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L'inde

 

Origine

En l’année 1773, le Saint-Siège supprimait d’un trait de plume la Compagnie de Jésus. Décision théoriquement facile et simple sur le papier mais qui laissait en Inde, et sans doute ailleurs, des missionnaires jésuites désemparés et surtout des brebis sans berger, des missions sans pasteur. Certains de ces jésuites du temps passé ont laissé un souvenir ineffaçable en Inde, tel le Père de Nobili dans ce que, quelques siècles plus tard, on qualifiera d’inculturation, ou le Père Beschi pour sa connaissance de la langue tamoule. Allait-on abandonner à elles-mêmes ces chrétientés ?

Le Saint-Siège demanda à la Société des Missions Étrangères de remplacer les jésuites et de se charger de l’évangélisation de la plus grande partie de l’Inde du sud sauf le Kerala et la côte ouest rattachée à Mangalore et les territoires dépendants de la mission du Padroado de Madras-Mylapore ainsi que certaines enclaves comme celle de Thanjavur.

Par un bref du Souverain Pontife Pie VI, daté du 30 septembre 1776, et par des lettres officielles du roi de France datées du 30 décembre 1776, la Société des Missions Étrangères reçut la responsabilité de ce qui sera appelé "La Mission de Pondichéry" mais ce n’est que vers le milieu de 1777 que ces documents arrivèrent à Pondichéry et Mgr Pierre Brigot (1713-1791) ne prit officiellement que le 18 septembre 1777 sa charge de supérieur de la nouvelle mission. Avoir un évêque était indispensable mais il fallait aussi du personnel. Où le prendre dans une société dont les membres, moins d’une cinquantaine, étaient dispersés à cette époque dans beaucoup de pays d’Extrême-Orient ?
 

L'Inde au XVIIIe siècle

En Inde, la Société des Missions Étrangères était en terrain inconnu. Dès le début, des procureurs avait été placé à Sourate au Goujarat (nord-ouest de l’Inde). Ils étaient sans doute chargés d’assurer les liaisons entre la France et l’Extrême-Orient en ces temps de communications difficiles. Toutefois, Sourate n’était sans doute pas un bon choix et en 1699, ces procureurs se fixèrent à Pondichéry alors territoire français depuis le 4 février 1673.

En 1771, le "Collège général" qui s'était établi à Ayuthaya, dès l’arrivée de Mgr Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), puis transporté dans d’autres pays pour cause de persécutions, s'était finalement réinstallé à Virampatnam, à l’emplacement d’un ancien port romain, à quelques cinq kilomètres au sud de Pondichéry.

C’est de là qu’il repartit pour une nouvelle mais définitive installation à Penang, en Malaisie, en 1807 sans doute pour des raisons logistiques : en effet, Virampatnam était trop loin de l’Extrême-Orient d’où venaient les séminaristes. Le collège fut fermé et abandonné en 1781. Il n’en reste que quelques murs aujourd’hui entourés et protégés par le département d’archéologie de Pondichéry, il en est de même de l’ancien port romain.

La prise en charge de cette nouvelle mission était un pari sur l’avenir étant donné le petit nombre de missionnaires disponibles. Ce n’était ni le premier ni le dernier. Il faut ajouter que les conflits provoqués par la lutte d’influence que se livraient la France et la Grande-Bretagne, se répercutaient en Inde. Ils allaient être une incessante cause de destructions et de souffrances pour les futurs missionnaires.

Quand les Missions Étrangères reçurent cette charge en 1776, la France était déjà entrée dans l’ébullition qui allait conduire aux tourmentes de la Révolution puis aux guerres napoléoniennes. Autant d’événements qui ont anéanti les vocations sacerdotales et à plus forte raison les vocations à l’extérieur. Il est toujours délicat de séparer le religieux du politique ; Pondichéry fut pris, repris et détruit par les Anglais avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

Haïder Ali, prince musulman, s'empara du royaume de Mysore, au centre de l'Inde du sud. Son fils, Tipou Sultan obligeait les chrétiens à se convertir à l'Islam, un certain nombre de fidèles renièrent leur foi, d’autres fuirent dans le royaume voisin du Coorg. Le Rajah local leur donna l’hospitalité, ennemi des Anglais, allié des Français, Napoléon lui envoya, en vain, des soldats pour l'aider (ce fait a pour preuve des tableaux exposés dans son Palais d’été près de Mysore).

jean-antoine dubois (1766-1848)Les Anglais s’emparèrent de la capitale, Srirangapatnam, en 1799 et Tipou mourut dans cette dernière bataille. Le roi hindou fut rétabli dans le royaume de Mysore, mais les Anglais nommèrent à ses côtés un "résidant" dont l’avis faisait autorité. Après la mort de Tipou Sultan, le Père Dubois fut envoyé à Srirangapatnam pour ramener au sein de l’Église catholique les brebis égarées. Surtout connu pour son livre "Hindu manners, Customs and Ceremonies" encore en vente à ce jour, il fut aussi celui qui introduisit en Inde la vaccination contre la variole. Il fonda les deux chrétientés de Mysore et Satyhalli (distantes de plus de 200 km) et administra la chrétienté kannadiga de Ganjam, où il bâtit une église. Cette paroisse qui comptait 1200 chrétiens à l’époque a pratiquement disparu aujourd’hui, sans doute pour cause d’émigration.

Telle fut et pour plusieurs années, la situation politique en Inde quand les Missions Étrangères reçurent charge de la "Mission de Pondichéry".


Elle couvrait alors le pays tamoul actuel, la plus grande partie du Karnataka et le sud de l’Andhra. Un territoire grand comme à peu près deux fois la France et confié à un évêque, cinq missionnaires français et quinze jésuites déjà âgés et malades qui choisirent de rester après que Rome eut supprimé la Compagnie de Jésus.

En raison de la situation en France, il n'y eut aucun renfort jusqu'en 1820. Plus tard quelques prêtres des Missions Étrangères furent envoyés au Sikkim ou en Assam, dans le contexte de la mission au Tibet. Ce petit nombre de missionnaires catholiques dut compter aussi avec les protestants, parfois soutenus par quelques gouverneurs anglais locaux ne facilitant pas toujours leur travail en ces temps où l’œcuménisme n’était pas à l’ordre du jour.

Il est par ailleurs intéressant de constater que cette manœuvre politique ne réussit pas aux protestants puisque finalement ils se trouvèrent être moins nombreux que les catholiques.

