conversion des Siamois se heurtait au manque de liberté des sujets du roi. Le Père de Bourges remarquait que "la dépendance entre les uns et les autres s’observe avec exactitude. Tous ceux qui sont sous la dépendance d’un autre obéissent comme des esclaves. Chacun rend compte en certains temps aux officiers supérieurs, et par degré, tout remonte au roi" (1666). On n’a rien inventé de mieux depuis comme système oppressif. À l’invitation à se faire chrétien, le missionnaire obtenait toujours la même réponse : il faut obtenir la permission du roi.

le roi phra naraïLe roi Naraï s’intéressait à la présence des missionnaires français dans son royaume à une époque où la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales bloquait les ports du Siam pour le punir de n’avoir pas observé les contrats commerciaux entre le Siam et la Compagnie Hollandaise. Il n’ignorait pas que la France était en conflit avec la Hollande. Naraï commença par envoyer des jeunes gens étudier chez les pères. Il concéda à ceux-ci un terrain pour s’établir et même des matériaux pour construire une église. Mgr Lambert, passablement naïf, pensa que la grâce de la conversion travaillait dans le cœur du prince. Ne serait-il pas un nouveau Constantin qui entraînerait toute la nation dans la conversion au christianisme ?

Une suggestion qui allait se révéler lourde de conséquences, fut soumise à Mgr Pallu alors enEurope : établir des relations diplomatiques entre la France et le Siam pour que Louis XIV invitât le roi Naraï à se faire chrétien. L’utilisation de la politique pour mettre l’Église sur orbite n’a jamais réussi. Mais Mgr Lambert mourut sans avoir connu les résultats fâcheux d’une telle suggestion. C’est à cette époque qu’un aventurier du nom de Constance Phaulkon, se fit remarquer des mandarins.

 

 

 

 

 

constance phaulkonLe roi qui aimait s’entourer d’étrangers se l’attacha et Constance devint son favori. Pour cette occasion Constance se fit catholique – il était orthodoxe — et revendiqua la responsabilité sur les catholiques du royaume. Ambitieux, il écarta l’évêque qui n’eut plus l’occasion de rencontrer le roi. Par son arrogance il se fit détester des mandarins ainsi que des catholiques qu’il avait pris sous sa protection. Devenu tout puissant à la cour, il s’attacha le Père Tachard, membre d’une délégation de jésuites astronomes envoyés par Louis XIV à la Chine. Tous les deux obtinrent l’envoi de troupes françaises dans le but secret de faire du Siam un protectorat français.

Mais Phet-Racha, un mandarin important à la cour, ennemi des Français, profita de la maladie du roi pour s’emparer du pouvoir : le roi mourut, Phaulcon le favori, fut décapité et les troupes françaises priées de quitter le pays. Pendant les opérations d’embarquement, le manque de confiance de part et d’autre provoqua une réaction xénophobe de la part des Siamois. L’évêque, les prêtres, les séminaristes et tous les Français encore dans le pays, furent maltraités et mis en prison pendant 21 mois. Les chrétiens furent sommés d’abandonner le christianisme. Tout cela à la satisfaction des chrétiens portugais. Les chrétientés situées hors de la capitale : Phisanulok, Bangkok, Merguy et Phukhet furent
dispersées. Le résultat des 24 premières années de la mission (1662 - 1688) fut anéanti.
 

Les années obscures (1688 – 1834)

1 – Pénibles recommencements

En avril 1695, l’évêque, les prêtres et les séminaristes furent autorisés à revenir au séminaire. La mission retrouva une certaine liberté en 1690. Mgr Laneau, vieilli par les épreuves, disposait de 6 missionnaires au lieu de 19 avant les évènements. Au séminaire restaient 15 séminaristes. Le Père Perez, premier prêtre ordonné par Mgr Lambert, fut ordonné évêque et partit pour la mission de Cochinchine. Le Père Pinto, deuxième prêtre, ordonné au Collège de la Propagande à Rome, mourut un an après son retour et 5 mois après Mgr Laneau. Les chrétiens étaient en majorité des Cochinchinois ou des Japonais réfugiés. Restaient 120 chrétiens siamois sur les 500 ou 600 d’avant la persécution, et leur nombre alla toujours en diminuant.

