Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

L'indonésie

 

Dès ses débuts, la Société des Missions Étrangères se heurta à des problèmes de logistique : comment aller en Extrême-Orient rapidement, à moindre coût et d’une façon sûre ? Où établir des relais pour le courrier et les finances, des lieux de repos pour les missionnaires ?

Au temps des évêques fondateurs, les missionnaires partis avec Mgr Pierre Lambert de la Motte (1624-1679) par voie de terre mirent deux ans pour arriver au Siam ! Mgr François Pallu (1626-1684), lui, partit avec neuf compagnons en janvier 1662 et ils ne furent plus que quatre à son arrivée à Ayuthaya en janvier 1664. Cinq succombèrent pendant le voyage. Si l’on pouvait compter sur l’accueil des églises chrétiennes sur tout le parcours, que d’aléas et de dangers lors du voyage : fatigue, maladies, bandits de grand chemin, droits de douane dans chaque ville traversée, bakchichs ! Si les voyages par mer n’étaient pas sans dangers, par contre, ils ne duraient que six mois.

La Procure de Bantam

Le grand port du sud-est asiatique à la fin du XVIIe siècle était Bantam [act. Banten], à l’extrémité occidentale de Java. Elle était la capitale d’un puissant royaume marchand qui étendait son influence des deux côtés du détroit de la Sonde. Les navires chinois, arabes et indiens y faisaient relâche. Les Hollandais, les Anglais et les Français y avaient leurs comptoirs. C’était donc un lieu qui s’imposait naturellement pour y établir une procure. Lors de son deuxième voyage missionnaire, en avril 1672, Mgr Pallu fit escale à Bantam. Il y laissa un de ses prêtres comme aumônier du comptoir et procureur des missionnaires. Ce fut le P. Claude Gayme (1642-1682) qu’il désigna à ce poste. Devant les difficultés rencontrées par ce dernier, il détacha le P. René Forget (1640-1700) pour l’assister dans sa tâche du suivi du courrier.

Il n’y avait pas foule dans leur aumônerie. Dans ses lettres le P. Gayme se plaint : "Dans cette terre, il n’y a rien à faire pour la conversion des peuples vu qu’ils sont très mahométans et très ignorants et barbares … Il se trouve ici des chrétiens qui ne savent aucun mystère de notre religion ni en faire les actes nécessaires. Nous en avons de même rencontré quantité de Bengale qui viennent ici pour le commerce… "

Sans compter que les Hollandais ne leur rendaient pas la vie facile. En plus de la rivalité commerciale entre le sultanat de Bantam et la toute proche Batavia, il y avait cette guerre que Louis XIV allié aux Anglais avait déclaré à la Hollande. Les deux prêtres cherchaient donc désespérément à quitter Bantamet faire passer à Siam le bagage de Mgr Pallu qui comprenait aussi les cadeaux du Saint-Siège pour les rois du Tonkin et de Siam.

Ils essayèrent à plusieurs reprises et dans des conditions rocambolesques de s’échapper de Bantam, mais toujours en vain. Le blocus hollandais fut enfin levé fin juillet 1674. Le P. Gayme partit aussitôt, suivi un an plus tard (vers la fin de 1675 ou le début de 1676) par le P. Forget. Ils avaient eu le temps d’apprendre quelques rudiments de malais et même le javanais pour le P.Forget.

Ils purent aussi se faire des relations utiles pour l’avenir de la Société, en particulier M. Jean-Baptiste de Guilhen (cf. Claude Guillot, "Un marchand français à Java au XVIIe siècle, Jean Baptiste de Guilhen, 1634-1709", in Archipel, 1993, n°45), le chef du comptoir français de la Compagnie des Indes qui assura, les fonctions de procureur jusqu'à ce qu’il soit expulsé de Bantam avec tous les étrangers en 1682.

En 1687, il se retira au séminaire des Missions Étrangères à Paris où il mena une vie presque conventuelle, tout au service de la Société et de ses missionnaires.

C’est aussi chez M. de Guilhen que les missionnaires rencontrèrent un jeune employé de la loge anglaise chassé par son supérieur. Il s’appelait Constance Phaulkon et allait devenir quelques années plus tard le majordome du Phra Klang (Premier Ministre).

À Penang, se trouvait depuis 1787, une chrétienté assez importante. En 1825, le responsable en fut Jean-Baptiste Boucho (1797-1871). Arrivé de France à la fin de l'année 1824, il n'avait même pas eu le temps de rencontrer son évêque à Bangkok et avait dû, au pied levé, prendre la tête de la chrétienté. Deux hommes - les Pères Florens et Boucho - allaient être à l'origine d'un projet qui n'en était pas moins un rêve : celui d'aller annoncer l'Évangile sur l'île de Nias.

Le rêve d’une mission dans l'île de Nias

Depuis que Pondichéry était redevenu comptoir français en 1815, un important commerce de cotonnades avait été mis en place entre cette ville et Atjeh. Le vicaire apostolique de Pondichéry avait senti la nécessité d'avoir un poste dans cette région septentrionale des Indes Néerlandaises. Averti, Rome plaça donc Sumatra sous sa juridiction. Il fut demandé au P. Esprit-Marie Florens (1762-1834) qui avait été ordonné évêque trois années auparavant de pourvoir à ce poste. Mais que pouvait faire seul ce dernier ?

Il insista donc auprès des directeurs de Paris pour que lui soit envoyé un missionnaire qui serait chargé de la région d'Atjeh. Le plan "Atjeh" ne se réalisa que bien plus tard quand les Hollandais occupèrent la ville en 1873. Mais déjà les yeux du P. Boucho étaient tournés vers la côte ouest de Sumatra, spécialement vers l'île de Nias.

C'est probablement dès 1826 que le P. Boucho rencontra pour la première fois des Nias à Penang. Ils étaient une trentaine, réduits en esclavage par des Malais, vendus clandestinement à des marchands chinois de Penang mais libérés par les autorités anglaises qui, ne sachant comment s'occuper d'eux, les confièrent aux bons soins du prêtre.

Par ces Nias et par les marchands chinois et malais, le P. Boucho en vint ainsi à situer cette île et à s'en faire une certaine idée : 20 km au large de Padang, 10 000 habitants environ. Mais il fallait compter aussi, disait-on, quelques 5 000 esclaves nias dans les plantations autour de Padang, et des groupes épars tout au long de la côte ouest de Sumatra. En janvier 1827, le prêtre établit donc un plan d'action : former un catéchiste nias à Penang, s'établir avec lui à Padang afin de bien s'enraciner dans ce peuple, puis pénétrer dans l'île.