Les vicaires apostoliques et le padroado

Quand Mgr Brigot reçut charge de la mission de Pondichéry, il n’avait avec lui que cinq confrères des Missions Étrangères dont un enseignait au "Collège général" et un autre gérait la Procure. En 1777, les Missions Étrangères envoyèrent les PP. Nicolas Champenois (1734-1810), futur évêque, et Jean Charles Perrin (1754-?) mais en raison des événements en France, il n’y avait plus d’espoir de relève. Ils furent sans doute heureux de garder les quinze jésuites qui acceptèrent de rester. Il n’y avait aucun prêtre indien, les jésuites les estimant inaptes au sacerdoce. En 2006, les prêtres indiens forment le plus important groupe de jésuites au monde.

Nommer un vicaire apostolique comme supérieur d’une nouvelle mission était une chose, faire reconnaître son autorité par les évêques et prêtres appartenant au Padroado en était une toute autre. Il faut savoir qu’en 1493, le pape Alexandre VI confia à l’Espagne et au Portugal un droit de "patronage" sur toutes les missions du monde, à charge à ces pays d’assurer le transport et la subsistance des missionnaires.

C’était amalgamer colonisation et évangélisation et créer une source inépuisable d’injustices quand ces pays n’auraient plus ni le désir ni la capacité d'assumer leurs responsabilités financières. Cette question du Padroado empoisonna la vie de la plupart des vicaires apostoliques en Inde au XIXe siècle, et fut une source incessante de tensions entre eux et les évêques du Padroado, Rome hésitant à prendre des décisions fermes en faveur des vicaires apostoliques pourtant nommés par elle pour rafermir l’unité.
 

Début de la mission de Pondichéry

Si tous les débuts sont difficiles, la présence des Missions Étrangères en Inde fut crucifiante. Pour les raisons déjà évoquées, les directeurs du Séminaire de Paris n’avaient pas de missionnaires à envoyer. Si bien que les premiers partis vieillissaient sans espoir de relève au point que l’un d’eux écrivait à Paris d’envoyer au moins un jeune pour les enterrer. Il fallait d’abord garder ce qui existait et récupérer, comme à Mysore, ce qui avait été détruit par les guerres et les persécu- tions. Sans personnel et sans fonds, l'évangélisation ne pouvait pas progresser à cette époque.

Adrien Launay (1853-1927) écrit dans l’Histoire de la mission de l’Inde : "C’est ainsi que sous la direction de Mgr Champenois, coadjuteur d’abord (1787) puis successeur (1791) de Mgr Brigot, de Mgr Hébert nommé coadjuteur en 1807 et sacré en 1811 et de leurs missionnaires MM. Mathon, Jalabert, Sérisier, Dubois, etc. se passent la Révolution et l’Empire ; on garde les œuvres du passé, on prépare celles de l’avenir. Cet avenir fut plus brillant qu’on ne l’avait pu prévoir, grâce aux ressources que procura aux missions l’œuvre de la Propagation de la Foi définitivement fondée en 1822, grâce aussi à l’évêque que la Providence plaça et conserva pendant près de 30 ans à la tête de la mission de Pondichéry, Mgr Bonnand, sacré en 1833 évêque de Drusipare et qui succéda à Mgr Hébert en 1836".

On a écrit que le plus grand service que Mgr Hébert rendit à l’Église en Inde fut de choisir Mgr Bonnand comme coadjuteur. Ce dernier arriva à une époque particulièrement propice. Le nombre de vocations missionnaires augmentait en France, l’Œuvre de la Propagation de la Foi apportait des fonds, les guerres fratricides entre la France et l’Angleterre étaient heureusement terminées. Mais le propre d’un grand homme est justement de saisir le moment favorable.
 

Création du vicariat apostolique de Pondichéry

Selon les accords du Padroado entre le Saint-Siège et le Portugal, celui-ci présentait les futurs évêques et Rome leur conférait l’ordination épiscopale, mais après le déclin de la puissance de ce pays, plusieurs évêchés n’eurent plus de titulaires. Le Saint-Siège résolut de mettre fin à cette anomalie.

Le pape Grégoire XVI, par la bulle "Multa Praeclare" du 24 avril 1838, supprima les évêchés du Padroado, excepté celui de Goa, et créa sept vicariats apostoliques administrés par des évêques. Mgr Bonnand, à Pondichéry, était de ce nombre et sa juridiction fut étendue à la partie méridionale de l’Inde, depuis le cap Comorin jusqu’au fleuve Krishna en Andhra Pradesh tout en excluant les points du littoral réservés au vicariat de Madras, soit largement plus de mille kilomètres en ligne droite.

À cette même époque, les anciens territoires administrés par les jésuites au sud du fleuve Kaveri, au Tamil Nadu, leur furent rendus quand leur société fut rétablie en 1837, mais ils restèrent encore pendant quelques années sous l’autorité de Mgr Bonnand.

Travaux de Mgr Bonnand

 

La liste est longue..., il suffit de mentionner ses activités pour la formation d’un clergé indigène conformément au but qui suscita l’existence même des Missions Étrangères. Il développa l’éducation des garçons mais aussi celle des filles.

Il encouragea la fondation de la congrégation des Franciscaines du Cœur Immaculée de Marie par le Père Dupuis, qui était destinée surtout à l’éducation des filles de castes. Les sœurs de la congrégation de Saint Louis de Gonzague, fondée antérieurement par le Père jésuite Ansaldo, se consacraient à l’éducation des filles hors castes. Cette particularité de la société indienne empoisonna et empoisonne toujours la vie de l’Église comme la vie en général de ce pays.

Mgr Bonnand fut toujours attentif à développer l’éducation des pauvres et créa des orphelinats et des catéchuménats : lieux où étaient formés de futurs catéchistes pour les villages.

 

 

Cette idée fut reprise et développée au XXe siècle par les Pères Thomas Gavan-Duffy (1888-1941) et Edmond Becker (1921-1981), des Missions Étrangères, à Tindivanam, institution connue aujourd’hui sous le nom de TNBCLC (Tamil Nadu Biblical Catechetichal & Liturgical Centre) au service de toutes les Églises du pays tamoul. À cela il faut ajouter tous ses efforts auprès du Saint-Siège pour organiser les vicariats apostoliques de l’Inde.

