Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Le Japon

 

De toutes les missions confiées à la Société des Missions Étrangères, celle du Japon est la dernière dans laquelle les missionnaires envoyés de Paris ont pu effectivement pénétrer. Pour parler de leur travail et ainsi esquisser une histoire des Missions Étrangères au Japon, il est important de rappeler qu'à la suite de saint François Xavier, arrivé en 1549 à Kagoshima, dans le sud du Japon, de nombreux missionnaires, d’abord jésuites puis membres d’autres ordres religieux, avaient annoncé l’Évangile et fondé des communautés chrétiennes en plusieurs lieux dans l’archipel. L’Église alors établie, avait témoigné d’une remarquable vitalité.

En quelques dizaines d’années, plusieurs centaines de milliers de Japonais avaient reçu le baptême. Malheureusement très vite aussi, pour différentes raisons qu’on ne peut exposer ici, de sanglantes persécutions s’étaient abattues sur la nouvelle chrétienté. Des centaines et des milliers de martyrs avaient alors donné leur vie pour la foi, écrivant ainsi une des plus belles pages de l’histoire de l’Église.

Un édit du gouvernement de l’époque, publié en 1614, interdisait la pratique de la religion chrétienne, considérée comme un danger pour les religions nationales, pour l’indépendance du pays et pour l’ordre moral. Ce même décret prescrivait l’expulsion de tous les missionnaires étrangers. Et très bientôt le commerce avec les étrangers fut de même presque complètement interdit.

De sorte que par la suite, pendant plus de deux cents ans le Japon devait rester pratiquement fermé à toute influence venant du monde extérieur. Ce n’est pas ici le lieu de relater plus en détails l’histoire glorieuse de l’évangélisation du Japon au temps de saint François Xavier et de ses premiers successeurs mais on risquerait de ne rien comprendre aux difficultés qu’allaient rencontrer les missionnaires de la Société des Missions Étrangères pour entrer au Japon si l'on faisait abstraction du passé qui les a précédés. Il convient aussi, d’avoir en tête les circonstances qui au XIXe siècle ont permis à la Congregatio de Propaganda Fide (actuelle Congrégation pour l’Évangélisation des peuples) d’envisager la possibilité d’envoyer à nouveau des missionnaires au Japon. Le XIXe siècle fut le siècle de l’expansion coloniale des puissances européennes, époque qui nous paraît aujourd’hui bien marquée par l’esprit de lucre et les ambitions impérialistes, ce qui n’est certes pas à l’honneur des nations dites chrétiennes. Il n’est pas glorieux pour l’Europe d’avoir obligé la Chine à ouvrir ses ports pour pouvoir se livrer au commerce de l’opium. Et il n’est pas étonnant que les pays d’Extrême-Orient aient considéré comme une menace la progression de l’Occident dans leur zone d’influence même quand il ne s’agissait pas d’agression caractérisée.

Ce devait être pendant très longtemps, et sans doute jusqu’à nos jours, un handicap difficile à surmonter pour l’Église, une sorte de tare, que de paraître solidaire de cet Occident conquérant et d’avoir profité de son expansion. Cependant c’est un fait que les navires de guerre et une diplomatie appuyée sur les canonnières allaient forcer à s’ouvrir des pays comme la Corée et le Japon.

Les premières tentatives de pénétration au Japon

Pensant que le moment opportun était arrivé, dès 1831, le 9 septembre exactement, le pape Grégoire XVI confia à la Société des Missions Étrangères la mission de Corée, à laquelle sont rattachées les îles Ryû-Kyû, et charge Mgr Bathélémy Bruguière (1792-1835), premier vicaire apostolique de la nouvelle mission, de prospecter les moyens de reprendre contact avec les chrétiens du Japon. Mgr Bruguière meurt au cours du voyage qui le conduisait en Corée sans pouvoir rejoindre son poste et les quelques missionnaires qui parviennent à pénétrer dans le pays sont aussitôt en butte à de terribles persécutions, dans l’incapacité de tenter quoi que ce soit pour se rendre au Japon.

napoléon libois (1805-1872)Un peu plus tard, en 1842, le nouveau vicaire apostolique de la mission de Corée, Mgr Jean Ferréol (1808-1853), cède au P. Napoléon Libois (1805-1872), procureur des Missions Étrangères à Macao, la responsabilité de la mission du Japon. C’est alors que l’amiral Cécille, commandant de la flotte française d’Indochine, désireux lui-même de pouvoir conduire ses vaisseaux dans un port japonais, propose au P. Libois d’embarquer un missionnaire qui pourrait ensuite lui servir d’interprète, et de le conduire aux îles Ryû-Kyû pour y apprendre le japonais.

C’est en mettant à profit cette proposition que le P. Théodore Forcade (1816-1885) qui attendait là, accompagné d’un catéchiste chinois, Augustin, put débarquer le 28 avril 1844 dans le port de Naha, à Okinawa, se trouvant ainsi être le premier missionnaire de la Société à prendre pied, sinon au Japon même, du moins dans un territoire en partie sous domination japonaise. Les îles Ryû-Kyû étaient à l’époque relativement autonomes, payant tribut à la fois au Japon et à la Chine.

 

En réalité les fonctionnaires compétents à Naha n’avaient pas accordé au P. Forcade l’autorisation d’y demeurer. C’est seulement parce que le navire qui l’avait déposé là était reparti sans attendre qu’ils durent bon gré mal gré lui trouver un logement dans une pagode où il fut assigné à résidence et contraint de vivre jour et nuit sous surveillance.

Le P. Forcade put apprendre tant bien que mal des rudiments de japonais mais se vit interdire toute tentative d’entrer en contact avec l’ensemble de la population. Après plusieurs mois de séjour infructueux à Naha il fut rappelé à Hong-kong et c’est là qu’il reçut, en 1846, sa nomination comme vicaire apostolique du Japon avant d’être ordonné évêque l’année suivante.

Alors que le P. Forcade, instruit par l’expérience, prenait le parti d’attendre à Hongkong des jours meilleurs, d'autre missionnaires tentèrent plusieurs fois de séjourner aux Ryû-Kyû mais sans résultat.

 

Les missionnaires arrivaient à grand peine à obtenir un professeur de langue, et ils n’avaient pas d’autre activité apostolique que de prier avec ardeur pour que change le cœur de ceux qui les surveillaient.

L’un d’eux, le Père Mathieu Adnet (1813-1848), atteint de tuberculose, mourut dans l’île, pendant longtemps sa tombe fut le seul témoignage d’une présence chrétienne dans ces parages. Le P. Pierre-Marie Le Turdu (1821-1861), retourna à Hongkong éprouvant l’impression que la route du Japon lui serait à jamais interdite.

De son côté Mgr Forcade finit par se lasser d’at- tendre, et accepta une autre mission : il fut nommé évêque de la Guadeloupe, où il exerça un temps son ministère, puis ensuite évêque de Nevers, et enfin archevêque d’Aix-en-Provence. Le premier vicaire apostolique du Japon devait mourir sans avoir pu jamais entrer au Japon. Il fallut attendre avant de voir l’horizon s’éclaircir.

En 1853, le commodore Perry se présenta avec quelques navires dans la baie de Tôkyô, porteur d’une lettre du président des États-Unis proposant un traité de commerce et d’amitié au shogun, qui fut effectivement conclu l’année suivante, il devait permettre aux Américains de faire du commerce dans deux ports du Japon, à Shimoda, à quelque distance de Tôkyô, et à Hakodaté, dans le Hokkaidô. Peu après la Russie et l’Angleterre, puis la Hollande obtinrent des avantages similaires. Les Hollandais obtinrent aussi la liberté de l’exercice de leur culte pour leurs ressortissants résidant dans les ports ouverts.