Il fallait repartir de presque rien, mais cette fois dans un climat de méfiance. Les Siamois n’aimaient pas les Français et, de ce fait, étaient hostiles au christianisme. Cette hostilité était due à la confusion qui existait entre religion et politique et qui avait trouvé sa source dans l’action de Constance Phaulkon.

Mgr Laneau, s’employa à rétablir cette confiance des Siamois envers les missionnaires, surtout en soignant les malades victimes des épidémies. Il mourut d’épuisement en 1696, déçu du silence de la Propagande qui ne daigna jamais accuser réception de ses rapports annuels. Il laissait à la postérité 26 ouvrages de catéchèse ou de prières écrits en siamois.

Le Père Pierre Ferreux (1657-1698), nommé supérieur de la mission mourut avant de recevoir la bulle de sa nomination comme vicaire apostolique. Avec lui disparaissait le dernier vicaire apostolique pouvant communiquer en langue siamoise.

Il fallut attendre 84 ans pour qu’un supérieur de mission puisse communiquer avec les autorités en siamois sans interprète. Les quelques rares missionnaires présents au Siam – à une certaine époque leur nombre ne dépassa pas deux ou trois – ne pouvaient ni prêcher ni catéchiser en siamois. Pour ce service, ils firent appel à un diacre vietnamien du séminaire.

Le Père Gabriel Braud (?-1722), ancien missionnaire du Tonkin, remplaça le Père Ferreux. La Propagande désirait nommer un vicaire apostolique non Français pour protéger la mission des interférences politiques. Finalement Mgr Louis Champion de Cicé (1648-1727), ancien missionnaire au Canada et en Chine, fut nommé vicaire apostolique au Siam à l’âge de 54 ans.

C’était un homme zélé, il voulait rouvrir la chrétienté de Phisanulok et redonner vie à celle de Merguy. C’est à cette époque que fut établie la chrétienté des réfugiés Cochinchinois à Chantabun (1707). L’évêque se plaignait que le Collège général était une grande charge pour la mission qui n’avait pas de séminariste siamois. Le Collège en effet, accaparait tous les nouveaux missionnaires. Quant à l’évêque et certains missionnaires qui ne pouvaient prêcher aux Siamois, ils parcouraient les villages pour baptiser les enfants en danger de mort. La mission vivait dans une pauvreté extrême.

2 – Interdiction aux Siamois et aux Laotiens de se faire chrétiens

Quelques Siamois finirent par manifester de l’intérêt pour le christianisme. Mgr de Cicé baptisa des adultes en secret. À l’époque de Mgr Jean-Jacques Tessier de Queralay (1668-1736) des princes et des princesses venaient parfois le soir assister aux vêpres et au salut du Saint-Sacrement en spectateurs. Ils demandèrent à l’évêque quelques livres d’enseignement en usage chez les chrétiens. Il n’y avait que les livres du P. Laneau.

Après bien des hésitations Mgr Tessier leur prêta quelques livres, parmi lesquels se trouvaient deux livres de controverses très critiques pour la religion bouddhiste. Les princes les emportèrent au palais, les lurent et en conçurent une grande colère. L’évêque, convoqué par le ministre des étrangers, subit un long interrogatoire très humiliant. Devant le refus de Mgr Tessier de rétracter le contenu de ces livres, le ministre, au nom du roi, proclama quatre interdits qui furent ensuite affichés aux portes des églises d’Ayuthaya et de Merguy.

     1 – Interdiction d’écrire des livres de religion en caractères siamois et pali.
     2 – Interdiction de prêcher aux Siamois, Pégouans et Laos.
     3 - Interdiction de les inviter à se faire chrétiens.
     4 – Interdiction de critiquer la religion des Siamois.


Confronté à cette situation, Mgr Tessier de Queralay demanda à quitter le pays car sa présence n’avait plus de raison d’être. Cependant les autorités le réclamaient pour garder les liens avec la France. C’était lui reconnaître un rôle purement politique. Dorénavant comme chrétiens, il n’y avait plus que des descendants portugais, vietnamiens et japonais et quelques rares Siamois anonymes.

Cet interdit ne fut jamais rapporté et fut souvent rappelé. Le Père Pallegoix, en 1834, fut le premier missionnaire à l’enfreindre ouvertement, protégé qu’il était par son ami le prince qui par la suite devint le roi Rama IV.