Mgr Bonnand dirigea deux synodes à Pondichéry dont le premier eut une influence qui dépassa largement les limites de son diocèse et même de l’Inde. Il construisit plus de cent églises ou chapelles, un collège ainsi qu’un petit et un grand séminaire. Surtout il encouragea et soutint le P. Louis Dupuis (1806-1874) dans la création et le développement à Pondichéry d’une imprimerie qui fonctionne encore à ce jour. Fondateur des sœurs Franciscaines, le Père Dupuis était lui-même un homme hors du commun dont Mgr Bonnand écrivait : "M. Dupuis travaille et le jour et la nuit. Je ne sais comment il tient".

La liste des livres qu'il a traduits ou écrits et publiés dans son imprimerie de Pondichéry ne prend pas moins de cinq pages de sa biographie ! Son œuvre principale fut sans doute, l’élaboration, en collaboration avec le Père Louis- Marie Mousset (1808-1888), prêtre des Missions Étrangères, d’un dictionnaire français-tamoul et tamoul-français.

L'Asian Educational Services de New Delhi, qui réédite des classiques, vend annuellement 800 exemplaires du dictionnaire français-tamoul et
400 exemplaires du dictionnaire tamoul-français. Depuis 1982, le dictionnaire français tamoul a été réimprimé sept fois jusqu'en 1993 et le dictionnaire tamoul français a vu sept réimpressions jusqu'en 1994 par cette même maison (Notes de G. F. Xavier Raj, thèse sur les Pères Dupuis et Mousset, p. 361). Nommé visiteur apostolique par le Souverain Pontife, pour toute l’Inde, Mgr Bonnand quitta définitivement Pondichéry en novembre 1859 par charrette à bœufs, accompagné par deux missionnaires : les Pères François Laouënan (1822-1892) et Claude Dépommier (1815-1873).

Il mourut d’épuisement à Varanasi (Bénarès) le 21 mars 1861. Il était si pauvre que son bouvier vendit charrette et bœufs pour payer son retour à Pondichéry. Mgr Étienne Charbonnaux (1806-1873), évêque de Mysore, fut chargé de continuer la visite, commencée par Mgr Bonnand, qui s'acheva en 1862. Mgr Joseph Godelle (1806-1867), coadjuteur de Mgr Bonnand depuis 1857, lui succéda à Pondichéry.

Avec l'ordination de Mgr Laouënan en 1868, s’ouvrit une aire de prospérité religieuse qui favorisa un grand nombre de conversions dans plusieurs districts, tels que Kumbakonam, Nangatur, Attipakam, etc. Qui dit conversions, dit aussi personnel requis pour l’instruction, chapelles et églises à construire, terrains à acheter, etc.

Le manque de ressources financières handicapa ce mouvement qui néanmoins atteignit presque le chiffre de 30 000 baptêmes en 1878.

Ce mouvement reprit grâce aux aides généreusement apportées par les missionnaires, selon leurs moyens, lors des grandes famines de cette époque. Il fallut alors compléter l’instruction des nouveaux convertis et Mgr Laouënan écrivait en 1884 : "Aujourd’hui, grâce à Dieu, au courage persévérant et à l’abnégation de mes confrères, les principales difficultés sont vaincues, les nouvelles chrétientés sont solidement assises".

L’une des grandes figures de ce mouvement de conversion fut le Père Jean-François Darras (1835-1916), un infatigable apôtre, un ange de piété, "un curé d’Ars itinérant", dira de lui un de ses confrères. Il fut aussi un avocat zélé des dalits (hors-castes pour la plupart). Comme fondateur des paroisses de Chetpet, (1877) Polur (1878) Arani (1878) — maintenant appartenant au diocèse de Vellore — il est connu comme "l’apôtre du North Arcot" c’est-à-dire du nord du diocèse de Pondichéry. Il établit aussi la paroisse de Gingy (1905) à quelques centaines de kilomètres au nord-ouest de Pondichéry.

C’est lui qui popularisa la dévotion à Notre-Dame de Lourdes dans le sud de l’Inde. Il est le meilleur représentant des prêtres des Missions Étrangères mais aussi des prêtres indiens qui travaillèrent avec acharnement à la promotion des pauvres et spécialement des dalits.

 

 

 

Établissement de la hiérarchie : 1886

Depuis longtemps les missions vivaient en paix et le temps était venu d’établir dans le pays non plus des vicariats apostoliques mais bien les structures habituelles, "les diocèses". Toutefois, le Portugal continuait à faire obstacle et réclamait encore et toujours le droit de patronage pour le sous-continent indien en oubliant que les temps avaient changé.

Après bien des tergiversations pour des raisons plus politiques que religieuses, un concordat fut enfin signé entre le Saint-Siège et le Portugal le 23 juin 1886. Ce point réglé, le Saint-Siège pourvut immédiatement à la stabilité des Églises. Par la bulle "Humanae Salutis" du 1er septembre 1886, Léon XIII établit la hiérarchie catholique en Inde. Le vicariat apostolique de Pondichéry devint archidiocèse, et la juridiction extraordinaire dont se prévalait l’archevêque de Goa sur le vicariat, fut abolie.

Une autre source inépuisable de querelles fut réglée à ce moment-là. Depuis les origines de la colonie en 1673, la préfecture apostolique de Pondichéry avait juridiction exclusive sur la colonie française et la paroisse Notre-Dame des Anges. Il y avait donc deux juridictions sur ce même territoire : l’une sur les Indiens et confiée à l’évêque et l’autre sur les Français et assimilés, et confiée aux Capucins puis aux pères du St Esprit sous l’autorité d’un préfet apostolique. Le 10 mai 1887, un décret de Rome abolit cette préfecture. Le territoire de Chandernagor, près de Kolkatta fut rattaché à Pondichéry malgré les distances. Quant à celui de Mahé, il était déjà administré par les missionnaires de Bombay et celui de Yanahon par ceux de Vizagapatnam, au nord de l’Andhra Pradesh. Karikal restait, et demeure, administré par l’archidiocèse de Pondichéry.