La France, à son tour, put conclure le 9 octobre 1858 un traité comportant cette même clause garantissant la liberté de l’exercice du culte. Le traité spécifiait que les étrangers établis dans les ports ouverts pourraient bâtir des églises et des chapelles sur le territoire concédé pour leur résidence. Le négociateur de ce traité, le baron Gros, était accompagné d’un interprète, le Père Eugène Mermet-Cachon (1828-1870), des Missions Étrangères, qui put dès l’année suivante bâtir une église à Hakodaté, l’un des ports dont l’accès était désormais autorisé.

 

L’arrivée de pionniers et les débuts de leur ministère

Le Japon ayant renoncé au moins en partie à la politique de fermeture rigoureuse de ses ports aux étrangers, on pensait qu'enfin on trouverait quelque opportunité permettant à d’autres missionnaires d’entrer dans le pays.

Depuis quelque temps certains étaient désignés par les supérieurs de Paris pour renouveler les tentatives faites une dizaine d’années auparavant par les Pères Forcade et Adnet de se faire admettre aux Ryû-Kyû dans le but d’y étudier le japonais et de se préparer ainsi à aborder ailleurs dans l’archipel. C’est ainsi que les Pères Prudence Girard (1821-1867), Pierre Mounicou (1825-1871) et Louis Furet (1816-1900) avaient séjourné à Naha à partir de 1855 et commencé à se familiariser avec la langue. Et en 1859 le P. Girard se trouva prêt pour accompagner à titre d’interprète le premier consul général de France à Edo, M. de Bellecourt.

 

 

L’année suivante ce fut le tour du P. Mounicou, appelé par le P. Girard qui avait été nommé supérieur de la mission, d’arriver à Yokohama, chargé officiellement aux yeux de l’autorité japonaise du soin des quelques catholiques étrangers déjà installés dans la ville. Sans attendre le P. Mounicou se mit à l’ouvrage. Mettant à profit la connaissance de la langue qu’il avait déjà acquise, il commença par éditer un livre de prière et un catéchisme sommaire par questions et réponses en japonais. Puis il mena rapidement à bien la construction d’une église sur un terrain de la concession réservée aux résidents étrangers.

Lors de l’inauguration de cette église en 1862 le P. Girard profita de l’occasion pour prêcher en japonais aux nombreux visiteurs qui étaient
venus là poussés par la curiosité. Le résultat ne se fit pas attendre : cinquante-cinq Japonais furent arrêtés par la police à la sortie de la cérémonie. La religion chrétienne demeurait bel et bien interdite au Japon, en tout cas aux sujets de l’empereur. Les Japonais en question ne furent relâchés sur intervention du consul de France qu’après que le P. Girard ait pris l’engagement de ne plus prêcher en japonais.

Quelques années plus tard ce fut le tour du P. Furet d’aborder à Yokohama, pour se rendre ensuite à Nagasaki en janvier 1863. À peine arrivé il entreprit lui aussi de construire une église, officiellement à l’usage des étrangers, sur un terrain limitrophe de la concession réservée à ces derniers. Il fut suivi au mois de juillet de la même
année 1863 par le P. Bernard Petitjean (1829-1884) qui prit le relais de la surveillance du chantier. L’inauguration solennelle de l’église eut lieu le 19 février 1865 devant un grand concours de peuple mais sans aucun Japonais dans l’assistance. Tout se passa entre étrangers. Le souvenir de ce qui s’était passé à Yokohama en pareille circonstance obligeait à la prudence. Cette église, l’église d’Oura, existe encore aujourd’hui et elle a été classée monument historique.

 

 

 

En arrivant au Japon, les missionnaires avaient pour premier objectif de rencontrer des descendants des chrétiens ayant survécu aux persécutions du XVIIème siècle. Ils pensaient qu’un bon moyen d’attirer l’attention de ces chrétiens était de construire des églises. L’expérience montra qu’ils ne se trompaient pas. L’histoire qui suit, mille fois racontée, est digne de figurer dans une anthologie des faits merveilleux dont sont parfois témoins les missionnaires. Nous empruntons le récit au livre d’É. Milcent, Le Christ au Japon, publié aux éditions Téqui en 1979.

La découverte des chrétiens

Un mois environ après l’inauguration de l’église d’Oura, le 17 mars 1865, le P. Petitjean vit de sa fenêtre un groupe de douze à quinze personnes,
hommes, femmes et enfants, qui se tenaient avec respect devant la porte fermée de l’édifice.

Il ressentit une impulsion intérieure le poussant à aller trouver ces gens, et alla ouvrir la porte de l’église. Il précéda dans la nef les visiteurs, en priant intensément. Il s’agenouilla devant l’autel et adressa au Christ de l’Eucharistie une fervente prière : "Je conjurais le Seigneur, écrit-il, de mettre sur mes lèvres des paroles propres à toucher les cœurs et à Lui gagner des adorateurs parmi ceux qui m’entouraient". Et voilà que, pendant qu’il priait, trois femmes de cinquante à soixante ans s’agenouillèrent tout près de lui. L’une d’elles mit sa main sur la poitrine et lui dit à voix basse : "Notre cœur à nous tous qui sommes ici est le même que le vôtre". Et la conversation s’engagea : "Vraiment ? Mais d’où êtes-vous donc ?"  "Nous sommes tous d’Urakami. A Urakami, presque tous ont le même cœur que nous". Et aussitôt la femme qui avait répondu posa à son tour une question : "Où est la statue de sainte Marie (sancta Maria) ? "

Le P. Petitjean n’eut plus alors aucun doute : il était bien en présence de descendants des anciens chrétiens. Il conduisit le groupe devant la statue de la Sainte Vierge. De nouveau tous s’agenouillèrent et se mirent à prier. Mais ils ne pouvaient contenir davantage la joie qui débordait de leur cœur : "Oui, c’est bien la Sainte Vierge. Voyez sur son bras son divin Fils Jésus".

La confiance établie, les questions se mirent à pleuvoir au sujet de Deus-sama, Jesus-sama, Maria-sama (sama est un suffixe qu’on ajoute au nom des personnes, qui signifie quelque chose comme Monseigneur). Puis les visiteurs en vinrent à donner une idée de leur vie chrétienne : "Nous faisons la fête du Seigneur Jésus au vingt-cinquième jour de la gelée blanche. On nous a enseigné que ce jour-là il est né dans une étable, puis qu’il a grandi dans la pauvreté et la souffrance, et qu’à trente trois ans pour le salut de nos âmes il est mort sur la croix. En ce moment nous sommes au temps du chagrin. Avez-vous vous aussi ces solennités ?"

Le P. Petitjean, qui avait compris qu’il s’agissait du carême, répondit : "Oui, nous sommes aujourd’hui le dix-septième jour du temps chagrin..."

Ainsi l’espoir qu’avaient au cœur tous les missionnaires ayant pu pénétrer au Japon ces dernières années, n’était pas vain. Il y avait bien encore en cette fin du XIXe siècle des descendants des anciens chrétiens restés fidèles à la foi de leurs ancêtres, malgré plus de deux cents ans de fermeture du Japon à l’étranger, durant lesquels toute manifestation visible d’appartenance au christianisme avait été sévèrement proscrite.

Pendant ces deux cents ans les chrétiens avaient vécu sans aucun prêtre pour leur administrer les sacrements ou leur venir en aide, sans
possibilité d’entrer en relation avec l’Église dans le reste du monde. Et pourtant ils avaient gardé "le même cœur" que les chrétiens d’Europe.