Il se porta comme volontaire pour une telle aventure. Le rêve était lancé : dans un pays réfractaire à toute évangélisation, où l'on piétinait devant un mur soit bouddhiste (au Siam) soit mahométan (en Malaisie), on croyait enfin avoir découvert un coin de terre accueillant que l'imagination allait parer des couleurs les plus gaies.

Les seuls Nias que l'on connaissait alors étaient cette poignée d'hommes et de femmes vivant à Pulo Penang, minorité ethnique opprimée qui avait trouvé libération et sécurité auprès du P. Boucho. Il était normal qu'ils lui prouvent leur reconnaissance en suivant filialement ses conseils, et le missionnaire lui-même reconnait qu'il y trouvait des "consolations". On se mit alors à extrapoler et à penser que tous les Nias étaient comme eux. Ce qui ouvrit la porte à tous les espoirs et les poussa de l'avant. En fait, la réalité était toute autre et peu de temps après, ils allaient tomber de haut.

Préparation

Dans les correspondances de 1828, rien n'est dit des Nias comme si ceux-ci avaient disparu de l'horizon missionnaire. En fait le P. Boucho, toujours seul à Penang, était totalement accaparé par la chrétienté du lieu. C'est pourtant de cette année 1828 que l'on peut dater la libération des jeunes esclaves nias. L'année suivante, le Père Barthélémy Bruguière (1792-1835) qui venait d'être nommé coadjuteur du vicariat apostolique du Siam annonça à Paris son ordination épiscopale prochaine. Par la même occasion il signala que le P. Boucho était parti faire un voyage d'exploration chez les Nias et que l'on attendait avec impatience de ses nouvelles.

Le mois suivant, Mgr Florens communiquait la même information qui exprimait la même attente. Malgré son désir, le P. Boucho n'était en fait pas encore parti en reconnaissance. Et il ne mit jamais les pieds sur l'île de Nias. On peut se demander si le missionnaire, après avoir été l'initiateur du projet, avait vraiment la volonté de le réaliser lui-même ! N'essayait-il pas au contraire de faire reculer l'échéance. Et pour cela, il avançait toutes sortes de prétextes : en premier lieu, l'absence d'ordre formel.

Après que l'ordre fut donné et parvint au P. Boucho, restait encore à trouver quelqu'un pour le remplacer. Toujours est-il qu’en 1830 le prêtre était toujours à Penang. Mais qu'importe, les vrais acteurs étaient en route (cf. Jean Vérinaud, "Cinq Français à Sumatra, 1830-1835", in Archipel, 1987, n° 33).

Première tentative

L'un des deux futurs pionniers, Jean Bérard (1802-1832), était parti de France en avril 1829 pour le Tonkin ou la Cochinchine, selon les possibilités du moment. Arrivé à Macao le 19 octobre, il y avait été retenu par le Procureur, le P. Pierre Legrégeois (1801-1866). En effet, ses compagnons de voyage avaient fait sur lui un rapport des plus déplaisants : il était accusé de libertinage et d'être franc-maçon ! le P. Legrégeois, perplexe, en référa à Paris sans rien en dire à l'intéressé, le P. Bérard. À cause de la lenteur des communications, la disculpation du jeune missionnaire ne fut totale qu'en janvier 1831, et l'ordre pour une nouvelle destination n'arriva à Macao qu'en juillet.

Le second des deux arrivants, Jean-Pierre Vallon (1802-1832), eut un itinéraire tout aussi sinueux. Ayant terminé ses études, il quitta la France pour la Cochinchine à la fin de 1830. N'étant que sous-diacre, il avait reçu la consigne de s'arrêter à Penang pour se faire ordonner prêtre. Il dut arriver à Penang au mois de mai 1831 car Mgr Bruguière, coadjuteur de Mgr Florens, arrivé danscette île le 21 avril, l'ordonna diacre le samedi après la Pentecôte. Apprenant cette nouvelle, Mgr Florens exprima sa satisfaction d'autant plus qu'il pensait que le P. Boucho était déjà en route pour l'île de Nias. Or, il n'en était rien.

Le 15 août 1831, M. Vallon fut ordonné prêtre et il fut envisagé de l'envoyer pour Nias sans même attendre l'arrivée de son confrère le P. Bérard car on n'avait pas la moindre idée de la date de sa venue. Un capitaine de bateau avait bien annoncé son passage, accompagné de deux autres personnes. Mais toujours pas trace du missionnaire à l'horizon. Pour le moment, le P. Vallon apprenait la langue - le nias - très certainement aussi le portugais qui était la lingua franca des côtes de Malacca, ainsi que le malais.

Lorsqu'il reçut l'autorisation de Paris, le procureur de Macao, le P. Legrégeois, désigna le P. Bérard pour la mission de Pondichéry. Celui-ci quitta donc Macao et arriva à Penang le 30 novembre. C'est le P. Vallon lui-même qui vint l'accueillir au bateau.

L'arrivant raconte dans ses lettres sa première rencontre avec son confrère. Il semble bien que ce dernier était tellement convaincu par son projet d'évangélisation des Nias, qu'avant même de
descendre à terre, il avait persuadé le P. Bérard de l'accompagner. Si bien que celui-ci, qui n'avait jamais entendu parler des Nias, se porta volontaire.

Mgr Bruguière hésita tout de même pour deux raisons. D'une part, la lettre que lui avait fait parvenir le procureur de Macao concernant le P. Bérard n'avait rien d'une recommandation. D'autre part, il allait de nouveau se mettre dans son tort en "détournant" le jeune prêtre, comme il l'avait fait avec le P. Vallon qui, une fois ordonné prêtre aurait du se rendre à Macao pour gagner la Cochinchine. De son côté le P. Bérard, craignant d'être repris à l'ordre par les directeurs de Paris, se justifia en expliquant que c'était Mgr Bruguière lui-même qui lui avait demandé d'ac- compagner le P. Vallon chez les Nias.

C'est la raison pour laquelle il avait accepté. Tout fut réglé avec la lettre que le P. Boucho envoya directement à Paris, annonçant le départ des Pères Bérard et Vallon le 14 décembre 1831 à destination de Padang. Il justifiait qu'il était important que le P. Bérard soit aussi du voyage afin d'accompagner le jeune Vallon qui avait si peu d'expérience.

Six mois d'aventures

Neuf lettres nous permettent de suivre les deux missionnaires d'une façon assez précise. Elles montrent qu'ils quittèrent Penang le 14 décembre sur un voilier appartenant au radja de Trumon. Un catéchiste d'origine nias, Francisco, et sa femme, Sophie, les accompagnaient. Il y avait aussi à bord quelques cent cinquante Malais deSumatra qui revenaient d'un pélerinage à la Mecque.