Temps de consolidation

En 1776, le vicariat apostolique de Pondichéry comptait en plus de l’évêque, 5 missionnaires des Missions Étrangères et les 15 jésuites qui avaient choisi de rester. De 1776 à 1792 la Société n’envoya que 13 missionnaires, puis il y eut une interruption dans l'envoi de nouveaux missionnaires entre 1792 et 1821. Il existait un carmel, fondé par le Père Coeurdoux S.J. à la suite d’un vœu, et les sœurs Franciscaines de Saint-Louis de Gonzague, fondée par le Père Ansaldo, en 1775. C’est sur cette base que les Missions Étrangères commençèrent leur apostolat en Inde. En dépit de toutes les difficultés rencontrées, il y avait en 1889 : 2 évêques, 82 missionnaires, 31 prêtres indiens, 612 églises ou chapelles, 3 séminaires, 117 écoles, 206 350 catholiques.

mgr Étienne charbonnaux (1806-1873)L’immense territoire de l’archidiocèse de Pondichéry allait donner naissance d’abord à celui de Coimbatore en 1845, puis de Kumbakonam en 1899, de Salem en 1930, et de Dharmapuri en 1997. Au nord, le North-Arcot fut rattaché au diocèse de Vellore. L’ouest devint le diocèse de Mysore après avoir été érigé en provicariat apostolique en 1845, puis en vicariat apostolique en
1850 et confié à Mgr Charbonnaux. Les divisions successives de ce dernier diocèse amenèrent la création des diocèses de Bangalore le 13 février 1940, Ootacamund le 3 juillet 1955, Chikmagalur le 16 novembre 1963 et Shimoga le 14 novembre 1988.

 

 

 

 

Coimbatore

C’est en 1845 que le territoire qui constitue aujourd’hui le diocèse de Coimbatore, fut séparé de Pondichéry et confié à Mgr Melchior de Marion-Brésillac (1813-1859) qui fut aussi le fondateur des Missions Africaines de Lyon. Ordonné évêque le 4 octobre 1845, à l’âge de 32 ans pour un diocèse qui ne comptait que quelques 4000 catholiques, où il n’y avait ni écoles ni orphelinats, ni couvents, seulement quelques églises en mauvais état, la tâche de Mgr de Marion-Brésillac était immense. De plus, le "collecteur" anglais (préfet) de l’époque lui créa les pires ennuis pour l’empêcher de s’installer à Coimbatore. Il établit donc ses quartiers à Karumatampatti, village situé à quelques kilomètres à l’est de la capitale.

mgr melchior de marion-brésillacC’est cette situation qu’il faut garder présente à l’esprit pour évaluer les progrès de l’évangélisation. Mgr Melchior de Marion-Brésillac était sans doute un homme remarquablement intelligent mais rigide, et cette rigidité le conduisit à négliger les conseils de prudence de Mgr Bonnand, entre autres choses, sur la question des castes. Il y eut de telles tensions qu’il donna sa démission en 1855 et le Coimbatore fut rendu au vicaire apostolique de Pondichéry qui en confia la direction à son coadjuteur Mgr Godelle, ordonné évêque en 1857.

Pour se rendre compte par lui-même de l’étatdes lieux, il parcourut tout le vicariat. C’est lui qui posa les bases de la mission en ouvrant un collège et une douzaine d’écoles. En 1865, il se consacra uniquement à la mission de Pondichéry et Mgr Dépommier lui succéda sur le siège de Coimbatore. Cette mission souffrit comme les autres des grandes famines de 1878-1880. Si cela amena à l’Évangile quelques centaines de personnes impressionnées par la charité des missionnaires, elle en fit périr beaucoup d’autres de misère. 11 590 catholiques y seraient mortsde malnutrition, en 1879, cette mission ne comptait que 24 027 catholiques !

Mgr Dépommier mourut le 8 décembre 1873 et Mgr Étienne Bardou (1834-1903) lui succéda en 1874. Il est connu pour avoir facilité la création de la congrégation des Franciscaines Missionnaires de Marie en soutenant et guidant Mère Marie de la Passion. C’est aussi pendant son épiscopat qu'eut lieu la grande famine qui ravagea la région. En 1887 le vicariat apostolique de Coimbatore fut érigé en évêché suffragant de Pondichéry puis de Madras.

À la création du diocèse, l’évêque n’avait qu’une poignée de missionnaires. En dépit de toutes les difficultés, il y avait en 1889 : 1 évêque, 27 missionnaires, 8 prêtres indiens, 76 églises ou chapelles, 1 séminaire, 44 écoles ou orphelinats, 28 040 catholiques. Il y en aura 250 139 en 2005.

 

 

 

Mysore

Cette mission couvrait, à l’origine, largement plus de la moitié sud de l’état actuel du Karnataka. Des prêtres goanais y avaient travaillé ici où là comme le prouve l’existence d’inscriptions en portugais sur des pierres, en différents lieux comme à Adoni par exemple (maintenant en Andhra Pradesh). Une autre pierre gravée fut trouvée près de Mysore sur les bords du fleuve Kauvéri. Datant de 1704, elle authentifie la dotation de certaines terres aux "sanyasis de Rome". Il n’en reste pas moins que les fondations de l’Église y furent posées par les Pères des Missions Étrangères.

françois jarrige (1796-1889)Quand, en 1776, la Société des Missions Étrangères fut chargée de Pondichéry, elle reçut également le territoire de Mysore. Il y avait déjà là des chrétiens "conconis", descendants de convertis (par les Portugais sur la côte Ouest) qui avaient sans doute émigré à l’intérieur du pays. Certains semblaient même avoir servi dans les troupes du persécuteur Tipou Sultan. En 1826, le Père François Jarrige (1796-1889) administra cette contrée avec un prêtre goanais, le Père D’Souza, qui commença la construction de la première église de Bangalore, devenue l'actuelle basilique Sainte-Marie. Avec l'église dédiée à l'Enfant Jésus de Prague, elles sont les plus grands centres de pélérinages de cette ville.

 

 

Une des particularités de cette mission, qui n'était pas spécifique à l’Inde mais qui n’en resta pas moins un obstacle, fut la diversité des langues. La mission originelle de Pondichéry couvrait une grande partie de l’Andhra Pradesh de langue télougou et du Karnataka de langue kannada. Un linguiste aussi doué que le Père Dupuis écrivait qu’envoyé à Bangalore en 1832, il se mit à étudier à la fois le tamoul, le kannada, le télougou et l’anglais. Deux ans plus tard il écrivait aux directeurs du Séminaire de Paris : "Je ne suis pas encore au bout des quatre langues nécessaires pour cultiver la partie de la mission où le Seigneur m’a placé". On le croit sur parole, d’autant que chacune a sa propre écriture.

Vers le milieu du XIXe siècle, le nombre des chrétiens augmentait dans la mission. En 1850, le Souverain Pontife créa le vicariat apostolique de Mysore et le confia à Mgr Charbonnaux. Il était à l’époque coadjuteur de Mgr Bonnand à Pondichéry mais déjà administrateur spécial depuis cinq ans de ce qui allait devenir le provicariat apostolique de Mysore. Non qu’il désirât l’épiscopat puisqu’il le refusa pendant trois ans ! Il fut ordonné évêque le 29 juin 1845.