 

Le P. Petitjean savait désormais que la foi était restée vivante au Japon et voyait toute tracée la voie qu’il devait suivre. Il fallait d’abord repérer les divers lieux où vivaient les rescapés des grandes persécutions, vérifier la validité du baptême qu’ils avaient reçu et examiner le contenu de la foi qu’ils avaient conservée. Le ministère des missionnaires au service des étrangers était peu fructueux, ces derniers étant plus soucieux de gagner des piastres que de donner un témoignage de vie chrétienne.

Le P. Furet, découragé après près de dix ans de labeur aux Ryû-Kyû et ensuite à Nagasaki même, était reparti pour la France. Le P. Petitjean n’avait plus qu’un seul compagnon, le P. Joseph Laucaigne (1838-1885) arrivé quelque temps auparavant, mais il pouvait considérer la rencontre qu’il avait faite comme un signe du ciel l’invitant à redoubler d’efforts.

Comment procéder pour approcher les chrétiens dont les visiteurs lui avaient dit qu’ils étaient nombreux à Urakami. Comment faire surtout pour éviter en prenant contact avec eux de susciter la colère du gouvernement et de leur attirer ainsi des ennuis ? Les lois proscrivant le christianisme étaient toujours en vigueur. Jusqu’à quel point pouvait-on compter sur une intervention des puissances occidentales soi-disant chrétiennes pour obtenir l’abrogation de ces lois ?

Le P. Petitijean et le P. Laucaigne tentèrent d’abord de tenir secrète la nouvelle de la rencontre merveilleuse faite dans l’église d’Oura mais elle ne tarda pas à être connue, non seulement dans la vallée de Urakami mais aussi dans les environs de Nagasaki et jusque dans les îles Gotô où beaucoup de chrétiens s’étaient enfuis au temps des persécutions et où ils s’étaient organisés, comme on l’apprit par la suite, pour administrer le baptême aux enfants et tenir en cachette des réunions de prière.

Bientôt ce fut presque chaque jour que des groupes de chrétiens se présentèrent à l’église d’Oura pour signaler l’existence de la communauté à laquelle ils appartenaient et demander à être instruits davantage. Selon une estimation faite à l’époque environ cinquante mille chrétiens vivaient dans la région.

Un jour un chrétien venu des Gotô se présenta accompagné d’un "baptiseur" qui, après avoir exposé sa dévotion au chapelet, récité sans Gloria Patri comme c’était la coutume au XVIIe siècle, posa ensuite deux questions : les missionnaires connaissent-ils le chef du Royaume de Rome ? les missionnaires sont-ils mariés ? Le baptiseur se réjouit d’entendre la réponse : le nom du Pape, Pie IX, et l’annonce que les missionnaires gardaient le célibat. Il sembla que, pour lui, les trois signes les plus évidents de la foi catholique des nouveaux arrivés avaient été la dévotion à Marie, l’union avec le successeur de Pierre et le célibat des prêtres.

Le gouverneur de la ville de Nagasaki, craignant sans doute des réprimandes venant de la capitale, voyait d’un mauvais œil les attroupements que provoquait l’afflux des visiteurs à l’église d’Oura. Il finit par interdire les visites et les gens, les chrétiens comme les autres, durent se soumettre. Il leur fallut renoncer à aller rencontrer les missionnaires. Cette interdiction mise à part, jusque vers la fin de 1866 les chrétiens ne furent pas autrement inquiétés. Les missionnaires s’organisèrent pour faire quelques visites dans les villages, la nuit, et pour recevoir, de nuit également, quelques responsables en vue de leur donner une formation. Sans attendre ils se préoccupèrent de l’avenir : il fallait penser à la formation d’un clergé local. Prétextant avoir besoin de serviteurs, ils prirent chez eux trois jeunes garçons qui leur semblaient avoir les dispositions requises pour devenir prêtres. Ces trois garçons furent les premiers à faire leur première communion.

Nouvelles persécutions

En mai 1866 le P. Petitjean fut nommé vicaire apostolique du Japon et put se rendre à Hong-kong en octobre pour recevoir l’ordination épiscopale. Premier vicaire apostolique résidant au Japon même et pouvant exercer effectivement cette fonction. Le calme relatif qui lui avait permis de d’absenter quelque temps ne devait pas durer. Une série d’incidents, plus exactement un excès d’audace de la part certains chrétiens, allait être à l’origine d’une nouvelle vague de persécutions.

Les lois proscrivant le christianisme, toujours en vigueur, spécifiaient que pour ensevelir les morts il était interdit de faire toute autre cérémonie que bouddhiste. Obligation était faite à tous les citoyens de faire appel à un bonze pour présider aux funérailles de leurs proches. Enhardis par la présence des missionnaires, qui leur conseillaient de ne plus se plier à ces exigences, certains chrétiens d’Urakami prirent le parti, pour la première fois au mois de mars 1867, de célébrer les funérailles sans le déclarer au temple : c’était non seulement contrevenir à la loi mais surtout se déclarer du même coup comme adeptes de la religion proscrite.

L’affaire vint aux oreilles du maire de Nagasaki qui demanda une liste des familles chrétiennes et la porta au gouverneur. Le 14 juillet 1867, celui-ci fit arrêter soixante-huit chrétiens qui, soumis à la torture, durent affirmer qu’ils regrettaient leur faute. Les consuls de France et d’Espagne ayant protesté contre cette barbarie, les prisonniers furent ensuite relâchés.

Cela n’empêcha pas les autorités de la ville de faire détruire les quelques chapelles provisoires qui avaient été construites dans les villages à l’entour d’Urakami depuis que les chrétiens avaient pu avoir l’impression que l’étau se desserrait un peu.

En cette même année 1867 la crise qui couvait depuis longtemps dans les sphères dirigeantes du pays arrivait à son dénouement. Le 9 novembre 1867, le pouvoir qui depuis plus de deux siècles était exercé effectivement par les shoguns Tokugawa est remis par leur dernier représentant, Tokugawa Yoshinobu, aux mains de l’empereur. Et un des premiers soins des conseillers de l’empereur arrivés aux affaires fut de prendre des mesures pour réglementer l’exercice de la religion, invitée à devenir un ferme soutien du nouveau régime. C’est ainsi que le shintoïsme, qu’on cherchait à purifier de toute collusion avec le bouddhisme, devint officiellement religion d’état.

De nombreux privilèges lui furent reconnus et les liens plus ou moins historiques de ses plus grands sanctuaires avec la dynastie impériale furent exaltés. Le christianisme était plus que jamais considéré un poison dangereux. Un des principaux reproches que faisaient les partisans de l’empereur au shogun et à son entourage était d’avoir ouvert le pays aux étrangers. On pouvait donc s’attendre à ce qu’ils ne se montrent pas particulièrement bienveillants pour les chrétiens lorsqu’ils prendraient le pouvoir. Le 29 avril 1868, première année de l’ère Meiji, du nom de l’empereur installé sur le trône, un rescrit impérial fut publié, interdisant "la détestable secte des chrétiens". Les gouverneurs des provinces reçurent l'ordre d’afficher partout cette interdiction, qui ne faisait en réalité que confirmer celle qui était en vigueur sous le régime shogunal.

La même année, une décision prise au cours d’un conseil de cabinet tenu à Osaka stipula que les chrétiens d'Urakami coupables d’infractions à la loi devaient être déportés. Décision qui fut malheureusement suivie d’effets tragiques ; au cours des mois et années qui suivirent, trois mille quatre cents chrétiens, répartis en plusieurs groupes, furent effectivement emmenés de force loin de l’île du Kyûshû où ils vivaient. Contraints aux travaux forcés, victimes de mauvais traitements et, dans certains cas de tortures d’une cruauté inouïe, hommes, femmes et enfants n’avaient en réalité pas d’autre crime à se reprocher que celui d’avoir manifesté leur appartenance à l’Église.