Sur le navire, l'installation était des plus sommaire. Les deux missionnaires partageaient le même lit. Tous les autres passagers, ainsi que Francisco et Sophie, étaient soit sur le pont, soit au fond de la cale. Comme le P. Vallon parlait un peu malais, on essaya de le convertir à l'islam.

En cours de route, il comprit que la ville de Natal serait mieux située comme base de départ pour se rendre sur l'île de Nias puisque cette dernière se trouvait juste en face, à l'ouest, alors que Padang les entraînait beaucoup trop vers le sud.

Ils changèrent donc de stratégie : il fut décidé que le P. Bérard irait seul vers Padang, tandis que le P. Vallon lui-même resterait à Natal, avec Francisco et Sophie, pour organiser la traversée vers Nias.

Après son arrivée à Padang le 29 février 1832, le P. Bérard commença la visite de tous les postes situés entre Natal et Padang et il dénombra environ deux mille soldats de l'armée hollandaise dont les trois quarts, selon ses dires, étaient d'origine belge et de tradition catholique. La plupart d'entre eux vivaient en concubinage avec des filles du pays car le règlement interdisait strictement tout mariage avec une païenne.

Toujours selon lui, le fond de ces soldats était bon et tous désiraient faire élever chrétiennement leurs enfants. Le gouverneur de Padang qui était protestant, mais qui résidait chez un négociant catholique - M. Embrecht - qui faisait du commerce avec Pondichéry reçut très aimablement le P. Bérard. Il lui offrit même de célébrer la messe au temple protestant pour les soldats catholiques, mais le missionnaire refusa et préféra célébrer dans la grande salle de la mairie. Se demandant s'il avait juridiction sur les soldats hollandais de Sumatra, il informa son évêque, Mgr Bruguière, qu'il avait écrit à Batavia pour demander ce pouvoir juridictionnel.

C'est par le P. Bérard que nous obtenons, des nouvelles de son confrère Vallon. Celui-ci, accompagné de Francisco et de Sophie, était parti de Natal pour l'île de Nias le 9 mars. En les voyant prendre cette direction, les gens ne donnaient pas cher de leur vie, persuadés que la mort les y attendait. On dit même que les Malais auraient mis sa tête à prix pour mille piastres. Quant au P. Bérard, son ministère auprès des soldats de l'armée hollandaise occupait toute son énergie et son temps.

Dans le cadre de sa visite des postes, le P. Bérard quitta Padang le 2 avril remontant lentement la côte vers Natal. Le 8 mai il était de retour à Padang, annonçant son départ imminent pour Natal afin de rejoindre l'île de Nias. S'il ne dit rien sur lui-même, il donne beaucoup de détails sur le P. Vallon qui, après une traversée difficile, était bien arrivé à Nias vers le milieu du mois de mars. Il aurait, semble-t-il, été bien reçu par les tribus autochtones dont les rois devaient incessamment se réunir pour délibérer et décider d'une conversion massive ou d'un rejet.

Le P. Bérard reprit sa remontée vers Natal. Il y arriva au plus tard le 11 juin puisque, dans sa dernière lettre, datée du 15, il signalait qu'il était terrassé par une forte fièvre depuis quatre jours. Mais le matin de ce même 15 juin, des Malais, venus de l'île de Nias, annoncèrent que le P. Vallon, dont on n'avait plus de nouvelles depuis le 9 mars, était mort au début du mois de juin. Dans sa lettre, le P. Bérard informe donc son correspondant que, malgré la fièvre, il part ce jour même pour Nias. Cette lettre est la dernière que nous ayons du P. Bérard. Après cette date, plus aucune nouvelle ne parvint de ces deux jeunes missionnaires, et on mit plusieurs mois avant de comprendre ce qui leur était arrivé.

Que sont-ils devenus ?

Dès le mois de janvier 1833, le négociant de Padang, M. Embrecht, qui avait des relations régulières avec Pondichéry, annonçait la triste nouvelle au procureur de cette mission et tentait une explication : "Nos amis sont morts à Nias, victimes de leur zèle pour la religion. L'on prétend cependant, mais il est impossible de le prouver, que nos amis ont été empoisonnés par les prêtres musulmans qui se trouvaient aussi à Nias".

Dans sa lettre, M. Embrecht écrit : "l'on prétend"... "l'on suppose"... L'hypothèse qu'il avance, malgré les preuves contraires apportées par la suite, sera officialisée par Adrien Launay, dans son Mémorial de la Société des Missions Étrangères (1916).

À la fin du mois de mai 1833, à Bangkok on n'était pas encore convaincu. On disait, certes, que le P. Vallon était mort, mais on restait persuadé que le P. Bérard était malade. Or, cela faisait près d'un an que la nouvelle était parvenue. Mgr Florens s'obstinait à croire que le missionnaire était encore en vie.

À Singapour comme à Penang, on commença petit à petit à voir plus clairement les faits. Toujours en cette fin de mai, Le P. François Albrand (1804-1867), curé de Singapour annonça que les Pères Vallon et Bérard étaient morts de la fièvre et que les chrétiens de Padang demandaient l'envoi de nouveaux missionnaires. Deux mois plus tard, M. Bonnet, le résident hollandais de Tapanuli (Sumatra), envoya au P. Boucho ce que l'on avait pu récupérer des affaires des deux prêtres décédés. Pour ce dernier, la cause était entendue : ils étaient bien morts de la fièvre "refusant de prendre les médecines des gens de Nias qui les auraient infailliblement guéris". La mort naturelle fut d'ailleurs confirmée lors du retour du catéchiste originaire de Nias, Francisco, en janvier 1834. Il expliqua que le P. Vallon, sa femme Sophie et lui-même étaient donc partis pour les îles Nias le 9 mars 1832.

jeux martiaux à l'ile de niasLà où ils avaient abordé, les gens avaient refusé de les recevoir, car tous les villages d'alentour étaient en guerre les uns contre les autres. Finalement, ils étaient arrivés à Gunung Sitoli où un apostat anglais les avait logés pendant huit jours.

Le Père Vallon était alors parti pour les villages de l'intérieur, dans la montagne. Il fut bien reçu et étudia la langue nias. Il parcourait les villages en plein soleil si bien qu'au bout de trois mois à peine, il attrapa la fièvre et mourut au bout de sept jours. Il avait administré trois baptêmes d'enfants. Après avoir enterré le missionnaire, Francisco et Sophie étaient redescendus à Gunung Sitoli. Quelques jours après, le P. Bérard était arrivé, rongé par la fièvre lui aussi.