Les débuts de la mission de Mysore ne furent ni aussi difficiles ni aussi tumultueux que ceux de la mission de Coimbatore, mais les distances avec la mission mère de Pondichéry étaient grandes et la langue et la mentalité bien différentes. En 1850, cette mission comptait pour un territoire grand comme la France : 1 évêque, 6 missionnaires, aucun prêtre indien, quelques écoles anglaises (kannada et tamoules) et 13 500 chrétiens. Bangalore était déjà une ville cosmopolite, la plupart de ces établissements étaient dus à Mgr Charbonnaux qui les avait fondés entre 1847 et 1850. Polyglotte, doué d’une incroyable puissance de travail, il donna une vigoureuse impulsion à cette nouvelle mission. Il ouvrit un séminaire, une imprimerie en langue kannada et l'établissement qui devait devenir le collège Saint-Joseph. Il écrivit plusieurs livres en langue kannada. La question principale était déjà, à l’époque, celle de l’enseignement et l’on sait combien les missionnaires de la Société des Missions Étrangères se sont souciés de l'alphabétisation, dès leur arrivée en Inde, convaincus qu’il ne pouvait y avoir de progrès économiques ou religieux sans instruction. Pourtant ils durent affronter des difficultés bien particulières.

Mgr Charbonnaux écrivait en 1852 : "Les protestants prennent nos petits enfants dans nos pensions, ils font écrire aux parents des conventions pour six ans ; s’ils veulent les retirer auparavant, on les traduit à la police pour les faire condamner à payer les frais, ce qu’ils ne peuvent…. De là, bien des défections parmi les enfants depuisquelques années. Presque tous les descendants d’Européens catholiques sont devenus protestants par ce moyen".  L’œcuménisme n'était pas la préoccupation principale de cette époque ! Grâce aux subsides de la Propagation de la Foi, l’évêque et les missionnaires soutinrent ce combat avec succès et multiplièrent les écoles. Ils montèrent aussi une imprimerie qui publia des livres en anglais, tamoul et kannada. Mgr Charbonnaux fut lui-même l’auteur de 16 livres en kannada dont une grammaire kannada-latin.

Dans le travail d’évangélisation et dans le travail social, les femmes sont indispensables pour contacter le monde féminin, l'enseignement des filles, et les soins de santé. À la demande de Mgr Charbonnnaux, les Sœurs du Bon Pasteur d’Angers arrivèrent à Bangalore le 15 août 1854 et celles de Saint-Joseph de Tarbes en 1882 afin de seconder les prêtres des Missions Étrangères, surtout pour l’enseignement. Les sœurs de Tarbes étaient également employées au Bowring Hospital dirigé par le gouvernement de l’état.

 

Sur un terrain de 22 acres donné par le maharadja de Mysore le 28 juillet 1884, les religieuses du Bon Pasteur ouvrirent en 1886 ce qui devint le célèbre hôpital Sainte Marthe au cœur de la ville de Bangalore. Elles étaient secondées par des religieuses de basses castes plus ou moins à leur service. Mgr Charbonnaux sentit que cette situation n’était pas saine, il institua pour ces dernières la congrégation indépendante des soeurs de Sainte Anne de Bangalore qui s’est rapidement développée par la suite. À la mort de Mgr Charbonnaux en 1873, la petite mission de Mysore avait beaucoup prospéré puisqu'on y comptait : 21 missionnaires, 7 prêtres indiens, 40 catéchistes, 3 congrégations religieuses, 20 paroisses, 84 chrétientés secondaires, 63 chapelles, 1 séminaire, 1 collège anglais. À Mysore comme ailleurs, les famines des années 1878-1880 endeuillèrent l'épiscopat de Mgr Joseph Chevallier (1814-1880).

 

 

Pour y faire face, les missionnaires créèrent des villages nouveaux sur des terrains donnés par le gouvernement. Des orphelins recueillis par la mission reçurent quelques arpents de terre et s’y installèrent. Tels furent les débuts des deux chrétientés de Siluvepura (village de la croix) et Mariapura (village de Marie) près de Bangalore.

mg jean-yves coadouAvec Mgr Jean-Yves Coadou (1819-1890), ordonné évêque en 1880, la mission de Mysore a continué son avancée. Il développa le collège universitaire Saint-Joseph, fondé par Mgr Charbonnaux, que les Missions Étrangères offrirent aux jésuites le 1 juin 1937. C’était sans doute la meilleure solution à l’époque et ce collège est devenu sous la houlette des jésuites l’un des meilleurs établissements de Bangalore.

Tout au long du XIXe siècle et avec un sens visionnaire étonnant, les prêtres des Missions Étrangères achetèrent ou obtinrent des terrains un peu partout. Ils étaient d’origine paysanne pour la plupart et connaissaient l’importance de la terre pour l’avenir de l’Église. Non seulement ils développèrent les villages de Siluvepura et Mariapura mais ils dotèrent entre autres les plus anciennes paroisses de la ville de Bangalore, d'immenses terrains de grande valeur à ce jour.

 

Cela permit à leurs successeurs indiens d’y ouvrir toutes sortes d’écoles, d’y accueillir les congrégations religieuses du Bon Pasteur d’Angers, des sœurs de Saint-Joseph de Tarbes et de Sainte-Anne de Bangalore.

La plus ancienne église de Bangalore est celle de Black Palli commencée en 1826 à l'époque du Père Jarrige par le Père D’Souza, Goanais, terminée en 1882 par le Père Eugène Kleiner (1841-1915). Elle est devenue la basilique Sainte-Marie. L’église Saint Patrick a été et reste la paroisse anglaise. Elle fut église cathédrale et lieu de sépulture de plusieurs évêques et prêtres des Missions Étrangères. C’est aussi dans cette église qu'a été officiellement proclamé l’établissement de la hiérarchie en Inde le 25 mai 1887 lors d’un synode présidé par le légat du Pape.

À ces deux églises il faut ajouter le terrain de l’archevêché actuel, la paroisse Saint François-Xavier qui est devenue cathédrale, celles de Saint-Joseph et du Sacré-Cœur. N’oublions pas non plus l’âme du diocèse, le carmel, où des religieuses prient depuis le 29 janvier 1932.

mgr maurice despasturesFondé par Mgr Maurice Despastures (1873-1963) et le Carmel de Cholet, aujourd’hui disparu, il accueille 18 carmélites indiennes. Elles ont célébré leur 75 ans d’existence le 13 janvier 2007.