Les récits de ces évènements recueillis plus tard de la bouche des victimes par leurs descendants ou par les missionnaires furent souvent de beaux témoignages de foi qu’on pourrait aussi bien appeler actes des martyrs. Les conditions de captivité étaient différentes selon les endroits mais certains samuraïs fanatiques chargés de surveiller les déportés voulaient à tout prix les faire apostasier. Les chrétiens étaient entassés dans des chambres minuscules, la nourriture était insuffisante, les conditions d’hygiène déplorables. Les interrogatoires se multipliaient, parfois accompagnés de supplices. Il y eut des apostasies, mais la plupart du temps ce n’était que des faiblesses momentanées : aussitôt les tortures terminées les chrétiens demandaient pardon, et allaient eux-mêmes trouver leurs bourreaux pour leur dire qu’ils regrettaient leur faute et désiraient être de nouveau considérés comme chrétiens.

Cette vague de persécutions provoqua l’indignation de l’opinion publique en Occident tout autant que celle des représentants des puissances étrangères en fonction au Japon. À force de protestations répétées ceux-ci parvinrent enfin à faire abroger l’édit de persécution. Mais c’est seulement le 24 février 1873 que le gouvernement impérial fit supprimer les panneaux publiant l’interdiction du christianisme, et autorisa les chrétiens déportés à retourner chez eux.

Plus de six cents d’entre eux étaient morts pendant leur exil. Les survivants retrouvaient en rentrant leurs maisons démolies et leurs champs occupés par d’autres. Ils se mirent à l’ouvrage pour tout remettre en état, on imagine sans peine au prix de quelles difficultés.

Un temps de relative liberté

Le gouvernement avait renoncé aux persécutions, il n’avait pas pour autant renoncé à ses préventions contre le christianisme. Craignant son expansion, en cette même année 1873, il publia un décret interdisant aux missionnaires d’enseigner dans les écoles existantes. L’année suivante un autre décret limita très strictement les possibilités d’ouvrir une école privée. On verra plus bas, en effet, que le nombre de missionnaires présents au Japon avait peu à peu augmenté pendant les années troublées où la chrétienté de Nagasaki était dans la tourmente et qu’ici ou là ils se montraient entreprenants.

Le P. Mermet-Cachon, après un séjour à Hong-kong, revint à Hakodaté où il parvint à nouer des contacts avec la population, distribuant des médicaments aux malades, et enseignant le français aux demandeurs. Un de ses étudiants, Shimada Saburô, allait devenir président de la chambre des députés. Le P. Mermet visita également les secteurs où vivaient les aborigènes aïnous, ce qui lui attira des ennuis. Il devait publier en 1866 le premier dictionnaire français- anglais-japonais, mais il quitta entre temps la société des Missions Étrangères pour devenir consul de France, avant de rentrer définitivement en France.

séminaire de tokyo (1872)

En 1867 les Pères Pierre Mounicou et Henri Armbruster (1842-1896) débarquaient eux aussi à Hakodaté et construisaient un presbytère dans un quartier de la ville, à Motomachi.

Alors que le P. Mounicou partit pour Kobé, où il construisit en 1870 une église pour les résidents étrangers, le P. Félix Evrard (1844-1919) arriva à son tour pour le remplacer. À Hakodate les événements se compliquèrent singulièrement et rendirent même impossible, la tâche des missionnaires.

C’est là que s’était réfugié le dernier bataillon des troupes de la faction favorable au maintien du shogunat et donc hostile à l’instauration du régime impérial. Assiégés dans la forteresse de Goryôkaku par l’armée venue de Tôkyô, les résistants furent contraints à la reddition en 1869. Mal inspirée la diplomatie française avait choisi de soutenir les partisans du shogun.

Pour échapper au danger et aux troubles que la bataille entraîna dans la ville, les misssionnaires se réfugièrent l’un sur un navire français, l’autre sur un navire anglais stationnés dans la rade. Le désordre qui persista à Hakodaté après la bataille et la nationalité des Pères Armbruster et Évrard, dont le pays avait pris le parti des vaincus, étaient maintenant des obstacles avec lesquels il fallait compter. Il parut sage de s’éloigner... Le P. Évrard partit pour Niigata où il resta une douzaine d’années avant de se rendre ensuite à Yokohama puis à Tôkyô.

Le P. Armbruster, quant à lui, fut appelé à Tôkyô où il vécut un temps dans une modeste maison de louage. Il fut ensuite rappelé à Paris pour faire partie du conseil du séminaire qui dirigeait la Société à l’époque.

À partir de 1873, année de la libération des paroissiens d’Urakami qui avaient été déportés, on pouvait espérer une relative accalmie des tracasseries dont les chrétiens étaient victimes et peut-être une plus grande liberté d’action pour les missionnaires. Leur groupe allait s’étoffer quelque peu. Un télégramme de Paris annonça l’envoi prochain de quinze nouveaux.

mgr pierre osouf (1829-1906)En 1874 eut lieu la bénédiction solennelle de la première église de Tôkyô, l’église de Tsukiji, édifiée elle aussi dans la concession étrangère. Et en 1876 la mission du Japon fut divisée en deux vicariats apostoliques, celui du Japon septentrional sous la direction de Mgr Pierre Osouf (1829-1906), en résidence d’abord à Yokohama puis à Tôkyô, et celui du Japon méridional confié à Mgr Petitjean, le siège épiscopal étant fixé à Osaka.

En réalité, la suppression des panneaux d’interdiction de la religion perverse ne signifiait pas que cette dernière était vraiment reconnue. C‘est seulement en 1889 que fut enfin promulguée une constitution qui reconnaissaient officiellement la liberté de conscience...

Jusque-là le christianisme ne fut jamais, au mieux que toléré, ses fidèles étant souvent encore victimes de discriminations. Cela n’avait pourtant pas paralysé complètement l’action des missionnaires.

 

 

Plusieurs d’entre eux, on vient de le voir, purent se déplacer, aller d’un port ouvert aux étrangers à l’autre et ainsi parfois instruire et baptiser un Japonais touché par la grâce. Ainsi de ce commerçant rencontré par le P. Mounicou lors de son passage à Hakodaté, qui devint un fervent chrétien. Ou encore Watanabé, ce jeune homme qui accueillit chez lui à Niigata le Père Évrard et qui, baptisé, devint plus tard moine trappiste.

Les missionnaires jouissaient donc d’une certaine liberté avec cette limite cependant qu’ils ne pouvaient pas voyager dans le pays en tant que messagers de l’Évangile. Ils devaient être munis de passeports visés par la police. Il fallait trouver des prétextes pour obtenir l’autorisation de se déplacer, comme par exemple la nécessité d’apporter les secours de la religion aux étrangers.

Plusieurs missionnaires donnaient des cours de français supposés répondre à un besoin ou à des demandes et cela pouvait justifier leur présence aux yeux de l’autorité. La population était partagée entre un sentiment de curiosité pour tout ce qui venait d’Occident et une grande méfiance envers tout ce qui portait l’étiquette chrétienne. Près de trois siècles d’histoire pendant lesquels le christianisme avait été diabolisé, et la publicité faite pour le présenter comme pervers avait façonné les mentalités de sorte que les missionnaires avaient peu de chance d’être accueillis favorablement.

En outre la vie de la société japonaise, toujours très organisée, chaque village et chaque quartier constituant une sorte d’unité compacte, fit qu’il était très difficile aux individus de se soustraire aux obligations de la vie commune, parmi lesquelles la participation aux fêtes et l’entretien des temples bouddhistes et shintoïstes tiennent une place de choix. Cet environnement et cette organisation étaient des obstacles difficiles à surmonter pour l’inconnu venu d’ailleurs, surtout lorsque les bonzes réunissaient leurs fidèles pour leur interdire non seulement de prêter l’oreille aux discours des étrangers mais aussi de leur accorder l’hospitalité. Les missionnaires parvinrent pourtant, quelquefois, à faire des conférences qui attirèrent des groupes de curieux plus ou moins nombreux.