 

Il avait rapidement perdu connaissance, et était mort au bout de treize jours. Tout en les soignant, Sophie elle-même avait attrapé la fièvre et était morte quelques jours plus tard.

Préparation pour une nouvelle tentative

Mais le rêve ne s'était pas éteint avec eux. À la fin du mois de mai 1834, le P. Boucho annonça à son évêque de Bangkok que deux jeunes missionnaires venaient de quitter Penang : Jean-Jacques Candalh (1802-1838) était envoyé par le procureur de Macao pour aller chez les Nias, et Alexandre Galabert (1803-1886) qui avait pourtant déjà reçu une destination, fut recruté au passage pour l'y accompagner.
Leurs consignes étaient très strictes : premièrement, passer par Batavia pour obtenir les pouvoirs du préfet apostolique hollandais ; deuxièmement, prendre le temps de bien s'acclimater ; et enfin, ne s'aventurer vers l'île de Nias qu'après avoir réuni quelques chrétiens du pays autour d'eux pour les accompagner.

Deuxième expédition vers Nias

Partis le 8 juin 1834 de Singapour, les Pères Candalh et Galabert arrivèrent le 22 à Batavia. Ils y furent très bien reçus par le préfet apostolique, Mgr Jean-Henri Scholten, qui leur fit nettement comprendre que, les Hollandais ayant installé un représentant malais dans l'île de Nias, celle-ci ne dépendait plus de la juridiction du vicariat apostolique du Siam ou de celui de Pondichéry, mais bien de la sienne propre. Il y avait donc une question de juridiction qu'il fallait clarifier avec Rome. Toutefois, il leur accorda facilement les pouvoirs pour toutes les côtes de Sumatra. Que pouvait-il faire d'autre puisqu'il était le seul prêtre hollandais résidant en Indonésie. En effet, la Hollande, majoritairement protestante, rendait difficile l'arrivée de prêtres catholiques.

Lorsque, le 28 juin, arriva à Batavia le Père Jean-Claude Jurines (1806-18..), destiné à la mission du Siam, le P. Candalh prit sur lui de le retenir et de l'emmener avec eux pour l'expédition chez les Nias. Les trois missionnaires formaient une bien curieuse équipe et assez mal soudée. Le responsable, le P. Candalh, ne savait pas trop de quelle autorité il relevait : du procureur de Macao, le P. Legrégeois, du Père Boucho à Penang, ou de Mgr Florens à Bangkok ? Sans compter Mgr Scholten qui était à Batavia. Le second, le P. Galabert, dès avant son départ de Singapour, avait pris la précaution de déclarer qu'il n'était pas volontaire. Quant au troisième, le P. Jurines, le responsable du petit groupe missionnaire le retint en lui faisant croire que telles étaient les consignes données par les supérieurs.

Le 10 juillet, tous les trois quittèrent Batavia et trois semaines plus tard atteignirent Padang. Leur arrivée se situe donc fin juillet ou début août 1834. Après tout juste quelques jours le P. Candalh commença à exprimer ses doutes - quand ce n'était pas sa peur - et à récriminer : "Si le P. Boucho connaissait Sumatra il ne nous aurait pas ainsi sacrifiés !" Et c'est une accumulation sans suite de détails et de plaintes.

Il leur fallait d'abord s'installer à Padang, s'acclimater, puis apprendre la langue, sinon c'était la mort qui les attendait comme les deux autres. Mais la vie à Padang était très chère, car tout provenait de Batavia. "Or nous n'avons pas d'argent et pourtant il faudrait payer un maître pour apprendre le nias ! Et, comble de l'horreur : on ne jours le P. Candalh - il n'y a pas de catholiques à Padang : seuls quelques voyageurs passent de temps en temps". Ce qui ne correspondait pas vraiment aux dires du P. Bérard. Aussi, voici le plan qu'ils se fixèrent : dès qu'ils sauraient suffisament la langue, les Pères Candalh et Jurines tenteraient un essai sur l'île de Nias tandis que le Père Galabert resterait à Padang. Pour le moment, le P. Candalh pensait renvoyer le P. Galabert à Batavia pour qu'il rencontre le Préfet apostolique et obtienne de lui quelques soutiens du gouvernement hollandais. Sans cela, ils ne réussiraient certainement pas.


Si le P. Galabert n'obtenait rien à Batavia, il irait directement à Singapour ou à Penang pour connaître la décision des responsables. Ce qui semble les affoler le plus, c'est la nouvelle de deux pasteurs américains qui passèrent quinze jours à Nias et essayèrent ensuite de pénétrer chez les Batak. Mais qui furent tués et mangés, dit-on par ces derniers.

La lettre que le P. Candalh envoya un mois plus tard à son évêque était encore plus pessimiste. D'après lui, pour réussir, il fallait des moyens financiers importants qu'ils n'avaient pas. D'ailleurs, tout le monde leur disait qu'il était impossible à un étranger de pénétrer à l'intérieur de l'île de Nias : ils ne pourraient donc pas aller plus loin que leurs deux prédécesseurs. Le P. Candalh avait bien rencontré M. Bonnet à Tapanuli (Sumatra), mais ce dernier lui aurait déconseillé de poursuivre. Et le P. Candalh revient encore longuement dans cette lettre sur le sort qui fut réservé aux deux pasteurs américains. Alors leur fallait-il rester ici pour apprendre la langue nias ? Dans le cas où ils ne pourraient pas pénétrer dans l'île, ce ne serait là que dépenses inutiles.

Pendant ce temps, à Penang et à Singapour, on suivait les événements de loin. Dès le mois d'août, on savait que le P. Candalh avait retenu son confrère Jurines et, sans trop le dire, on pensait qu'il avait eu raison. À la fin de septembre 1834, on connaissait leurs difficultés financières et c'est une lettre de Singapour qui nous confirme que le P. Galabert était bien revenu, comme prévu, à Batavia. Elle nous apprend aussi que de là il était parti pour Macao afin d'obtenir un soutien financier.

Quelques jours plus tard, le P. Boucho s'indigna que des missionnaires puissent se trouver dans l'obligation d'abandonner leur mission parce qu'ils mouraient de faim. Il était inconcevable d'abandonner une mission pour une question de quelques centaines de piastres. Le P. Boucho décida alors de prendre sur ses deniers et d'envoyer au P. Galabert soixante piastres, à charge à Macao de faire le reste.

Mais la situation évolua. Par une lettre officielle, Mgr Scholten rappela au vicaire apostolique du Siam (Mgr Florens) les prérogatives du préfet apostolique sur Sumatra et l'île de Nias : le second ne pouvait pas y envoyer de missionnaires sans l'autorisation du premier.