En 1889 la mission de Mysore couvrait le territoire aujourd'hui partagé entre les diocèses de Mysore, Bangalore, Chikmagalur, et Shimoga. Elle comptait 34 missionnaires, 12 prêtres indiens, 96 églises ou chapelles, 50 écoles et orphelinats, 30 000 chrétiens. Selon le Directoire de 2006, on compte : 332 000 chrétiens dans l’archidiocèse de Bangalore ; 94500 à Mysore, 36 000 à Chickmagalur, 20 600 à Shimoga. À l'heure actuelle, il n’y a plus aucun prêtre des Missions Étrangères dans l’archidiocèse de Bangalore ni dans le diocèse de Mysore. La mission a été confiée aux Églises locales.

 

 

Bangalore ou Mysore ?

mgr rené feuga (1886-1964)Il peut y avoir confusion entre ce qui est aujourd’-hui l’archidiocèse de Bangalore et le diocèse de Mysore qui fut créé en 1845 mais dont l’évêque
résidait à Bangalore. Déjà très cosmopolite, cette ville située à 900 mètres d'altitude était aussi une ville de garnison ainsi qu'un lieu de villégiature pour de nombreux retraités anglais.

Ce n’est qu’à la création du diocèse de Bangalore, le 13 février 1940, que le nouvel évêque de Mysore, Mgr René Feuga (1886-1964), s’installa à Mysore.

Il fut le premier et dernier évêque des Missions Étrangères de ce qui est l'actuel diocèse de Mysore. Son diocèse donna naissance à ceux d'Ootacamund le 3 juillet 1955 et de Chikmagalur le 16 novembre 1963. Il y fit aussi bâtir la cathédrale, dont les tours qui dominaient toute la ville faillirent lui valoir le martyre.

 

Selon une croyance non encore disparue, des tours aussi élevées ne peuvent tenir que si des enfants sont enterrés dessous. Certains musulmans jaloux de voir les clochers de la cathédrale dépasser en hauteur leurs minarets, provoquèrent une émeute mais ce jour là le Père Feuga était parti à Bangalore. Nommé évêque de cette ville, il noua, ainsi que Mgr Charbonnaux en son temps, d’excellentes et amicales relations avec le maharadjah de l’époque. Elles leur furent certainement d’une grande aide pour obtenir le terrain de l’hôpital Sainte-Marthe comme pour ouvrir le toujours très florissant collège Sainte-Philomène à Mysore.

Le séminaire Saint-Pierre

Les Missions Étrangères furent fondées à la demande du Saint-Siège pour établir un clergé local, ce qui explique que contrairement à la plupart des congrégations et sociétés religieuses, elles n’ont jamais recruté en pays de mission jusqu'à une période récente. Tout candidat au sacerdoce était destiné à un diocèse particulier et non pas à la société des Missions Étrangères.

La même orientation fut suivie en Inde et dès leur arrivée les missionnaires se sont souciés de la formation d’un clergé indigène. Dès 1777, Mgr Brigot, gardant à l’esprit ce but premier, chercha à ouvrir un séminaire. Il y avait certes le Collège général à Virampatnam au sud de Pondichéry. Il aurait été l'établissement le plus pratique mais les préjugés de caste des Indiens rendaient ce choix impossible. Les étudiants du Collège général, Chinois ou Vietnamiens, étaient regardés comme intouchables et aucun Indien de caste n'aurait accepté de cohabiter avec eux. Par conséquent, prenant en considération ces préjugés, Mgr Brigot établit son propre séminaire à Oulgaret en 1778 près de
la ville de Pondichéry.

Le premier supérieur fut un jésuite, le Père Buson. Il fut remplacé par le Père Pierre Magny (1748-1822), des Missions Étrangères, qui tint le poste pendant 40 ans. En 1790, le séminaire fut transféré à Pondichéry, qui offrait de meilleures commodités, sous le nom de séminaire Saint-Joseph. La première ordination eut lieu en 1788. Toutefois les temps étaient difficiles, il y eut des tensions dues à l’éternelle question des castes, si bien que les cent premières années du séminaire (1778-1878) ne virent l’ordination que de 49 prêtres locaux.

Au XXe siècle, les vocations locales augmentèrent rapidement et les structures de Pondichéry devinrent insuffisantes. Le séminaire fut donc transféré à Bangalore qui offrait un climat plus propice aux études. Ce transfert eut lieu en 1934, et comme l'Œuvre Pontificale de Saint-Pierre Apôtre finança une partie de la construction, le séminaire reçut le nouveau nom de "Saint-Pierre". Au cours du temps, il se développa, devint séminaire pontifical en 1962, en s'affiliant à l’Université Pontificale Urbania de Rome.
Le 12 décembre 1968, le séminaire Saint-Pierre qui avait toujours été dirigé par les Missions Étrangères, fut confié aux évêques des anciens territoires des Missions Étrangères de l’Inde. Le 6 janvier 1976 il fut érigé en faculté autonome de théologie et de philosophie. En deux siècles, ce séminaire a formé 1567 prêtres, dont 26 évêques et 2 cardinaux.

T.N.B.C.L.C.

Derrière ce sigle se cache l’un des plus beaux fleurons des initiatives des Missions Étrangères en Inde : le Centre National Catéchétique Liturgique et Biblique de Tindivanam, sis à quelque 40 kilomètres au nord de Pondichéry. Il est maintenant rattaché à la conférence épiscopale du pays tamoul et les évêques en sont les responsables mais l’initiative de sa création en revient aux Missions Étrangères, et plus particulièrement au Père Thomas Gavan-Duffy (1888-1941).

Il naquit dans une famille irlandaise en délicatesse avec le gouvernement anglais, qui s’était réfugiée en France. Son père épousa une Française, ce qui explique son bilinguisme. Qualité qui lui sera utile plus tard pour aller quémander des fonds aux États-Unis ! Il entra aux Missions Étrangères et fut envoyé en Inde en 1918 comme inspecteur des écoles primaires du diocèse de Pondichéry.

Le Père Gavan-Duffy voulait des instituteurs à la fois catéchistes et enseignants formés en vue de cette double activité. Pour cela, il fut chargé en 1919 de la création d’une école de catéchistes à Tindivanam. Les cours commencèrent en 1921 avec 22 élèves seulement mais en 1929 ils étaient 400, plus 160 pensionnaires. Ce centre n’a cessé de se développer après la mort de son fondateur en 1941, puis avec les Pères Edmond Becker (1921-1981) et André Carof (1926-2005) et leurs successeurs indiens.