Les missionnaires de Nagasaki, quant à eux, purent, par intermittence, et même si c’était parfois de nuit, répondre aux questions des chrétiens de la région d'Urakami et célébrer pour eux l’Eucharistie. Les récits qu’ils ont laissés abondent en détails qui montrent bien quelle était la ferveur des chrétiens heureux d’avoir recours à leurs services. Ces chrétiens étaient avides de s’instruire davantage, prêts à faire parfois une dizaine de kilomètres pour assister à une messe matinale. Les barques des pêcheurs étaient toujours à la disposition du prêtre pour le conduire d’un port de pêche à l’autre. Chaque communauté un peu nombreuse voulait avoir son église et était prête à faire les sacrifices nécessaires
pour la construire.

Les missionnaires du Kyûshû purent très tôt s’atteler à la tâche considérée comme prioritaire, de préparer les jeunes gens à recevoir le sacerdoce, fidèles en cela à la tradition de la Société des Missions Étrangères, en commençant à préparer des jeunes gens à recevoir le sacerdoce. Le P. Jules Cousin (1842-1911), arrivé deux ans auparavant à Nagasaki, accompagna lui-même en 1868 un groupe de dix de ces jeunes gens pour les présenter au supérieur du Collège général de Penang, en Malaisie.

Le Collège général était un grand séminaire fondé par la Société pour former les futurs prêtres de divers pays d’Asie. Les séminaristes arrivés là y faisaient, en latin, leurs études de philosophie et de théologie, en compagnie de jeunes Vietnamiens, Chinois, Birmans ou Thaïs. Les trois premiers prêtres japonais qui furent ordonnés en 1882 faisaient partie de ce groupe.

 

 

Le P. Cousin revint l’année suivante à Nagasaki, puis fut envoyé à Osaka, où il entreprit de construire une église dans le quartier de Kawaguchi... Malgré les difficultés dues à l’hostilité d’une partie de la population locale, il parvint à bâtir une chapelle provisoire, bénite en 1870.

De manière étonnante la croix qui surmontait cette chapelle devait, un jour de 1873, servir de repère à un groupe de chrétiens déportés qui erraient désemparés dans la ville d’Osaka. Le P. Cousin put y accueillir ces chrétiens, leur administrer les sacrements et leur fournir un peu d’aide matérielle.

 

Mgr Petitjean, sitôt nommé vicaire apostolique du Japon, se soucia d’obtenir la collaboration de congrégations religieuses féminines. Il se rendit en Europe pour prendre part au Concile du Vatican en 1870 et mit ce voyage à profit pour demander de l’aide. C’est ainsi que dès 1872 un premier groupe de quatre Dames de Saint-Maur arriva à Yokohama, elles devaient par la suite fonder une école de filles à Tôkyô.

En 1877 ce fut le tour des sœurs de l’Enfant Jésus de Chauffailles qui débarquèrent d’abord à Kobé, où elles ouvrirent sans attendre un orphelinat, un petit groupe d’entre elles se rendit à Nagasaki. En 1878 enfin les sœurs de saint Paul de Chartres arrivaient à Hakodaté. Partout elles essaimèrent dévouement et travail désintéressé ne tardant pas à faire tomber les préjugés que pouvait avoir la population à l’entour. Elles furent aussi des auxiliaires très précieuses pour les missionnaires et bientôt des jeunes filles japonaises se présentèrent pour devenir elles-mêmes religieuses.

Le P. Marc de Rotz

L’histoire de la mission du Japon c’est aussi l’histoire des hommes qui ont été envoyés au service de cette mission. On comprendra mieux comment ils concevaient leur travail d’évangélisation en prenant quelques exemples.

En commençant par le vicariat apostolique de Nagasaki, on retiendra d’abord celui du P. Marc de Rotz (1840-1914) qui se dévoua pendant plus de trente ans, de 1879 à 1911, au service de la chrétienté de Sotome, à quelque distance de la ville de Nagasaki.

Envoyé au Japon en 1868, le P. de Rotz travailla deux ans environ à Yokohama où il se consacra à l’apostolat auprès des Européens, non sans trouver le temps de construire un couvent pour les Dames de Saint-Maur, puis il rejoignit Mgr Petitjean à Nagasaki en 1873.
 

 

 

 

Personnalité d’exception, le P. de Rotz avait de multiples talents. Il commença par faire les plans et superviser la construction du séminaire jouxtant l’église d’Oura où étudièrent des générations de séminaristes, puis ouvrit un atelier d’imprimerie d’où devait sortir nombre de livres de prière et de doctrine.

Ces travaux ne l’empêchaient pas de courir les villages pour visiter les chrétiens, en particulier à un moment où faisaient rage une épidémie de dysenterie puis une autre de variole, période durant laquelle il se déplaça chaque matin pour soigner les malades à domicile enseignant du même coup aux pieuses filles qui l’accompagnaient l’art de la vaccination et quelques notions de prophylaxie.

atelier saint-joseph fondé par le p. marc de rootz

 

Après six ans de présence à Nagasaki, le P. de Rotz alla s’établir à Sotome, dans une zone où vivaient dans une grande pauvreté des centaines de chrétiens qui, autant que d’être instruits, avaient grand besoin d’être aidés matériellement. Plutôt que de distribuer des aumônes le P. de Rotz, mettant lui-même la main à l’ouvrage, montra à ses ouailles comment moderniser leurs techniques agricoles et les rentabiliser, comment faire fonctionner des ateliers de tissage et de vêtements, comment lancer un embryon d’industrie alimentaire en fabriquant des pâtes et du pain, dans une petite usine utilisant l’énergie d’un moulin à eau.

Il les fit profiter de ses connaissances en médecine et en pharmacie et, dirait-on aujourd’hui, en matière d’urbanisme quand il supervisait les travaux de voirie et même la consolidation des digues sur la côte. Infatigable bâtisseur il construisit, outre l’église, plusieurs maisons à l’usage de la communauté, dont une sorte d’hospice pour les vieillards infirmes.

Pour élever quelque peu le niveau de vie des gens, il incitait les plus entreprenants à aller plus loin, dans les zones encore incultes de la campagne environnante, avançant les fonds nécessaires pour l’achat d’un terrain à mettre en valeur. Le P. de Rotz n’avait pas manqué, dès son arrivée, d’inviter quelques jeunes filles à former une association pieuse et à vivre en communauté pour être mieux à même de rendre service en visitant les malades et les personnes seules, et en enseignant le catéchisme aux enfants. Soucieux de l’instruction de ses paroissiens, il dessinait lui-même et reproduisait en planches imprimées des tableaux représentant des scènes de l’Écriture Sainte, n’hésitant pas à décrire avec un réalisme naïf aussi bien les horreurs de la vie des damnés en enfer  que les délices de celle du paradis.

Cette activité débordante et multiforme ne laissait guère de temps au P. de Rotz pour se préoccuper de sa santé. Il finit par tomber malade en 1911 et partit se soigner à Nagasaki. Arrivé là il trouva encore l’énergie nécessaire pour superviser la construction de la résidence épiscopale. Il finit par mourir à Nagasaki en 1914.

De nos jours encore la chrétienté animée jadis par le P. de Rotz est restée bien vivante et le nombre de vocations de prêtres et de religieuses originaires de Sotome était jusqu’à tout récemment particulièrement élevé. Deux des cardinaux japonais nommés par le Pape au XXe siècle, les cardinaux Taguchi et Satowaki sont nés à Sotome.