C'est probablement le P. Jean-Baptiste Pallegoix (1805-1862), provicaire du sud de la mission et résidant à Singapour, qui dut le premier avoir connaissance de cette lettre. Il en tira immédiatement les conséquences : l'impossibilité, pour la mission de Nias de perdurer à cause du porte-à-faux juridictionnel dans lequel elle se trouvait. Il écrivit donc au procureur de Macao lui demandant de ne pas renvoyer le P. Galabert à Padang, mais de l'orienter directement sur Penang ou bien sur Mergui (au Siam) où un poste était à pourvoir. Dans son esprit, l'expédition de Nias était d'ores et déjà enterrée. Il en était de même dans l'esprit du responsable, le P. Candalh. Ce dernier pensait qu'il n'était pas nécessaire de s'obstiner, étant donné l'impossibilité de pénétrer à l'intérieur de l'île de Nias sans être mis à mort ou vendu comme esclave. Il prit donc la décision de renvoyer le P. Jurines à Singapour pour recevoir les ordres de son confrère Pallegoix. Quant à lui, il resta à Padang, attendant d'être rappelé ou remplacé. Le P. Jurines qui, depuis sa réorientation en juin avait suivi les directives du P. Candalh sans trop savoir où cela le mènerait, quitta en effet Padang le 30 octobre, directement pour Singapour où il arriva le 20 novembre : pour lui, l'aventure était terminée.

C'est alors que le P. Candalh entrevit une autre solution. Le 23 novembre 1834, Mgr Scholten, en provenance de Batavia, arriva à Padang pour visiter ce poste pour la première fois. Il avait obtenu du gouvernement hollandais la permission d'y ouvrir une église catholique, à la condition de ne pas faire de prosélytisme. Une construction légère fut vite érigée et le préfet apostolique proposa au Père Candalh d'être le premier responsable de cette nouvelle paroisse. Sans attendre l'accord ni de Paris ni de son évêque, il accepta la proposition de Mgr Scholten. Il planifia même la possibilité de racheter des enfants nias esclaves à Padang, de les éduquer chrétiennement, et d'en faire, pour plus tard, de bons catéchistes.

Le 9 décembre, l'acte officiel désignant le P. Candalh comme curé de la paroisse catholique de Padang fut signé. Il était précisé que cette nomination avait valeur tant que le préfet apostolique de Batavia n'avait pas trouvé un prêtre hollandais pour le remplacer. Ainsi, la ville de Padang eut comme premier curé résident Jean-Jacques Candalh, missionnaire français des Missions Étrangères.

La liquidation

Il y a un homme dont on n'avait pratiquement plus de nouvelles depuis le mois d'août 1834 : Alexandre Galabert. Dès leur arrivée à Padang, le P. Candalh l'avait renvoyé à Batavia avec pour mission de trouver des ressources financières. N'ayant rien obtenu du préfet apostolique, le P. Galabert était alors parti pour Macao où le procureur le P. Legrégeois lui remit une somme de 800 piastres pour la mission de Nias. Nous savons que le 20 octobre, le provicaire Pallegoix avait demandé au procureur de Macao de ne pas renvoyer le P. Galabert à Padang. Mais avant que cette lettre ne parvienne, ce dernier était déjà reparti et arriva à Batavia le 26 décembre.

Début janvier 1835, le P. Galabert donna de ses nouvelles à Bangkok puis à Macao s'étonnant d'apprendre que, pendant son absence, le P. Jurines avait quitté Padang et Sumatra. Mais une lettre du P. Candalh l'attendait à Batavia lui demandant de le rejoindre à Padang, ce qu'il fit dans les jours qui suivirent. Le P. Galabert rejoignit donc le P. Candalh à Padang vers la fin janvier ou au début du mois de février 1835. L'abandon de cette mission fut décidé au mois d'avril et fut rendu effectif le 1er mai.

Le P. Candalh rend compte de cette décision au P. Boucho : "À cette date, nous avons abandonné Padang. En effet, il n'y avait aucun espoir chez les Nias qui sont farouchement anti-européens.

Fallait il rester à Padang? Mais on a reçu une lettre du préfet apostolique de Batavia nous annonçant qu'il envoyait un prêtre hollandais pour nous remplacer." Le P. Galabert apportait une autre précision : d'après ses dires, les autorités hollandaises leur avaient interdit officiellement de s'embarquer pour l'île de Nias et, parce qu'ils
étaient français, leur causaient les plus grandes difficultés à Padang. Le 5 mai ils furent à Batavia.

Au début du mois d'août 1835, le P. Boucho signala l'arrivée du P. Galabert à Penang et demanda à Mgr Jean-Paul Courvezy (1792-1857), successeur de Mgr Florens décédé l'année précédente, des directives pour la destination finale du jeune missionnaire. Il lui indiqua aussi que le P. Candalh avait rapporté à Macao ce qui restait de la somme consentie par le P. Legrégeois "pour cette malheureuse mission [auprès] des Nias."


Il n'y eut jamais de réponse à cette lettre. À une date indéterminée du mois d'août, Mgr Courvezy avait quitté Bangkok. Après un court arrêt à Singapour, il était allé jusqu'à Macao pour traiter directement certaines affaires avec le procureur Legrégeois. C'est de là qu'en trois lettres successives adressées à Paris il intervint pour la première fois dans cette aventure mais pour se dédouaner de toutes responsabilités dans l'affaire. Il reconnaissait qu'il venait de retrouver le P. Candalh à Macao, mais, disait-il, "J'ai refusé de lui parler et je l'ai traité comme un étranger," et il reprochait que ni le P. Galabert, ni le P. Candalh n'avaient fait connaître clairement les causes de leur échec.

D'ailleurs, il prétendait n'y être pour rien, étant donné qu'il n'avait aucunement pris part à cette expédition. Et pour se disculper totalement aux yeux des directeurs de Paris, il chercha un bouc émissaire. Le P. Candalh lui avait échappé en se remettant à la disposition du procureur Legrégeois. Il lui était bien difficile de faire porter la responsabilité de l'échec au P. Jurines qui n'y était pour rien et n'avait fait que suivre en toute bonne foi.

À son retour de Singapour, Mgr Courvezy fit alors retomber tous les torts sur le P. Galabert qui, le 6 décembre 1885, reçut à Penang une lettre de son évêque : le P. Galabert, accusé d'avoir dilapidé l'argent qu'on lui avait confié pour la mission de Nias, est déclaré suspens a divinis, c'est-à-dire interdit de ministère, jusqu'à ce qu'il ait reconnu sa faute et présenté une justification.