Durant cette période de 100 ans, qui va de 1731 à 1834, les Siamois, officiellement, n’avaient pas le droit d’embrasser le christianisme. Pendant tout ce temps se sont succédés les supérieurs de mission : le Père Lemaire (?-1748), Mgr de Lolière (1685-1755), Mgr Pierre Brigot (1713-1791). Jusqu’à la destruction d’Ayuthaya et la ruine de la mission par les Birmans, les Pères se sont occupés du Collège général et des chrétiens d’origine non siamoise.

C’est peut-être pour cette raison qu’ils n’éprouvaient pas le besoin d’utiliser la langue locale. Quant au Collège, nom donné à l’époque au séminaire, depuis sa fondation en 1665 jusqu’à son déménagement pour l’Inde en 1767, il n’aura formé que cinq prêtres pour le Siam. Lors de la chute d’Ayuthaya, il ne restait plus que deux chrétientés dans le pays : celle de Chantabun, administrée par un prêtre asiatique, et celle de Phuket où résidait un franciscain portugais.

La mission des Temps Modernes

1 – La mission renaît de ses cendres.

Lorsque le roi Taksin libéra le pays du joug birman, la petite communauté portugaise regroupée à Thonburi (Bangkok) n’avait plus de prêtre portugais à son service. Le Père Jacques Corre (1734-1773), ancien curé de la paroisse d’Ayuthaya, revenu du Cambodge où il s’était réfugié, en prit la responsabilité. Après le Père Ferreux, il était le premier missionnaire à prêcher et à catéchiser en siamois, ce qui déplaisait aux chrétiens portugais.

Mgr Olivier Le Bon (1710-1780), successeur de Mgr Brigot, déplut au roi Taksin par son intransigeance. Celui-ci l’expulsa avec les deux missionnaires alors présents à Bangkok. Il mourut à Goa sur le chemin du retour en France. Les Pères Joseph Coudé (1750-1785) et Arnaud Garnault (1767-1811), ses deux compagnons d’infortune s’étaient réfugiés à Pondichéry. Ils revinrent dans le sud du pays, jamais vraiment évangélisé.

Le Père Coudé fut nommé vicaire apostolique (1782-1785). Il catéchisait les chrétiens en siamois selon la méthode du Père Corre. Invité par le nouveau roi Rama 1er à venir à Bangkok, il y trouva une communauté chrétienne portugaise divisée, un petit nombre restant fidèle aux missionnaires de la Propagande, et la plupart des autres qui avaient réussi à faire venir un prêtre portugais, se réclamaient du patronat de ce pays. Sujets du roi de Portugal et très hostiles aux missionnaires français, ils demandèrent l’arbitrage du frère du roi et obtinrent un terrain pour y construire une église : l’église du Rosaire actuelle. Ils étaient anti-français au point de dénoncer les Siamois qui se faisaient chrétiens secrètement. Cela enlevait tout espoir de conversion chez les Siamois.

Ce schisme dura 40 ans. Mgr Coudé mourut avant d’avoir pu être ordonné évêque. Son compagnon, Mgr Garnault, lui succèda comme vicaire apostolique (1786–1811). Il fut le premier à introduire une imprimerie dans le pays. Il organisa trois séminaires et ordonna huit prêtres d’origine chinoise, vietnamienne, et portugaise. Il fit revivre la congrégation des Amantes de la Croix disparue après le désastre d’Ayuthaya en 1767. Mgr Florens, son successeur de 1811 à 1834, n’osa pas contrevenir aux ordres du gouvernement qui interdisaient aux étrangers de sortir de Bangkok par crainte de l’invasion des puissances colonisatrices de l’Europe.

2 - Nouveau départ : 1834 – 1872

Le renouveau de la mission correspond historiquement au début de l’expansion coloniale des puissances européennes en Asie. L’Europe avait pris conscience de sa supériorité technique et
sociale. Elle se croyait chargée d’une mission civilisatrice dont on n’avait pas conscience au XVIIe siècle. Les missionnaires, influencés par l’idée de supériorité de la civilisation européenne, ne prêtaient guère attention aux coutumes et religions des autochtones.

Mgr Jean-Paul Courvezy (1792-1857) ancien professeur du grand séminaire de Chartres, était arrivé plein d’idées neuves. Il voulait tout changer à la fois. Mais il manquait d’expérience et était d’un tempérament violent qui déplaisait aux Siamois. Il prépara son successeur et obtint la division de la mission du Siam, gardant la partie occidentale : la Malaisie et Singapour actuels, sous sa juridiction.