Les "ambulances"

Dans le vicariat du Japon septentrional aussi, plus ou moins contemporains du P. de Rotz, plusieurs missionnaires se sont signalés par leur zèle et par leur générosité à répondre aux besoins des gens qu’ils rencontraient. C’est l’époque qu’on a appelée, jouant sur le sens du mot, l’époque des "ambulances", les missionnaires en question étant fiers de se dire eux-mêmes missionnaires ambulants.

À partir de 1889 surtout, année où fut enfin reconnu le droit de se déplacer sans autorisation préalable, ces missionnaires, ordinairement basés à Tôkyô mais aussi à Osaka ou à Kyôto, partaient périodiquement pour un long périple dans les provinces environnantes, qui durait plusieurs semaines ou même plusieurs mois.

Ils cherchaient à engager la conversation avec les curieux qu’ils rencontraient dans les villes et villages où ils passaient la nuit à la fortune du pot et, partout où on voulait bien les laisser faire, ils invitaient les gens à écouter une conférence sur la religion. Ils purent souvent se faire accompagner par un chrétien, parfois récemment converti, devenu catéchiste et désireux lui aussi de faire connaître la bonne nouvelle de l’Évangile. Beaucoup de ces catéchistes, parmi eux d’anciens samuraï, étaient des hommes remarquables et de précieux collaborateurs.

Là où les auditeurs manifestaient quelque intérêt les missionnaires s’attardaient un peu pour répondre aux questions et compléter l’enseignement. ils revenaient quelques semaines plus tard, tâchant de rassembler de nouveaux auditeurs. Ainsi peu à peu ils parvenaient à fonder de petits postes qu’ils s’efforçaient de visiter régulièrement, faisant la route à pied le plus souvent.

Le même missionnaire faisait ainsi le même parcours de deux ou trois cents kilomètres pendant des années et des années sans jamais s’arrêter plus de quelques jours dans le même poste. Il avait parfois la joie de pouvoir baptiser quelques catéchumènes. Ainsi sont nées avec le temps des communautés chrétiennes qui sont à l’origine de beaucoup des paroisses actuelles dans les diocèses de Yokohama, Saitama, Niigata et Sendai..

Aujourd’hui les historiens sont enclins à souligner les limites de cette manière d’évangéliser, déjà d’ailleurs contestée par certains à l’époque. L’instruction dispensée de loin en loin au cours de très brefs séjours du missionnaire était inévitablement assez sommaire.

Certaines conversions apparentes n’ont eu que la durée d’un feu de paille. On reproche aussi aux missionnaires de l’époque leur insistance abusive sur l’apologétique et le ton parfois polémique de leur prédication. Pour apprécier de façon sereine la qualité du travail accompli par les missionnaires ambulants il faut se rappeler le contexte dans lequel il se situait.

Les catholiques n’avaient pas été les seuls à profiter de l’ouverture du Japon à l’étranger après les traités des années 1854 et suivantes. De nombreux missionnaires de diverses confessions protestantes n’avaient pas tardé à arriver en même temps que les missions diplomatiques ou commerciales de leur pays d’origine. Ils avaient commencé, eux aussi, à évangéliser.

À l’époque, malheureusement, rares étaient les chrétiens qui se souciaient d’œcuménisme, très rares en tout cas ceux qui ne le concevaient autrement que comme une capitulation d’un des partenaires devant l’orthodoxie de l’autre. Les prédicateurs protestants ne se privaient pas de signaler les défauts des fidèles de Rome. Les missionnaires catholiques n’étaient pas en reste et parlaient sans aménité de ceux qu’ils considéraient comme de dangereux adversaires. Il était presque inévitable que les "ambulants" se croient obligés de défendre leur vérité. Malgré les imperfections qu’on peut en effet faire remarquer il faut reconnaître le mérite qu’ont eu ces hommes courageux qui, faisant fi de l’in- confort et des risques courus, ont arpenté ainsi pendant des années les routes du Japon poussés par le seul désir de faire connaître l’Évangile.

Ces missionnaires n’avaient pas pour ambition de réformer la société. Ils n’avaient que des connaissances lacunaires de l’histoire du pays. Et ils avaient tendance à tout considérer du seul point de vue du rapport des chrétiens avec le pouvoir et des droits que ces derniers pouvaient revendiquer. Ils ignoraient tout du système de discrimination établi sous le shogunat, défaut structurel de la société féodale réduisant à un état de sous humanité certaines catégories de la population, comme les lépreux ou ceux qu’on appelle les burakumin, sorte de caste inférieure comparable à celle des parias en Inde.
 

Le P. Testevuide

L’un d’entre eux, le P. Germain Testevuide (1849-1891) allait se trouver confronté à ce drame de la discrimination et découvrir que les chrétiens n’étaient pas les seuls à être privés de leurs droits.

Arrivé en 1873 au Japon, le Père Testevuide commença par rendre des services dans le port de Yokohama, puis à partir de 1875 il se lança, lui aussi, dans le ministère ambulant, arpentant sans relâche une zone très étendue, depuis la banlieue de Tôkyô, à Hachiôji, jusqu’à Nagoya et au delà tout le long de la côte du Pacifique. Beaucoup de paroisses de cette région ont leur origine dans ses prédications et les petits postes qu’il a pu fonder.

Les chroniques de l’époque font état des multiples avanies qu’il eut à subir au cours de ces voyages, injures accompagnées de jets de pierres et parfois de coups de bâton, auxquelles il se contentait de répondre par un sourire. À la suite d’un curieux concours de circonstances, un jour de 1876 le P. Testevuide fut invité à se rendre chez un jeune homme issu du milieu des burakumin, un certain Yamagami Takuju.

 

Ce Yamagami avait des qualités intellectuelles et morales peu communes. Il était surtout dévoré par la soif de la justice et de la vérité. La découverte de l’évangile fut pour lui une révélation. Il demanda à recevoir le baptême et, grâce à l’influence qu’il avait dans son milieu et à ses dons de meneurs d’hommes, plus d’une centaine de personnes de ce même groupe de parias se pressèrent bientôt pour écouter les prédications du Père et devenir chrétiens, sans se laisser impressionner par les menaces de la police qui cherchait à les en empêcher.

Les nouveaux chrétiens ne tardèrent pas à construire une église à Miyadera dans les environs de Tôkyô qui fut bénite par l’évêque, Mgr Pierre Osouf (1829-1906), en 1878. Animé par ses convictions chrétiennes Yamagami devait devenir un peu plus tard un des pionniers du mouvement de libération des burakumin.

Le P. Testevuide est connu par ailleurs pour avoir fondé à Gotemba en 1888, au pied du mont Fuji, la première léproserie du Japon. Les malades atteints de la lèpre étaient à l’époque considérés partout comme des gens maudits et dangereux avec lesquels on devait éviter d’avoir tout contact. Ils étaient condamnés à vivre dans la misère et loin des agglomérations sans recevoir de soins, réduits eux aussi à l’état de parias.

Le P. Testevuide rencontra un jour sur sa route des groupes de ces lépreux et se consacra dès lors à leur service, les rassemblant dans une sorte de village qui devint ensuite un véritable hôpital. Quoique de manière très imparfaite, les autorités devaient s’inspirer plus tard de cet exemple quand elles prirent enfin peu à peu des mesures pour faire soigner les lépreux.

En citant comme on l’a fait ci-dessus les noms de quelques missionnaires on risque de commettre une injustice. En réalité beaucoup d’autres se sont signalés par leur zèle et mériteraient aussi de retenir l’attention. En 1884 les missionnaires en activité au Japon étaient cinquante-trois, tous membres des Missions Étrangères, qui travaillaient avec des fortunes diverses un peu partout dans le pays. Ils étaient parvenus à construire quatre-vingt-cinq églises pour autant de communautés chrétiennes qu’ils s’efforçaient d’animer.