Le P. Boucho fut absolument outré et protesta auprès de Mgr Courvezy : "La lettre est arrivée à Galabert le matin même, écrit-il, mais pourquoi une telle sanction ?" L'évêque savait cependant très bien que le P. Galabert n'était en rien responsable, que le P. Candalh avait rapporté l'argent à Macao et avait rendu des comptes au procureur Legrégeois. Le jeune missionnaire se soumit, mais il ne faut pas s'étonner s'il en tomba malade ! Et c'est sur cette triste lettre que le rideau se ferma sur le rêve de Nias et de Sumatra.

                                                                                                                                 Vincent Le Baron

Les Missions Étrangères de retour en Indonésie

La prise du pouvoir par les communistes dans plusieurs pays d’Asie, notamment, la Chine, le Vietnam, le Cambodge, le Laos a été l’occasion du retour en Indonésie de la Société des Missions Étrangères. Après l’expulsion des missionnaires de ces pays, la Société a été contrainte de redistribuer son personnel. Certains missionnaires sont restés en France parce que trop âgés pour repartir vers une nouvelle mission, ou trop faibles pour tenter une nouvelle aventure missionnaire. D’autres ont jugé préférable de repartir plutôt que de rester en France. C’est ainsi que quelques missionnaires ont choisi de repartir en Indonésie.

Ils y ont reçu un accueil fraternel de la part des évêques et des prêtres locaux en charge de l’apostolat dans l'archipel indonésien. Treize prêtres de la Société des Missions Étran- gères arrivent en Indonésie, de 1976 à 1980.

Pour faciliter leur accueil et ne pas surcharger l’Église d’Indonésie de troupes qui ne sont plus très jeunes — la majorité des nouveaux arrivants ont la cinquantaine et ont déjà passé de 10 à 20 ans en mission — d’un commun accord entre la Société et les évêques d’Indonésie, les missionnaires sont distribués dans 6 diocèses différents (Padang, Pangkalpinang, Palembang, Tanjungkarang, Atambua, Bali), d’ouest en est sur quelque 2 500 kilomètres.

Tous ces diocèses sont dirigés par des évêques issus de Congrégations religieuses : S.X. (Xavériens) à Padang, SS.CC. (Pères des Sacrés-Cœur, dits Pères de Picpus) à Pangkal Pinang, S.C.J. (Sacré-Cœur de Saint-Quentin) à Palembang et à Tanjung Karang, S.V.D. (Société du Verbe Divin) à Bali et à Atambua (Timor). Les prêtres des Missions Étrangères font une expérience nouvelle et enrichissante en collaborant avec des religieux, en apprenant à vivre (quelquefois à cohabiter) avec eux. Par contre, ils sont tellement éloignés les uns des autres qu’ils ne peuvent se rencontrer que rarement : en général, une fois par an, à l’occasion d'une retraite annuelle.

groupe des missions Étrangères (indonésie-1982)

 

Cette situation fait en sorte qu’il ne peut y avoir de politique concertée et organisée d’évangélisation, chacun essayant de son mieux de s’adapter aux conditions de vie et de travail du diocèse vers lequel il a été envoyé.

Marcel Arnould

Après avoir passé 22 ans dans le diocèse de Kontum (Vietnam), au milieu des chrétiens montagnards de la région de Dak-to, et les avoir accompagnés dans leur exode dans la province de Cheo-Reo lors de la prise du pouvoir par les communistes, il est expulsé du Vietnam en 1975.

Il reçoit ensuite une nouvelle affectation pour le diocèse de Pangkalpinang, en Indonésie. Il arrive dans ce diocèse, en compagnie de deux confrères, Yves Ramousse et Henri Jourdain le 23 décembre 1977. Comme il parle déjà correctement l’indonésien, il est alors envoyé directement dans l’Ile de Belitung, comme responsable de l’unique paroisse de l’île, située dans la ville principale de Tanjungpandan. Après avoir dirigé cette paroisse sans interruption de 1977 à 1993, il est nommé curé de Belinyu, dans l’Ile de Bang-ka de 1994 à 2000. Il est ensuite placé à la cathédrale de Pangkalpinang, en charge de la Légion de Marie.

Roger Bianchetti

Ordonné prêtre en 1943, il reçoit son affectation pour la mission de Kontum (Vietnam). Pour rejoindre sa mission, il doit d’abord accepter de partir comme aumônier militaire au service du CEF (Corps Expéditionnaire Français) en Indochine. Il remplit cette charge de 1945 à 1950, avant d’arriver dans sa mission. En 1951, il s’installe dans le village de Buon-sut-Hluot, en pays rhadé, où il crée et développe des communautés chrétiennes. Il publie aussi un catéchisme rhadé et une étude sur les coutumes rhadés.

Après la prise du pouvoir par les communistes en 1975, il quitte le Vietnam. En 1976, il repart en mission au service du diocèse d'Atambua, en Indonésie mais en 1979, des ennuis de santé l’obligent à aller se soigner en France. En 1982, il veut rejoindre sa mission en Indonésie, mais ne pouvant obtenir son visa de séjour, il doit regagner la France. Il revient alors dans le diocèse d’Annecy, où il collabore avec les équipes pastorales jusqu’à son décès, le 2 novembre 1998.

Paul Billaud

Après avoir été coopérant au Maroc, il est ordonné prêtre le 6 juillet 1975, il reçoit sa destination pour le diocèse de Tanjungkarang, en Indonésie, où il arrive au mois de mars 1978. Il commence l’étude de la langue indonésienne à Bandung puis, en 1979, est nommé vicaire dans la paroisse de Bandarjaya. Il va ensuite étudier le javanais à Yogyakarta, de juillet 1979 à mars 1980, puis il est chargé de la paroisse de Bandarjaya, de 1980 à 1986 ; curé de la paroisse de Kedaton, de 1986 à 1994 ; économe du diocèse de Tanjungkarang, de septembre 1994 à 2000. Il est ensuite rappelé à Paris, où il est nommé économe général adjoint de la Société des Missions Étrangères. En 2004, il revient dans le diocèse de Tanjungkarang.

François Darricau

Il est ordonné prêtre le 29 juin 1947, après avoir été prisonnier en Allemagne de 1940 à 1945 et part pour la mission de Saïgon (Vietnam) le 14 novembre 1947. Après l’étude de la langue, il est nommé professeur au petit séminaire de Saïgon puis, en 1953, curé de la paroisse de Don-duong. En 1958, il fonde un nouveau poste à M'Lon et est nommé responsable de l'évangélisation des Montagnards dans le diocèse de Dalat. Expulsé du Vietnam en 1975, il reçoit alors une nouvelle affectation pour le diocèse de Palembang, en Indonésie, où il arrive à l’automne 1976.