Mgr Jean-Baptiste Pallegoix (1805–1862) lui succéda dans le Siam actuel. C’est avec lui que débuta réellement la mission des temps modernes. Au départ, il y avait environ 3 000 chrétiens, pas plus qu'à l'arrivée de Mgr Lambert à Ayuthaya.

Le Père Pallegoix, jeune missionnaire, vint s’installer dans l’ancienne capitale. Devenu vicaire apostolique, il s’efforça d’envoyer des missionnaires, toujours associés avec des prêtres autochtones, dans toutes les parties du pays, dans la mesure où il avait du personnel à sa disposition.

Le Père Pallegoix, jeune missionnaire, vint s’installer dans l’ancienne capitale. Devenu vicaire apostolique, il s’efforça d’envoyer des missionnaires, toujours associés avec des prêtres
autochtones, dans toutes les parties du pays, dans la mesure où il avait du personnel à sa disposition.

Il ne tint pas compte de l’édit qui interdisait aux Siamois de se faire chrétiens. Il s’efforça également d’ouvrir des écoles dans toutes les communautés chrétiennes.

 Le Père Étienne Albrand (1804-1867) que Mgr Courvezy avait fait venir de Singapour pour l’évangélisation des Chinois, nombreux depuis l’époque du roi Taksin, fit de l’église du Rosaire son centre de formation des catéchumènes. Le roi encourageait plutôt cet apostolat auprès des étrangers. Les prêtres autochtones augmentaient en nombre et surtout en qualité. L’évêque s’employait à traduire et à composer des livres religieux.

 

 

 

Le Père Pierre Clemenceau (1806-1864), l’imprimeur de la mission avait fait venir des livres de Burnouf sur le bouddhisme pour mieux connaître cette religion et mieux la combattre. Lors de la venue de Montigny, en 1856, pour négocier un traité commercial avec le Siam, la mission espérait – comme Mgr Laneau autrefois – pouvoir négocier un traité religieux qui garantirait la liberté de proclamer librement l’évangile dans tout le pays. Le roi s’y refusa. La mission continuait encore à demander un appui politique à la France.

obsèques solennelles de mgr jean-baptiste pallegoix

mgr ferdinand dupond Mgr Ferdinand Dupond (1809–1872), successeur de Mgr Pallegoix en 1864, se tint à l’écart de la cour. À cette époque le nombre de chrétiens d’origine chinoise augmenta beaucoup. Mgr Dupond, fondateur de la chrétienté de Bang Chang (Ban Nok Khuek), fut l’instrument de Dieu pour la conversion de Pan, abbé d’une pagode non loin de Bang Chang.

C’était un homme droit à la recherche de la vérité. Il la découvrit dans la communauté chrétienne de Bang Chang. Il reçut le baptême et entraîna avec lui dans le christianisme un certain nombre de disciples et de parents : environ 300 personnes dont l’une devint prêtre et fut ordonnée en 1880.

Ce fut le premier groupe important de Siamois à se faire chrétiens. Le gouvernement, alerté, pris des dispositions pour arrêter ce mouvement de conversion.

 

Le traité commercial franco-siamois de 1856, complété par celui de 1867, contenait une clause qui mettait tous les Français ainsi que les Siamois qui se trouvaient à leur service, sous la protection du consul de France, et ce, dans un rayon de 80 Km autour de Bangkok.

Ce droit fut abusivement étendu à d’autres catégories de personnes, en particulier aux chrétiens chinois. Ceux-ci étaient de fait soustraits à l’administration siamoise et ne dépendaient que du consul de France. Ce fait entraîna des abus regrettables de la part de certains missionnaires. De plus cette situation créa une antipathie durable de l’administration à l’échelon subalterne contre le christianisme, dans un pays déjà peu favorable à l’évangélisation.

3 – La période moderne : 1875 – 1944

Cette période débuta avec le règne de Rama V, le père du Siam moderne. Ce fut lui qui abolit l’esclavage dans le pays. À l’époque les Siamois avaient très peur d’être colonisés par les puissances européennes. Ils comprirent que la supériorité de celles-ci venait de leurs connaissances scientifiques.