C’est peu pour un pays de l’étendue du Japon. C’est beaucoup si on songe que vingt ans auparavant il n’y en avait aucune. Plusieurs de ces églises étaient dans les ports où le contact avec l’étranger était facile, mais il y en avait aussi à Tôkyô, la capitale, à Tukiji, Kanda et Asakusa, comme dans la plupart des grandes villes. Il avait fallu beaucoup d’énergie pour mener à bien toutes ces constructions.

Les historiens modernes reprochent parfois à ces missionnaires d’avoir tardé à se préoccuper d’écrire et de publier de façon à toucher les milieux intellectuels. Le reproche n’est qu’en partie mérité. Dès 1874 les missionnaires créèrent une école pour enseigner le latin à Kanda, avec un pensionnat pour étudiants, qui devait rapidement se développer et exercer une certaine influence sur le milieu intellectuel, dans un quartier où il y avait beaucoup de grandes écoles.

 

Il est vrai que c’est seulement à partir de 1881 qu’il fut possible d’éditer la première revue mensuelle catholique, puis de lancer en 1891 la revue Koe, autre mensuel visant un public cultivé. Mais il ne faut pas oublier que les missionnaires avaient la charge du séminaire fondé à Nagasaki et du pré-séminaire de Kanda auxquels il fallait fournir des professeurs. Pouvaient-ils faire beaucoup plus ?

Dans les classes dirigeantes une petite élite d’hommes cultivés était consciente du fait que la modernisation nécessaire du pays ne serait pas possible en campant sur des positions de méfiance systématique vis-à-vis de l’Occident. Parmi les envoyés des différentes confessions protestantes, arrivés nombreux au Japon avec les bateaux anglais et américains, quelques uns étaient parvenus à entrer en contact avec des représentants de cette élite.

Ils se présentaient volontiers comme des ambassadeurs de la modernité, et avaient de ce fait obtenu une certaine audience et quelque fois des postes d’enseignants dans les universités. En les écoutant on pouvait penser que le catholicisme était rétrograde.

L’établissement de la hiérarchie épiscopale

Les circonscriptions ecclésiastiques furent modifiées à plusieurs reprises. En 1888 le vicariat du Japon méridional avait été divisé en deux, le vicariat apostolique d’Osaka sous la direction de Mgr Félix Midon (1840-1892) et celui de Nagasaki, confié à Mgr Cousin, successeur de Mgr Petitjean qui était décédé en 1884. Puis en 1891, enfin, c’était l’établissement de la hiérarchie.

À la place des trois vicariats apostoliques existant jusqu’alors quatre diocèses étaient créés, le diocèse de Tôkyô confié à Mgr Osouf, le diocèse d'Hakodate à Mgr Alexandre Berlioz (1852-1929), celui d’Osaka à Mgr Midon et enfin celui de Nagasaki à Mgr Cousin. Par le fait l'ensemble de la mission du Japon se retrouva confiée à la Société des Missions Étrangères.

Les missionnaires de la Société des Missions Étrangères restèrent longtemps les seuls prêtres en activité dans ces diocèses, et furent encore largement majoritaires même après que d’autres soient venus se joindre à eux.

 

Ce n’est que très progressivement que quelques prêtres japonais d’abord, puis des membres d’autres instituts missionnaires vinrent grossir les effectifs.

Il fallut attendre vingt ans pour voir arriver des renforts, successivement les dominicains en 1904, puis les franciscains en 1907 et les jésuites en 1908, tous renouant avec le passé de leur ordre au Japon.

La Société des Missions Étrangères en tant que telle était donc déchargée de la responsabilité de la mission du Japon. Elle a cependant continué jusqu’à nos jours à y envoyer des missionnaires qui sont au service de l’Église sous la direction des évêques, tous japonais depuis 1940.

Pour le meilleur et pour le pire, la pratique de ces missionnaires et la théologie qui y était sous jacente, à l’origine surtout, mais aussi les apports des générations plus récentes n’ont pas peu contribué à donner sa figure à l’Église d’aujourd’hui. On laissera à d’autres le soin de porter une appréciation sur la qualité de cette contribution.

Éventail d’initiatives après la Deuxième Guerre mondiale

La Deuxième Guerre mondiale laissa un champ de ruines au Japon. Les deux bombes atomiques d'Hiroshima et Nagasaki en demeurent le symbole cruel. À Nagasaki, l’héritage catholique du Japon fut durement touché. Le pays se reconstruisit vigoureusement avec l’aide américaine et celle d’un nouveau régime démocratique qui devait faire ses preuves dans le contexte de la culture japonaise.

Quelques confrères des Missions Étrangères poursuivirent leur tâche missionnaire dans ce Japon qu’ils avaient connu avant-guerre. Ils assurèrent un lien avec une nouvelle vague de jeunes confrères.

Le P. Joseph Flaujac (1886-1959), était parti pour Tôkyô en 1909. Il prit la direction du séminaire puis se distingua dans les œuvres sociales. Il construisit un sanatorium vers 1930, lançant ainsi l’œuvre de Béthanie. En 1933, il fonda un orphelinat : l’œuvre de Nazareth. Puis ce fut en 1934 un hôpital à Kiyosé auquel s’adjoignit une maison de retraite et une maison d’accueil des enfants handicapés : l’œuvre de Bethléem. Après la Guerre en 1945, il continua en fondant un centre social à Ueno pour les sans-logis et un centre de formation pour les handicapés mentaux à Nasu. Ces œuvres sociales furent soutenues ensuite par les nouveaux missionnaires. Le P. Henri Milcent (1919-2002), nommé curé de Kiyosé en 1948, devint en 1959
directeur administratif de l’œuvre d’assistance sociale de Jissekai, ainsi que de l’œuvre du Tosei Gakuen.

 

Le jeune Père Pierre Flamand (1930-2005), arrivé au Japon en 1957, assura l’aumônerie du centre de Nasu à partir de 1963. Le Père Paul Anouilh (1909-1983) partit à Osaka en 1933. Il enseigna 15 ans au grand séminaire de Tôkyô et fit une percée dans le goût artistique local en popularisant le chant grégorien. Le sens du beau est un lieu de rencontre privilégié avec les Japonais. Un certain nombre de confrères y consacrent une partie de leur ministère, tel le P. Bernard Jacquel (1946-...) à partir de 1976. L’enseignement du français et des aspects esthétiques de la culture française offrent aux Japonais une voie d’accès au souffle chrétien qui pénètre notre culture.

le centre bethléem fondé par le p. flaujac

 

Le P. Jean Méreau (1925-2001), envoyé à Osaka en octobre 1949, fonda d’abord une paroisse dans la ville de Kobé, puis consacra trente ans de sa vie à des enseignements universitaires.

fernand delbos (1903-1989)Le P. Fernand Delbos (1903-1989) joua un rôle clé dans l’organisation de l’activité missionnaire au Japon après la Guerre. Arrivé dans la mission de Tôkyô en 1927, il exerça un service pastoral en plusieurs paroisses jusqu’en 1950, subissant de terribles bombardements au cours de la guerre. L'Assemblée générale des Missions Étrangères, en 1950, ayant décidé la mise en place de structures régionales nouvelles dans toutes les missions, le Père Delbos, délégué à cette Assemblée, travailla à mettre en place la nouvelle organisation de la région du Japon.

Il en devint le supérieur régional en 1951. La région comprenait alors les communautés du nord Kyushu, du Kansai (Osaka-Kobé), et de Yokohama-Tôkyô. Les missions de Saïtama et de Hakodate furent également bientôt confiées à la Société des Missions Étrangères.