Après quelques mois d’étude de la langue, il est nommé curé de la paroisse de Bengkulu, située à l’extrême ouest du diocèse. Sa paroisse, composée en majorité de transmigrants, s’étend du nord au sud sur près de deux cents kilomètres. Il se donne avec zèle aux nombreuses activités de sa paroisse et construit une nouvelle église à Bengkulu. Mais, en 1984, sa santé faiblit. Un infarctus l’oblige à prendre une semi-retraite à Curup jusqu’en 1987. Il prend alors la décision de rentrer définitivement en France. Revenu à Paris, il se met au service du Centre France-Asie, avant d’être nommé, en 1993, supérieur de la maison de la rue du Bac. En 1997, il se retire au sanatorium de Montbeton où il meurt le 30 août 1997.

Joseph Gourdon

Il est ordonné prêtre le 28 juin 1973 et part pour le Vietnam le 4 janvier 1975. Il commence l’étude
du vietnamien à Da-lat mais, en raison de la prise du pouvoir par les communistes, il est bientôt expulsé du pays avec les autres missionnaires. Il va alors étudier l’anglais à Londres avant de partir pour une nouvelle destination : le diocèse de Tanjungkarang, en Indonésie.

Il arrive dans sa nouvelle mission le 17 mars 1978. Il s’initie à l’indonésien à Bandung, fait un stage de pastorale à Kalirejo, puis va étudier le javanais à Yogyakarta jusqu’en 1980. Il est ensuite nommé vicaire à Pringsewu, où est retiré et fait office de curé l’ancien évêque hollandais du Lampung, Mgr Hermelink. En 1984, il est nommé curé de Kotagajah, et, en 1996, il responsable du district de Kalirejo.

Christian Grison

Il est ordonné prêtre le 30 juin 1957 et part pour la mission de Saïgon le 1er octobre suivant. Après l’étude du vietnamien, il est nommé en 1959 vicaire à Xom-chieu, près de Saïgon En 1960, il va fonder un nouveau poste chez les Churu, puis de 1961 à 1965, il est affecté à l’école des catéchistes du Cam-ly, à Da-lat. Il est ensuite curé de Djiring, en milieu koho, de 1965 à 1975. Blessé en 1975, durant l’offensive des Viêt-công, il est ensuite rapatrié en France, puis affecté au service de l'Information à la rue du Bac de 1977 à 1980, avant de recevoir une nouvelle affectation pour le diocèse de Bali, où il finit par arriver en 1982, après maints efforts pour obtenir un visa. Il commence par se perfectionner en indonésien, dont il a commencé l’étude à Paris, tout en assurant l’administration du poste de Singaraja, et, en 1983, est nommé vicaire à la cathédrale de Denpasar.

En 1984, il est chargé de fonder la nouvelle paroisse d’Amlapura, située sur le flanc du volcan Gunung Agung à l’extrême est de Bali. Il y construit un presbytère et un jardin d’enfants. Il assume cette charge jusqu’en 1999, puis revient en France en août 2000. Il rejoint ensuite la maison retraite de Lauris.

Henri Jourdain

Après son ordination sacerdotale le 1er juin 1952, il part pour la mission de Mandalay le 13 juillet 1953. Il commence l’étude du birman à Amlapura et Chantaywa, puis est chargé du poste de Mualpi en 1955. Expulsé de Birmanie en 1966, il est alors affecté à la paroisse de M’lon, dans le diocèse de Dalat (Vietnam) jusqu’à son expulsion du Vietnam en 1975. Il reçoit ensuite une nouvelle affectation pour le
diocèse de Pangkalpinang, en Indonésie. Il arrive dans ce diocèse, en compagnie de deux confrères, Yves Ramousse et Marcel Arnould, le 23 décembre 1977. Après un cours d'indonésien à Bandung, il est nommé vicaire, puis curé de Tanjungpinang, avec la charge de 1 350 îles, situées dans l’Archipel de Riau. Il rayonne en bateau vers ces îles dispersées jusqu’aux îles Anambas à plus de trois cents km au nord-est et l’archipel de Natuna à six cents km au nord, dans la mer de Chine. Pour l’essentiel, sa communauté est composée de Chinois immigrés depuis la fin du XIXe siècle, pour travailler dans les mines d’étain de ces îles et de Florésiens, venus chercher fortune.

À partir de février 1990, l’évêque de Pangkalpinang le nomme en outre coordinateur de la pastorale de ce vaste secteur.

Vincent Le Baron

Après avoir été coopérant au Laos, il est ordonné prêtre le 4 juillet 1976, puis est affecté à la mission de Tanjungkarang en Indonésie, où il arrive le 17 mars 1978. Il commence l’étude de la langue indonésienne à Bandung puis, en 1979, est nommé vicaire dans la paroisse de Metro.

Il va ensuite étudier le javanais à Yogyakarta, du mois de juillet 1979 au mois d’avril 1980. Dès son retour, il est nommé par Mgr A. Henrisoesanta le nouvel évêque indonésien, vicaire à la paroisse de Kotagajah, à 75 km au nord de Tanjungkarang. En 1984, l’évêque lui propose le poste de Baradatu, desserte de la grande paroisse de Kotabumi, qui s’étend sur près de huit milles km2, pour y mettre en route un centre paroissial, avec 17 autres postes satellites. Il assume cette charge jusqu’en 1997, puis est nommé curé de Sidomuluo, de 1997 à 2001. Il est ensuite chargé du secteur de Bakauhuni.

Maurice Le Coutour

Après son ordination sacerdotale le 19 février 1961, il reçoit son affectation pour la mission du Cambodge. Arrivé à Phnom-Penh au mois de mai 1961, il étudie d’abord le vietnamien et le khmer, puis est chargé de la paroisse de Chhlong, dans la préfecture de Kompong Cham.

Il vient ensuite fonder à Phnom-Penh un centre d’artisanat de sculpture, destiné aux jeunes Cambodgiens. Ce centre de formation artisanale prospère rapidement mais, en 1975, les Khmers rouges prennent le pouvoir et tous les missionnaires doivent quitter le Cambodge. Il est alors affecté au diocèse de Palembang, en Indonésie, où il arrive en 1976. Il étudie d’abord l’indonésien puis se dirige en 1978 vers l’île de Bali, où l’invite l’évêque de Denpasar, pour fonder une école de sculpture balinaise à Gyanyar. Il entretient et développe ce centre artisanal pendant vingt ans, puis en cède la direction à l’église locale. Après son départ, ce centre continue de fonctionner et d’obtenir de bons résultats, guidé par Jean-Philippe Haure, ancien coopérant.