Pour lutter contre ces envahisseurs potentiels, le gouvernement, dans un premier temps, décida de faire venir des experts d’Europe pour moderniser le pays et par la suite, pour organiser l’ins-
truction publique sur le modèle européen.

mgr louis vey (1840–1909)Tout en continuant à développer les communautés chrétiennes, Mgr Louis Vey (1840–1909) entra pleinement dans ce mouvement en ouvrant l’école de l’Assomption à Bangkok et en faisant venir les frères de Saint Gabriel en 1901. Pour l’éducation des filles il appela les sœurs de l’Enfant Jésus (1885) et les sœurs de St Paul de Chartres (1898). Le roi, libéral, garantissait la liberté religieuse et ne s’opposait pas à la conversion individuelle des personnes ; cependant, il s’opposait à des mouvements de conversion provoqués par la propagande ou l’aide matérielle.

Les Siamois sont respectueux de toutes les religions établies dans le pays, mais farouchement opposés à des conversions extorquées par des moyens anormaux au point de devenir fanatiques. La pression sociale et le cadre de la religion bouddhiste qui encadre l’homme du berceau jusqu'à sa crémation, ont à l’époque obligé les chrétiens et ceux qui voulaient le devenir à vivre dans des communautés séparées de la population bouddhiste. Mgr Vey entretint de bonnes relations avec le gouvernement, en particulier au moment des tensions entre le Siam et les autorités consulaires françaises.

Cependant par manque de confiance dans les autorités siamoises, il n’osa pas rompre avec le consulat malgré la suggestion de ces mêmes autorités. Grand connaisseur de la langue siamoise, il augmenta la littérature pieuse par des commentaires des évangiles du dimanche et la réimpression de certains livres et dictionnaires de Mgr Pallegoix.

Il demanda et obtint la division de son immense vicariat par la création du vicariat de Nong Seng (nord-est du Siam et Laos). À sa création en 1899, avec Mgr Marie-Joseph Cuaz (1862-1950) à sa tête, le nouveau vicariat comptait 9 000 catholiques. Mgr René Perros (1870–1952) fut surtout un pasteur très attentif à la vie de ses chrétiens.

Il suivit de près la formation des séminaristes. Pendant son long épiscopat, il ordonna 34 prêtres. Il en envoya quelques-uns étudier au collège congrégation des Amantes de la Croix selon le code de droit canon de 1917 et les décrets d’application de 1922. Il fit également venir de nouvelles congrégations: les ursulines, les carmélites et les salésiens.

Sous le roi Rama VI en 1921, l’enseignement primaire devint obligatoire. La mission s’investit alors à fond dans la création d’écoles primaires dans les paroisses. On prépara des instituteurs et des religieuses diplômés. Des écoles furent construites pour protéger la foi des enfants catholiques. Dans ce but, le Père Léger Joseph Ferlay (1874-1948) rouvrit l’école de formation des catéchistes en 1920.

 Le Père Maurice Carton (1875-1948) l’avait fondée avant la guerre. Cette école formait des instituteurs-catéchistes qui avaient la capacité de devenir directeurs d’école. Ce furent les premiers laïcs officiellement au service de l’église. Ils rendirent de très grands services aux chrétientés.

 

 

Mgr René-Marie Perros ne pouvait assurer l’évangélisation de son trop vaste vicariat. En 1930, il confia le sud du pays (environ 6 000 chrétiens) aux salésiens et, en 1945, aux prêtres siamois la partie sud-est avec 8 800 chrétiens. En 1931, Mgr Perros envoya le P. Lucien Mirabel (1902-1996) ouvrir la mission de Chiang Maï dans le nord du pays.

En 1939, le premier ministre Phibun Songkhram, changea le nom du pays de Siam en Thaïlande. C’était le signe d’une nouvelle politique. Le gouvernement thaïlandais exigea que la France rétrocéda les territoires qu’elle avait annexés en 1893, en fait le Laos. Sur le refus de la France, la Thaïlande engagea des hostilités sur la frontière du Mékong le 29 septembre 1940. La mission se trouva divisée en deux par la guerre. Quant au gouvernement nationaliste de Thaïlande, il voulut faire l’unité du pays par la religion bouddhiste qui devait être l’unique religion du pays. Les non-bouddhistes devaient  adhérer au bouddhisme.

Les missionnaires et autres religieux français, étaient particulièrement visés en raison de leur nationalité.

Ceux et celles qui résidaient dans la mission de Bangkok, furent réunis à la procure de la capitale
puis évacués sur le Vietnam. Cinq prêtres autochtones furent arrêtés pour espionnage et mis en prison.

