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Le Vietnam

La Société des Missions Étrangères a joué un rôle très important dans l’évangélisation du Vietnam, depuis l’arrivée des vicaires apostoliques, jusqu’aux événements de 1975 et à la création de la République Socialiste du Vietnam. Elle contribue encore actuellement à participer à la formation des prêtres étudiants à Paris ou en France dans les universités catholiques françaises.

Première évangélisation

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, l’ancien Vietnam, appelé Dai Viêt, ou Annam par les Chinois, était divisé en deux seigneuries rivales, sous l’autorité nominale des rois Lê : celle des Trinh au Nord, celle des Nguyên au Sud. Elles étaient séparées par le mur de Dông Hoi. Depuis les voyages des grandes découvertes et la formation des premiers empires coloniaux ou comptoirs de l’Espagne et du Portugal, le pape Alexandre VI avait concédé au Portugal le droit de patronage (padroado) sur les Missions en
Afrique et en Asie, et à l’Espagne (patronato) sur celles d’Amérique, par le traité de Tordesillas (1494). Les premiers missionnaires, dépendant du "Padroado" portugais, dominicains, franciscains, augustins, arrivèrent sur les côtes du Vietnam venant de Malacca, Macao, ou Manille pour les dominicains espagnols.

À la suite des édits d’interdiction des missions chrétiennes au Japon par le Tokugawa Ieyasu (en 1600 et 1614), les missionnaires subirent le martyre ou furent expulsés. Dès 1615, des jésuites, destinés au Japon, débarquent au Vietnam, soit chez les seigneurs (chua) Nguyên ou Trinh.

L’un des plus célèbres fut le Père Alexandre de Rhodes qui fit deux séjours au Vietnam, au Centre à Fai Fo (Hôi An) et au nord. Avec d’autres jésuites, il contribua à l’utilisation des caractères latins avec les signes diacritiques pour les six tons de la langue vietnamienne (Quôc Ngu). La transcription du vietnamien en utilisant l’alphabet
occidental deviendra officielle au XXème siècle, remplaçant les caractères chinois (Han) et sino-vietnamiens (Nôm).

La mission du P. de Rhodes connut un grand succès, mais suscita de fortes oppositions et des persécutions. Son principal catéchiste, André, fut condamné à mort en 1644. Ce fut le premier des martyrs vietnamiens.
Le P. de Rhodes, fut arrêté, menacé de la peine de mort, puis gracié et banni du Vietnam, le 3 juillet 1645. De retour à Rome, en 1651, il publia son “dictionnaire vietnamien-portugais-latin” et son “catéchisme pour ceux qui veulent recevoir le baptême, divisé en huit journées”(texte rédigé en latin et en vietnamien (Quôc Ngu).

Le P. de Rhodes, qui estime le nombres de chrétiens vietnamiens à 100 000, attire l’attention de la Congrégation de la Propagande sur la nécessité d’envoyer au Vietnam des évêques dépendant directement de la Propagande pour former un clergé autochtone, en l’absence des missionnaires expulsés. Ce projet se heurta à l’opposition du Portugal.

De retour en France, il plaida la cause de l’Église du Vietnam, à Paris, au collège de Clermont. Il donna des conférences à une Association d’amis (A.a.), dirigée par le Père Bagot, jésuite. Certains membres de l’A.a. se portèrent volontaires pour être envoyés au Vietnam et être appelés à l’épiscopat ; parmi eux le P. François Pallu (1626-1684), futur vicaire apostolique au Tonkin et en Chine, principal fondateur des Missions Étrangères, François de Montmorency Laval et Pierre Picques. Mais ce premier projet d’envoi d’évêques échoua.

Après le départ du P. de Rhodes, l’envoi d’évêques dépendant de la Propagande fut soutenu par l’Église de France, des membres influents de la Compagnie du Saint-Sacrement, ainsi que par
Saint Vincent de Paul et Saint Jean Eudes.

En 1657, le P. François Pallu se rendit à Rome avec un groupe d’amis, pour entreprendre des démarches auprès de la Propagande. Il y fut rejoint par le P. Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), conseiller à la cour des Aides du Parlement de Rouen, devenu prêtre et directeur de l’Hospice général. Habile négociateur, il joua un rôle de premier plan dans la décision de la Propagande du 13 mai 1658, d’élever à l’épiscopat, les Pères François Pallu, Pierre Lambert de la Motte et Ignace Cotolendi (1630-1662). Ils furent sacrés évêques et nommés vicaires apostoliques pour le Tonkin, l’Annam et de nombreuses missions en Chine.

"L’Instruction de la Propagande aux vicaires apostoliques, publiée par la Propagande le 10 novembre 1659, précisait les conditions de leur Mission, avant leur départ, durant le voyage et en Extrême-Orient. Ils devaient s’efforcer, en organisant des écoles de catéchistes et en créant des séminaires et un Collège général d’établir un clergé séculier autochtone. Dans leur apostolat, ils s’efforceraient de respecter les coutumes et usages, des peuples de l’Extrême-Orient, tout en se référant aux décisions de la Propagande sur toutes les questions litigieuses. Les missionnaires du Padroado devaient reconnaître le pouvoir de juridiction des vicaires apostoliques.