Telle fut l’origine de ce qui est devenu le TNBCLC, qui est au service de toutes les Églises du pays tamoul.

Un missionnaire écrivait sur le Père Gavan-Duffy: "Nous lui devons une énorme reconnaissance. Sans lui, sans les écoles qu’il a établies et soutenues, pas grand chose ne serait resté dans nos secteurs de notre travail parmi les néophytes". Il y a des personnalités qui laissent une marque indélébile pour avoir tout simplement vu et su faire ce qu’il fallait au bon moment.

Le Père Gavan-Duffy exerça aussi une grande influence dans le domaine de l’éducation des filles. Il voulait que toutes les écoles de villages acceptent des filles et il soutint financièrement plusieurs écoles destinées exclusivement à les recevoir. Cette tâche fut partagée par les trois congrégations religieuses établies à Pondichéry, à savoir les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, celles du Cœur Immaculée de Marie, congrégation fondée par le Père Dupuis, et les Sœurs de Saint-Louis de Gonzague.

La passation des pouvoirs

Il était bien évident qu'avec l'augmentation croissante du nombre de vocations locales en Inde et la lente mais inéluctable diminution des missionnaires français la direction allait changer de main. Les hommes étant ce qu’ils sont, cela ne se fit pas sans tensions, la plus forte eut lieu à Salem Traditionnellement, lorsqu'un évêque local prenait la direction d’un diocèse, les prêtres des Missions Étrangères lui laissaient tout et partaient recommencer ailleurs.

Ainsi quittèrent-ils le diocèse de Kumbakonam, qu’ils avaient créé en 1899 quand celui-ci passa sous la direction d’un évêque indien en 1930. Ils allèrent, qui à Pondichéry, qui dans le diocèse nouvellement créé de Salem et dirigé par Mgr Henri Prunier (1889-1957). Ce diocèse était composé des plus pauvres territoires détachés des missions de Pondichéry, Kumbakonam et Bangalore. C’était tout à fait ce qui convenait à un prêtre comme le Père André Jusseau (1901-1968), dernier des Missions Étrangères à recevoir sa destination pour Kumbakonam.

Peu à peu les Indiens prenaient partout la direction des affaires. Les temps changeaient, l’Église devenait "indienne" à 100% mais tous ne le voyaient sans doute pas. Aussi quand, en 1949, le nouveau diocèse de Salem fut confié à un évêque local, Mgr Selvanather, il fut décidé que les confrères travailleraient sous sa juridiction. Ce qui ne pose plus aucune question depuis longtemps, n’allait pas de soi à ce moment-là.

Pour la plupart cette nouvelle façon d'agir était normale, mais quelques uns estimèrent avoir des raisons d’y voir une rupture avec la tradition des Missions Étrangères, (à savoir que quand un diocèse est passé au clergé local, on part recommencer ailleurs). Certains partirent donc, qui pour le Vietnam, qui pour la Malaisie, où la même question a dû se poser plus tard.

Cet épisode laissa peut-être quelque amertume, mais il est bien oublié. Il reste pourtant le signe d’une époque et d’un idéal fort respectable. Siles prêtres des Missions Étrangères furent les premiers à venir dans le sud de l’Inde après les jésuites et les capucins, ils eurent beaucoup de successeurs. En Andhra Pradesh, ils passèrent la mission d’abord aux Missionnaires de Saint François-de-Salle d’Annecy le 16 mars 1845, puis aux Mill Hills, et au nord Tamil Nadu, aux salésiens, etc.

Et surtout, de nombreuses congrégations religieuses sont venues en Inde au XXe siècle, certaines, semble-t-il, surtout pour profiter de l’abondance des vocations. Plusieurs d’entre elles sont florissantes et ont érigé de magnifiques écoles, collèges et hôpitaux.

Les Missions Étrangères n’ont aucune institution. Elles ont laissé aux diocèses tous les biens meubles et immeubles qu’elles avaient pu acquérir pour la mission au cours des années. La Société des Missions Étrangères est aujourd’hui presque aussi pauvre et démunie qu'elle l'était à son arrivée en 1776. De nombreux prêtres de la Société des Missions Étrangères sont venus en Inde depuis 1776. Ce qui n’était qu’un énorme vicariat apostolique est divisé maintenant en 11 diocèses, auxquels il faudrait ajouter ceux qui furent rendus aux jésuites au XIXe siècle et ceux de l’Andhra Pradesh : Nellore, Cudapah, Kurnool, qui seront confiés aux Pères MSFS et Mill Hill. De 1776 à aujourd'hui il y a eu : 321 missionnaires à la mission de Coimbatore, 98 à la mission de Kumbakonam, 30 à la mission de Mysore, 131 à la mission de Salem, 18 à la mission de Bangalore et 5 furent destinés à la mission de Pondichéry, soit un total de 603 missionnaires.

Il s’agit ici de missionnaires qui reçurent leur première destination pour divers diocèses de l’Inde. Il est évident que par la suite et pour multiples raisons, certains rejoignirent d’autres missions, rentrèrent en France ou furent nommés dans les procures. (cf. "Études et Documents", n° 5, in État de la Société des Missions Étrangères de Paris 1658-1998). Aucun prêtre des Missions Étrangères ne reçut de destination pour l’Inde depuis 1965. À ce nombre, il faut ajouter trois procureurs décédés en Inde avant 1776 ainsi que sept confrères décédés à Pondichéry ou Chandernagor en partance vers leurs missions respectives, ainsi que Mgr Ignace Cotolendi (1630-1662) décédé à Palacol, près de Machilipatnam le 16 août 1662, sans doute d’épuisement, alors qu'il rejoignait sa mission.

Il faut encore ajouter les Pères Joseph Alazard (1903-1985) et Gaston Gratuze (1900-1985) en mission au Sikkim mais dans la perspective de se rendre au Tibet. Les deux premiers rentrèrent en France après un temps de mission au Sikkim et le troisième, le Père Maurice Quéguiner (1909-1977), rejoignit la mission de Mysore et fut plus tard élu supérieur général. Quatre missionnaires,
les Pères Marcel Le Ny (1926-?), Jean-Marie Évrard (1914-1988), Albert Bradfer (1915-?) et Auguste Galant (1911-?), furent nommés pour l’Inde mais ne rejoignirent pas leur mission. Il y en eut peut-être d’autres, mais difficiles à déceler dans les listes d'envoi. Dans le contexte de la mission au Tibet, des prêtres des Missions Étrangères établirent une base à Gauwahati, en Assam, au Nord-est de l’Inde pour chercher une nouvelle route d’entrée dans ce pays. Ce furent les Pères Julien Rabin (1819-1876), Louis Bernard (1821-1888), Nicolas Krick (1819-1854) et Augustin Bourry (1826-1854). Ces deux derniers furent massacrés au Tibet en 1854. Cette mission fut abandonnée et ils furent oubliés. Après tout, n'avaient-ils pas échoué ?