 Les chrétiens qui n’acceptaient pas de se convertir au bouddhisme furent mis en quarantaine, interdits de travail, parfois battus et emprisonnés. Mgr Perros souffrit beaucoup pour les prêtres et les chrétiens pendant la persécution.Il soutint de tout son possible le Père Nicolas Kimbangrung qui mourut martyr dans sa prison en 1944 et fut béatifié en le 5 mars 2000.

 La mission lao : nord-est du Siam et Laos

1 – Des débuts à 1939

Au début, la mission lao englobait le nord-est siamois et le Laos tout entier qui se trouvait déjà sous influence siamoise. Le Mékong n’était pas une frontière mais plutôt un trait d’union entre les deux pays.

Mgr Vey envoya les premiers missionnaires au nord-est, les Pères Constant Prodhomme (1849-1920) et François Guégo (1855-1918), en 1881 pour prospecter les possibilités d’évangélisation. La libération d’un groupe d’esclaves par le Père Prodhomme à Ubon fut l’évènement fondateurde la mission. Trois centres d’évangélisation furent établis non loin du Mékong.

C’est à partir de ces centres que naquirent des communautés chrétiennes de part et d’autre du fleuve. À cette même époque, la France colonisait le Laos et le Cambodge. Les missionnaires français furent alors soupçonnés par les autorités siamoises de préparer l’invasion du nord-est par les troupes françaises.

Les débuts de l’évangélisation furent très pénibles. Le pays manquait de tout. Il fallait tout amener de la capitale. Les relations avec Bangkok prenaient beaucoup de temps. Les routes étaient inexistantes, tout comme les ponts pour traverser les rivières. Le voyage aller prenait un mois et le voyage retour un mois et demi. Les premiers intéressés par le christianisme étaient essentiellement des pauvres, souvent attirés par des motifs d’utilité personnelle. La sécheresse ou les inondations, les épidémies et la famine à l’état endémique décimaient les populations. Les missionnaires, aidés par trois prêtres siamois avaient un ministère itinérant. Ils répondaient à l’appel de ceux qui s’intéressaient au christianisme en fondant de petites communautés.

Au bout de 20 ans d’apostolat, la mission Lao totalisait 9 000 chrétiens. Mgr Vey demanda alors la création d’un nouveau vicariat séparé de celui de Bangkok. Ce fut ainsi que naquit le vicariat de Nong Seng, village à trois km au nord de Nakhon Phanom sur le Mékong et d’accès facile tant du côté siamois que laotien.

mgr constant prodhomme Le premier vicaire apostolique de la mission lao fut Mgr Cuaz. Il voulut relancer la mission qui, à son gré, commençait un peu trop à s’installer. Il créa deux nouveaux centres : l’un à l’ouest, ce lui de Nakhorn Ratchasima (Khorat), l’autre à l’est situé dans le Bassac (Bas Laos) auprès des tribus kha. Pour Khorat les résultats ne furent pas très encourageants.

Mgr Cuaz, malade, dut rentrer en France ; pendant quatre ans, la mission se trouva sans chef. Les chrétientés de Khorat furent momentanément confiées à la mission de Bangkok que la construction du chemin de fer rendait toute proche.

Mgr Prodhomme remplaça Mgr Cuaz. Vint la guerre de 1914-1918, huit missionnaires furent mobilisés ; sur le terrain ne restaient que les plus
âgés et trois prêtres siamois venus aider la mission. Celle-ci ne put guère progresser mais réussit à se maintenir.

 

L’évêque mourut en 1920. Mgr Ange Marie Gouin (1877-1945) lui succéda, ce fut un évêque zélé aimé de ses prêtres. Dans l’impossibilité d’évangéliser sa très vaste mission, il chercha une congrégation qui accepterait de prendre en charge la partie nord du Laos.

Après plusieurs tentatives, les Oblats de Marie Immaculée acceptèrent de venir prêter main forte. Pie XI érigea la Préfecture apostolique de Vientiane en 1938 avec Mgr Mazoyer comme premier préfet  apostolique. Cette nouvelle circonscription ecclésiastique comptait 2796 chrétiens lao et vietnamiens à sa création.

ordination de mgr gouin le 27 avril 1922

 

Mgr Gouin avait également contacté les rédemptoristes de la province de St Louis aux U.S.A. pour leur céder la partie sud de la province du nord-est. La guerre de 19391945 arrêta les pourparlers. Dans la partie siamoise de la mission, le nombre des écoles augmentait ainsi que le nombre des chrétiens. Une ligne de chemin de fer reliant Bangkok à Ubon, via Khorat, fut terminée en 1930. Elle désenclavait la mission du nord-est. Le premier prêtre du nord-est, le Père Antoine Moune, fut ordonné en 1912.