Les premiers missionnaires des Missions Étrangères choisirent la route du Moyen-Orient, de la Perse et de l’Inde. Mgr Cotolendi mourut en Inde. Mgr Lambert de la Motte, les Pères Jacques de Bourges (1630-1714) et François Deydier (1634-1693) arrivèrent au Siam et obtinrent du roi Narai la permission de construire une église et un collège près d’Ayuthaya, capitale du Siam, le 22 août 1662. Le Siam avait autorisé la création de comptoirs portugais et hollandais. Il y avait des groupes chrétiens dépendant du Padroado. Les religieux portugais du Padroado s’opposèrent aux vicaires apostoliques. Mgr Pallu, accompagné de quatre missionnaires, Louis Chevreuil (1627-1693), Antoine Hainques (1637-1670), Pierre Brindeau (1636-1671) et Louis Laneau (1637-1696) (futur vicaire apostolique du Siam) arriva à Ayuthaya, le 27 janvier 1664.

Au synode d’Ayuthaya (1664) réunissant les évêques et les missionnaires, Mgr Lambert de la Motte présenta un projet de fondation d’une congrégation apostolique, qui regrouperait des prêtres, des laïcs, dénommée, "Congrégation des Amateurs de la Croix de Jésus-Christ" s’engageant par les trois voeux de religion. Le pape Clément IX ne ratifia pas ce projet. Toutefois, le second ordre de la Congrégation, réservé aux femmes ayant une vocation religieuse, aboutit à la fondation des "Amantes de la Croix", par Lambert de la Motte au Vietnam, où elles joueront un rôle important dans l’évangélisation, au milieu des difficultés de toutes sortes et des persécutions ; grâce à leur structure très souple, elles pouvaient visiter les chrétientés dispersées, assurer la catéchèse et les prières, en l’absence de missionnaires ou de prêtres autochtones.

Le synode fixa aussi les programmes et règlements du Collège général, fixé à Ayuthaya (1665) avec l’accueil de séminaristes venus du Tonkin, de Cochinchine, du Cambodge, de Chine et du Siam. Après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans, en1767, ce Collège fut rétabli à Ha Tiên (Cochinchine), puis à Pondichéry et à Penang, au début du XIXe siècle. De nombreux prêtres vietnamiens y furent formés jusqu’au XXe siècle.

Missions en Cochinchine et au Tonkin

Le Père Louis Chevreuil fut le premier missionnaire à pénétrer en Cochinchine. Vicaire de Mgr Lambert de la Motte, il débarqua à Fai Fô (Hôi An), le 26 juillet 1664. Il rencontra deux jésuites et Joan de la Cruz, fondeur de canons, au service du Chua Hiên Vuong qui avait publié des "Instructions pour la réforme des moeurs", s’inspirant du confucianisme et prohibant livres taoïstes et bouddhiques et des édits condamnant le christianisme.

Hiên Vuong fit mettre à mort 47 chrétiens de Fai Fô en 1665. le P. Louis Chevreuil fut expulsé. Il n’y avait alors que 5 000 chrétiens dans la seigneurie des Nguyên. Puis il fut nommé provicaire pour le Cambodge, alors rattaché au vicariat de Cochinchine. Le P. Antoine Hainques exerça son apostolat dans la région du Champa, puis à Fai Fô et à Huê. Il envoya deux de ses séminaristes, Joseph Trang et Luc Bên au Collège général d’Ayuthaya où ils furent ordonnés prêtres, en 1668 et 1669. Ils furent les deux premiers prêtres vietnamiens séculiers du vicariat de Cochinchine. Hainques mourut, empoisonné, dans la province du Quang Ngai en septembre 1670.

Le P. François Deydier arriva au Tonkin, en 1666, sur un bateau chinois, sous l’habit d’un marchand, à Hung Yên. Il put rencontrer des catéchistes vietnamiens et visiter des chrétientés. Le vicariat du Tonkin comptait environ 80 000 fidèles. Tous les missionnaires étrangers avaient été bannis par le Chua Trinh Tac en 1663. Le P. Deydier organisa secrètement un séminaire dans des barques de pêcheurs. Il put envoyer au Collège général d’Ayuthaya, Benoît Hiên et Jean Huê qui seront ordonnés prêtres, en 1668. Ces ordinations de prêtres vietnamiens manifestent bien la volonté des vicaires apostoliques d’établir, en priorité, un clergé séculier vietnamien, afin d’assurer la survie de l’Église et l’évangélisation durant ces périodes de persécution et d’expulsion des prêtres étrangers. Le P. Deydier, dans une lettre à Mgr Pallu, fait l’éloge des chrétiens mais constate aussi que certaines chrétientés du Nghê An avaient, sous les menaces, apostasié :

"Sur dix mille chrétiens, du Nghê An, il n’en restait pas deux mille qui eussent persévéré".

Le P. Deydier, caché dans un comptoir des Européens, sur une des branches du fleuve Rouge, put réunir des catéchistes. En 1669, Mgr Lambert de la Motte, en l’absence de Mgr Pallu, alors en Europe, rencontra le P. Deydier et put ordonner à la prêtrise sept catéchistes vietnamiens. Il présida un synode à Dinh Hiên où furent rédigés trente-trois statuts de la Mission, reprenant les dispositions essentielles des Monita. La Mission fut divisée en neuf districts, une réunion synodale serait tenue tous les ans. La Congrégation des Amantes de la Croix fut établie. Les agents de la Mission, missionnaires, prêtres vietnamiens et catéchistes mettraient en commun leurs ressources selon le système de la Maison-Dieu déjà organisé par les jésuites. Le Vicariat du Tonkin compte alors neuf prêtres vietnamiens, trente séminaristes et de nombreux catéchistes.