Il fallut les recherches du Père Menamparampil, devenu aujourd’hui, archevêque de Gauwahati, pour d’abord aller sur leurs traces en Arunachal Pradesh et, par ses écrits, raviver leur mémoire. S’il y a dans cette région tant de conversions, c’est grâce à ces deux martyrs, pense-t-il. Mgr George Palliparampil, évêque du nouveau diocèse de Miao, pense de même : il veut introduire leur cause de béatification et même tenter de rapatrier leurs restes enterrés au Tibet.

Notre-Dame des Anges : Pondichéry

Cette paroisse offre la particularité d’être la seule de l’Inde où la liturgie est presque exclusivement célébrée en français encore à ce jour. L’église, donnant face au soleil levant sur la baie du Bengale, est connue localement comme "Kaps Kovil" ou église des Capucins. Commencée sous la Seconde République elle fut achevée en 1855 sous le Second Empire. La petite histoire locale nous parle de 100 000 blancs d’œufs utilisés pour "peaufiner" l’intérieur des dômes et les voûtes !

Les capucins en furent les premiers desservants quand ils furent appelés de Chennai par le gouverneur François Martin en 1673 pour s’occuper des besoins spirituels des Français, des autres Européens ainsi que des Indiens catholiques. Quand les jésuites arrivèrent, les Capucins gardèrent la charge pastorale des francophones.

Touchés comme d’autres par les retombées négatives de la Révolution, les capucins n’avaient plus de prêtres français à envoyer. En 1828, ils laissèrent la place aux Pères du Saint-Esprit qui exercèrent cette responsabilité jusqu’en 1887. Cette juridiction sur l’élément francophone passa alors aux Pères des Missions Étrangères quand le Saint-Siège supprima cette préfecture apostolique. Jusqu’en 2007, cette paroisse fut administrée exclusivement par des Pères des Missions Étrangères, puis passa finalement à un prêtre francophone du clergé indien.

Et maintenant ?

Les prêtres de la Société des Missions Étrangères en Inde disparaissent les uns après les autres sans amertume. La tâche confiée à la Société par le Saint-Siège en 1776 a été bien remplie et dans des conditions pas toujours faciles même si l’Inde ne connut jamais de persécutions ouvertes comme ce fut le cas en d’autres pays.

L’Inde sait manifester son désaccord, son rejet de l’autre, à la violence ouverte elle préfère utiliser différentes formes de harcèlement. Le clergé local a pris depuis longtemps la direction de l’Église indienne. Le Séminaire Saint-Pierre voit en 2007 l’ordination épiscopale du 26e évêque issu de son corps professoral. En Inde, l’Église quoique très minoritaire avec à peine 1,7 % de la population, soit à peine 20 millions d'habitants sur une population dépassant le milliard, devient missionnaire. Non seulement bien des congrégations religieuses viennent s’y installer pour recruter et envoyer des jeunes religieux ou religieuses de par le monde, mais les Missions Étrangères aussi accueillent des prêtres diocésains et éventuellement des séminaristes, pour leur permettre de réaliser leur vocation missionnaire sans avoir à joindre un ordre religieux.

La mission en Inde est-elle finie ?

Au XXe siècle elle commence à revêtir une autre forme, sans doute plus humble : servir les Églises dans la discrétion d’une part et d’autre part, réaliser que la mission n’est plus de l’Europe vers le reste du monde. Les nouvelles Églises d’Asie deviennent missionnaires et les Missions Étrangères, fondées pour former un clergé indigène, trouvent là un nouveau chemin pour continuer leur vocation première, à savoir la formation d’un clergé local et l’accueil de prêtres asiatiques en son sein. Tout d’abord la Société des Missions Étrangères reçoit pour des études supérieures en France, des prêtres asiatiques qui deviendront des formateurs dans leurs Églises.

Ensuite une Église n’atteint la maturité que quand elle devient missionnaire à son tour. Aussi les Missions Étrangères accueillent des prêtres diocésains asiatiques ou de l’Océan Indien qui désirent réaliser une vocation missionnaire sans nécessairement joindre un ordre religieux. Des prêtres indigènes ont rejoint les Missions Étrangères pour aller travailler ailleurs en Asie ou dans l’Océan Indien et finalement en France aussi. L’Église de France qui a beaucoup donné, doit maintenant recevoir et deux prêtres indiens entre autres, envoyés par les Missions Étrangères vont y travailler ou y travaillent déjà.

Ainsi, peu à peu la mission revêt plusieurs formes nouvelles. Par exemple les Missions Étrangères envoient en Inde des jeunes garçons et filles désireux de faire une expérience d’insertion temporaire dans une institution d’Église, soit pour enseigner le français, soit, plus souvent, pour travailler parmi et pour des handicapés physiques et/ou mentaux. Cette insertion est très positive pour la plupart et les ouvre sur un autre monde.

La mission en Asie n’en est qu’à ses débuts, disait le Pape Jean-Paul II lors d’un passage en Inde en 1999, ajoutant qu’il voyait le troisième millénaire comme celui de l’Asie.

Dire que la mission est terminée reviendrait à dire que l’Église est morte ! Les deux sont inséparables. Donc elle n’est achevée ni pour les Missions Étrangères, ni pour l’Église, ni pour l’Inde. Un jeune missionnaire français venu de Singapour s’initie à la langue tamoule et poursuit des études à Pondichéry. On peut espérer que d’autres vont suivre la même voie mais pour rester en Inde. Après 230 ans il y a comme un retour aux origines, à Pondichéry même !

Comme leurs aînés, ils devront trouver leur voie et leur place dans une Église bien différente de celle qu’ont connue leurs prédécesseurs et qui peine à regarder par delà ses frontières. Le pays est grand et semble suffire comme horizon. Par sa présence, son témoignage de "l’ailleurs", le missionnaire étranger demeurera toujours indispensable pour tourner vers l’extérieur les yeux de ceux qui le reçoivent. L'Église doit donner et recevoir.


                                                                                                                          Camille Cornu.