Ensuite, après le Père Sinuen ordonné en 1926, il y aura régulièrement des ordinations de prêtres du nord-est. En 1925, 12 religieuses des Amantes de la Croix du couvent d’Ubon obtinrent leur diplôme d’institutrices et enseignèrent dans les paroisses.

Le couvent des Amantes de la Croix, fondé par Mgr Cuaz à Nong Seng en 1900, se déplaça à Sieng Vang en 1919. Il fut à l’origine de la congrégation des Amantes de la Croix de Tharae en 1923. Comme ailleurs, les religieuses étaient principalement destinées à l’enseignement dans les écoles paroissiales.

Les années de guerre : 1939–1945

La persécution dans le nord-est, proche du Laos, fut plus dure que celle de Bangkok. Les prêtres et religieuses de cette région furent expulsés vers le Laos le 29 novembre 1940. Les chrétiens de SongKhorn, sur le bord du Mékong, au nord de Mukdahan furent particulièrement éprouvés. Le catéchiste Philippe Si Phong fut tué. Ensuite deux religieuses, une chrétienne et trois jeunes filles furent fusillées : ce sont les martyrs de SongKhorn béatifiés en 1989.

En mai 1941, le calme commença à revenir. Les salésiens italiens de la mission de Ratchaburi virent aider les chrétiens du nord-est avec beaucoup de dévouement et Mgr Pasotti fut nommé administrateur intérimaire de la mission. À partir de 1942, la liberté de religion revint petit à petit. La Thaïlande déclara la guerre à l’Angleterre en 1942. Les bombardements anglais sur Bangkok signèrent l’arrêt définitif de la persécution. En août 1944, Phiboun Sogkhram démissionna ; le nouveau premier ministre, Khuang Aphayvong proclama aussitôt la liberté de religion.

Les missionnaires virent reprendre leur travail.Il fallait réparer les dommages matériels et spirituels. Mgr Gouin donna sa démission pour infirmité et Mgr Henri Thomine (1896-1945) fut nommé vicaire apostolique en 1944.

Début 1945, les Japonais s’emparèrent du pouvoir dans les trois pays de l’Indochine française dont le Laos. Ils fusillèrent Mgr Gouin, Mgr Thomine, le Père Jean Thibaud (1890-1945) et plusieurs citoyens français dans la région de Thakhek ainsi que le Père Jean Fraix (1906-1945) dans la région de Savannahkhet.

intronisation de mgr arnaud  thakhek, le 30 septembre 1950

3 - Époque contemporaine : 1947 – 1975

mgr claudius bayet (1900-1990)Nommé vicaire apostolique, Mgr Claudius Bayet (1900-1990), eut pour mission de préparer la division du vicariat. En 1951, il créa la préfecture apostolique de Thakhek, qui incluait toute la partie sud du Laos, avec Mgr Arnauld comme premier préfet apostolique. Dorénavant, la mission du nord-est restera incluse dans les limites territoriales de la Thaïlande.

En 1953, le nord-est thaïlandais fut divisé en trois circonscriptions ecclésiastiques . Le vicariat de Tharae passa aux prêtres thaïs avec Mgr Michel. On comme premier vicaire apostolique. Le vicariat d’Ubon resta sous la responsabilité des Missions Étrangères avec Mgr Bayet à sa tête. La préfecture apostolique d’Oudone alla aux rédemptoristes, arrivés en 1948, avec Mgr Duhart comme premier préfet apostolique.

En 1963, par division du vicariat d’Ubon, la création de Nakhorn Ratchasima fut confié aux Missions Étrangères et Mgr Alain Van Gaver (1921-1993) prit en charge ce vicariat en tant que pre-
mier vicaire apostolique. Le 18 décembre 1965, Paul VI établit la hiérarchie en Thaïlande en créant deux archidiocèses : celui de Bangkok avec cinq diocèses suffragants et celui de Nong-Seng- Tharae qui en a trois.