 

 

Il dut régler les nouveaux rapports avec les diocèses, sous la forme de contrats ; mettre au point le système financier adapté à la nouvelle situation ; accueillir au Japon de nombreux expulsés de Chine à partir de 1951-1952 et leur trouver des postes et lieux de travail ; mettre au point la formation linguistique en école de langue ; installer la maison régionale de Tokyo et les maisons locales d'Hakodate, Shizuoka, Kobé et KitaKyushu.

Au cours de ses mandats de supérieur régional de 1951 à 1964, il se préoccupa de fournir aux missionnaires un instrument de travail, de réflexion et de connaissance du Japon, en publiant les "Nouveaux Mélanges Japonais" de 1953 à 1961.

Les missionnaires arrivés de Chine avaient déjà acquis une certaine base culturelle et linguistique qui leur permit une étude plus rapide de la langue japonaise. Ils connaissaient déjà les quelque 2000 idéogrammes chinois utilisés en japonais. Chassé de Chine en 1952, le P. Marcel Le Dorze (1919-...) se trouva curé de la paroisse Ste Bernadette de Ueno à partir de 1955.

C’est là qu’il mit au point un jeu de fiches pour faciliter la lecture complète de la Bible en cent semaines. Il joua ainsi un rôle moteur dans la formation biblique des catholiques du Japon et il diffusa son programme également en Corée et d’autres pays d’Asie.

D’autres missionnaires anciens de Chine, reprirent aussi contact avec leur première mission de Chine. Le P. Robert Juigner (1917-...) en particulier entra en correspondance avec son ancien séminariste Sébastien, au Guizou et lui rendit plusieurs fois visite. Le P. Jean Barbier (1922-...)se préoccupa aussi de son ancienne mission de Fuling au Sichuan.

Quelques missionnaires plus jeunes, qui n’avaient jamais connu la Chine auparavant, furent également conscients de la nécessité de recréer des liens avec les catholiques de Chine isolés et maltraités depuis trois décennies.

Le P. Paul Renaud (1934-...), accompagné de ses paroissiens, alla célébrer une messe sur la Grande Muraille. Le P. Olivier Chegaray (1939-...), animateur en milieu universitaire, organisa plusieurs voyages de jeunes sur le continent chinois.

Dans les années 1980, le P. Jean Waret (1933-...) du diocèse d'Urawa, organisa une commission ad hoc avec l’aide d’une religieuse japonaise formée à Taiwan. L’archevêque de Tôkyô et Mgr Hamao de Yokohama soutint activement ce service d’Église.

D’une manière générale, les missionnaires de la Société des Missions Étrangères mirent en œuvre, chacun à sa manière, les orientations pastorales de Vatican 2, donnant ainsi à l’Église locale un nouveau souffle et lui ouvrant des perspectives nouvelles.

Les conversions de Japonais à la foi chrétienne vont rarement jusqu’au baptême. Ils sont en effet soudés à leur groupe culturel et peuvent difficilement s’en détacher. Ceci n’empêcha pas des confrères comme le P. Claude Bastid (1924-2002) d’instruire activement nombre de catéchumènes dans sa paroisse de Toba au Kyushu.

jean murgue (1908-1989La formation des laïcs à rayonner leur foi dans leur milieu de vie retint l’attention de plusieurs confrères. Le P. Jean Murgue (1908-1989) arrivé dans le diocèse de Fukuoka en 1936, fonda la J.O.C. dans sa paroisse de Kokura en 1949. Ayant œuvré à développer ce mouvement dans tout le pays jusqu’en 1962, il fonda ensuite un Centre d’études sociales pour faire connaître la doctrine sociale de l’Église. Des missionnaires plus jeunes poursuivirent sa tâche. Le P. Jacques Baillot (1929-2004), comme lui du diocèse de Fukuoka, porta l’esprit et la méthode jociste au niveau des adultes en formant un groupe d’A.C.O. Plus tard, Gérard Adam consacra de longues années à la J.O.C ou à l’A.C.O.

Ces mouvements de formation des laïcs à un témoignage dans leur milieu de vie et de travail sont également soutenus par les Pères Pierre Perrard (1939-...), Marcel Kauss (1942-...), Jean Tijou (1933-...). Le P. Robert Vallade (1914-...) pour sa part, développa au Japon l’œuvre des chiffonniers d’Emmaüs.

 

En 1968, il fut nommé responsable d’Emmaüs international pour le Sud-Est asiatique. Il est vrai que les mouvements d’apostolat des laïcs demandent de la part de leurs aumôniers beaucoup de temps et d’énergie. Mais ils ont aussi la joie de former quelques personnalités capables de comprendre leur foi en profondeur et d’en témoigner dans leur vie.

D’autres formes de présence chrétienne dans la société sont plus faciles d’accès. C’est le cas des jardins d’enfants si répandus en de nombreuses paroisses. Certains prêtres font valoir l’équipement sophistiqué de leur jardin d’enfants, d’autres, comme les Pères Michel Gaulthier (1942-...) et Geoffroy Marchand (1942-...), se préocupent d’y introduire un enseignement éducatif inspiré de la méthode Montessori. Le souci de l'éducation de ces enfants tisse des liens amicaux avec leurs parents et donne une raison sociale à l’église du lieu.

Une forme d’apostolat plus spécialisée, d’une importance particulière au Japon, est l’aumônerie de la mer. Sur le grand port de Kobé, le P. Michel Renou (1932-...) se consacre aux marins depuis 1972. Ayant d’abord été missionnaire en Birmanie, il a pu mettre à profit sa bonne pratique de l’anglais. Il n’est d’ailleurs pas le seul à devoir utiliser d’autres langues que le japonais, car il y a afflux au Japon de travailleurs migrants depuis deux décennies. Outre les Brésiliens qui sont parfois d’anciens japonais, ce sont aussi des Philippins, des Péruviens, etc.

En 2007, le P. Michel Gaulthier avance le chiffre de 120 000 catholiques étrangers vivant dans le diocèse de Yokohama. Comparés, dit-il aux 53 000 catholiques japonais, ils sont majoritaires. Comment leur assurer un service pastoral dans leur langue anglaise, portugaise ou espagnole tout en cherchant à les intégrer d’une façon ou d’une autre à la communauté catholique japonaise ? Les missionnaires étant eux-mêmes des étrangers sont souvent les plus qualifiés pour servir ce nouveau public. C’est ainsi que les Pères Marcel Kauss de Fukuoka et Antoine de Monjour (1964-...) de Saitama y consacrent toute leur énergie avec le soutien de leurs évêques.

Une forme de présence chrétienne recueille aussi les faveurs de la société japonaise : le mariage chrétien. Nombreux sont les Japonais qui souhaitent célébrer un mariage, chrétien quitte à avoir dans leurs vieux jours, un enterrement bouddhiste. Des considérations de mode ou de finances peuvent entrer dans leur projet. Mais l’occasion n’est-elle pas idéale de leur parler d’un Dieu qui est amour et de les préparer à leurs responsabilités familiales ?

Ce mariage entre deux non-chrétiens n’est sans doute pas sacrementel, mais il est une bénédiction pour le jeune couple. C’est pourquoi des missionnaires comme les Pères Waret et Gaulthier ont généralement participé à la mise en place d’une préparation au mariage qui peut être fort éclairante sur le sens profond de l’Évangile.

Les missionnaires vieillissants se plaignent parfois de voir vieillir aussi leurs petites communautés catholiques. Mais les quelques jeunes missionnaires du Japon ont devant eux une floraison de possibilités pour partager leur foi dans un pays qui a le sens du beau, du bon, et du vrai.
 

                                                                                                                                     Jean Charbonnier
 

le p. aimé villion avec ses étudiants (1886)