 

 

4 – Les Missions Étrangères au Laos depuis 1950 à 1975

mgr 
j.-pierre urkia (1918-…)La préfecture apostolique de Thakhek, créée le 17 juillet 1950 avec Mgr Jean Arnaud (1904-1972), comme premier préfet apostolique, fut élevée en vicariat apostolique le 24 février 1958.

Mgr Arnauld en devint le premier vicaire apostolique. Le 26 novembre 1963, le vicariat apostolique de Thakhek fut changé en vicariat apostolique de Savannakhet avec Mgr Arnauld comme vicaire apostolique.

Le 12 juin 1967, le vicariat apostolique de Savannakhet fut divisé en deux vicariats : celui de Savannakhet et celui de Paksé avec Mgr Jean-Pierre Urkia (1918-...) comme premier vicaire apostolique. En juin 1971, Mgr Pierre Bach (1932-...), succèda à Mgr Arnauld, démissionnaire, comme vicaire apostolique de Savannakhet.

En 1975, le Pathet Lao prit le contrôle du pays. Mgr Bach, démissionnaire en raison de la situation politique, fut remplacé le 10 juillet par Mgr Outhay Thepmany, évêque laotien. Ce même
jour Mgr Thomas Khamphan, laotien, devint évêque de Paksé en remplacement de Mgr Urkia démissionnaire pour les mêmes  raisons.

 

 

 

 

 

5 – Les derniers vicaires apostoliques des Missions Étrangères

En avril 1975, les communistes prirent le pouvoir successivement au Cambodge, au Vietnam puis au Laos. Le Vatican, craignant de voir une partie du sud-est asiatique contrôlé par les communistes, suggéra aux évêques européens de présenter leur démission pour nommer des évêques autochtones.

C’est ainsi qu’en Thaïlande Mgr Germain Berthold (1923-1994), évêque d’Ubon, Mgr Van Gaver, évêque de Nakhorn Ratchasima et Mgr Michel Langer (1920-1989), évêque de Nakhorn Savan, tous membres de la Société des Missions Étrangères, donnèrent leur démission en 1975.

Pour le Laos, Mgr Bach, vicaire apostolique de Thakhek et Mgr Urkia, vicaire apostolique de Paksé, en firent de même.

En Thaïlande les prêtres de la Société ont continué leur travail sur place, mais au Laos tous les missionnaires étrangers furent priés par les autorités communistes de rentrer dans leurs pays d’origine.

 

 

Conclusion

Nous devons reconnaître que la Thaïlande, fille aînée des Missions Étrangères, a donné peu d’enfants à l’Église, soit actuellement environ 300 000. Apparemment cette mission a été un échec pour bien des raisons : certaines raisons dépendaient des personnes, d'autres de la situation ou bien des conditions du temps et de l’histoire. Le Père Piéris disait que le christianisme était venu trop tard dans cette région.

Le bouddhisme avait déjà occupé la place laissée par les religions traditionnelles. Mais il y a eu aussi des causes qui ont dépendu des missionnaires eux-mêmes.

On peut en citer trois principales :
 

1 – Une approche erronée de la doctrine bouddhiste.

2- La collusion avec les pouvoirs politiques étrangers.

3- Des divisions dans la communauté chrétienne : selon leur origine, ses pasteurs dépendaient, ou prétendaient dépendre, soit du patronage portugais soit de la congrégation de la Propagande romaine.

Ce fut pendant longtemps une cause de conflits et de divisions dans l’Église. Que malgré cela la foi chrétienne se soit maintenue jusqu’au aujourd’hui montre que l’Église est bien une institution divine capable d’engendrer des saints et des martyrs.

Il faut signaler encore que le Collège général, qui avait quitté le Siam au moment de la destruction
de Ayuthaya en 1767, après une errance en Inde et au Cambodge ainsi qu’un long séjour à
Penang, en Malaisie, a rouvert ses portes en 1972 pour former les séminaristes thaïlandais à Samphran près de Bangkok.

En 1997, ce séminaire avait déjà formé 216 prêtres diocésains pour l’Église de Thaïlande ainsi que 88 religieux. Notons également qu’en 1990,a été fondée la Société des Missions Étrangères de Thaïlande.

Cette dernière compte actuellement 9 prêtres et 8 religieuses associées qui travaillent auprès des ethnies montagnardes de Thaïlande et au Cambodge.

 

                                                                                                                         Robert Costet