Le P. Maurice Le Coutour essaie alors de relancer l’artisanat khmer, mais le Cambodge a beaucoup changé, et il ne peut donner suite à son projet. En 1996, il se décide à revenir en France et accepte de prendre en charge la cure de Sault, en Provence, où il meurt subitement le 24 mars 2005.

Jean Moriceau

Il est ordonné prêtre le 29 mai 1949 au séminaire des Missions Étrangères et part le 27 septembre 1949 pour la mission de Saïgon, au Vietnam. Après avoir étudié le vietnamien à Cho-quan et à My-tho en 1951, il est nommé curé de Binh-dai en janvier 1953 ; responsable de la chrétienté de Djiring de 1953 à 1961 ; puis de la nouvelle chrétienté de B’tong de 1961 à 1966. En raison de la guerre et de l’insécurité, il doit ensuite se réfugier avec ses chrétiens au chef-lieu de la province de Quang-duc. Expulsé du Vietnam en 1975 avec les autres missionnaires, il reçoit alors une nouvelle affectation pour le diocèse de Palembang en Indonésie, où il arrive à l’automne 1976.

Après l’étude de la langue indonésienne, il est nommé vicaire à Baturaja, puis curé de Curup. Il y construit une église, un presbytère et un grand centre scolaire, fréquenté à la fois par les chrétiens et les musulmans de la région. La paroisse de Curup est composée en majorité de commerçants chinois, installés depuis longtemps en ville, et de transmigrants javanais ou batak, nouvellement arrivés, dans les postes secondaires. Le P. Jean Moriceau assume la charge de cette paroisse sans interruption, de 1978 à 2000. Il se retire ensuite dans la chrétienté secondaire de Sindang, où les Soeurs Jeanne Delanoue ont installé leur noviciat.

Gérard Moussay

Après avoir passé dix-huit ans au Vietnam, d’abord comme curé de Tân-ly, puis organisateur de la nouvelle paroisse de Hiêp-Nghia (province de Binh-tuy), il fonde en 1968 le Centre culturel cham de Phanrang, qu’il dirige jusqu’à la prise du pouvoir par les communistes en 1975. Expulsé du Vietnam avec les autres missionnaires, il reçoit une nouvelle affectation en 1976 pour le diocèse de Padang, en Indonésie.

Après l’étude de l’indonésien et du minangkabau en 1976 et 1977, et un cours d’arabe et d’islamologie à Rome en 1978, il est vicaire à Bukit Ting- gi, de 1978 à 1981, puis curé de la même paroisse, de 1981 à 1993. Cette paroisse, qui compte environ mille cinq cents fidèles, est composée en majorité de commerçants chinois, installés de longue date dans cette ville, ainsi que d’émigrés batak et javanais. Tous les autochtones, les Minangkabau, sont de religion musulmane. En 1981, le P. Gérard Moussay fonde une Alliance française pour aider les jeunes de cette ethnie, et apprend la langue minangkabau, dont il publie un dictionnaire et une grammaire. En 1993, il est rappelé à Paris comme responsable du Service des archives à Paris.

Ferdinand Pecoraro

Après son ordination sacerdotale, le 21 décembre 1946, il part pour la mission du Tibet le 29 avril 1947. Il étudie d’abord le chinois à Chungking puis à Tatsienlou et, en 1948, est nommé aumônier de la léproserie de Mo Si Mien puis, en 1949, curé de la paroisse de Se Ma Kiao. Expulsé de Chine en 1953, il revient alors en France, et travaille avec Francis Goré à la rédaction du dictionnaire français-tibétain. Il reçoit ensuite une nouvelle affectation pour la mission de Hualien, à Taiwan. De 1955 à 1971, il est en charge de l’ethnie taroko. Il étudie le taroko et, de retour en France pour un congé en 1971, rédige un dictionnaire et une grammaire de cette langue.

Dans l’impossibilité de repartir à Taiwan pour des raisons administratives, il reçoit une nouvelle affectation pour le diocèse de Tanjungkarang, en Indonésie. Il part rejoindre sa mission le 16 février
1978. Après l’étude de la langue indonésienne à Bandung, il est nommé vicaire à la cathédrale de Tanjungkarang. En 1979, il est nommé vicaire général du diocèse par Mgr Henrisoesanta. Il occupe cette charge jusqu’à son retour en France en 2000 pour raison de santé. Il meurt le 26 janvier 2002 dans sa famille à Charmauvilliers.

Yves Ramousse


Ordonné prêtre le 4 avril 1953, il part pour le Cambodge le 18 mars 1957. Après l’étude du vietnamien et du khmer, il est nommé professeur au grand séminaire de Saïgon en 1960 ; professeur au petit séminaire de Phnom-penh, en 1961 ; professeur au séminaire de Bièvres en 1962 ; évêque de Pisita et vicaire apostolique du Cambodge, en 1963. Expulsé du Cambodge, en 1975, il est ensuite affecté au diocèse de Pang-kalpinang, en Indonésie. Il est vicaire à Tanjung-pinang (Riau), de 1978 à 1983.

Il est ensuite nommé responsable du Bureau pour la Promotion de l'Apostolat auprès des Cambodgiens. En février 1989, il peut revenir au Cambodge et, le 25 juillet 1992, reçoit une nouvelle nomination comme vicaire apostolique de Phnom-Penh. Le 21 décembre suivant, il est en outre nommé administrateur apostolique de la préfecture de Battambang. En 1997, il ordonne son coadjuteur, Mgr Émile Destombes, qui lui succède en 2000, comme vicaire apostolique de Phnom-Penh.
 

Antoine Vitte

Après son ordination sacerdotale le 3 juin 1951, il part le 25 septembre suivant pour le diocèse d’Hanoi (Vietnam). Il étudie d’abord le vietnamien à Hanoi puis est envoyé dans la paroisse de Thuong-lam. Après les Accords de Genève en 1954, il doit quitter le Nord-Vietnam et rejoint le diocèse de Saïgon, où il est chargé de la paroisse de Loc-ninh. En 1972 et 1973, il est fait prisonnier par les Viet-Cong et emmené pendant 15 mois en forêt. Après sa libération, il revient en France. En 1976, il reçoit une nouvelle affectation pour le diocèse de Padang, en Indonésie. De 1977 à 1988, il est curé de la paroisse d’Air Molek, dans la province de Riau. Il va ouvrir ensuite, avec les encouragements de son évêque, un nouveau poste missionnaire à Siam-bul, chez les Talang Mamak, minorité ethnique installée dans la forêt, au sud de Rengat. Pendant plusieurs années, il contribue de toutes ses forces au développement et à la formation de cette nouvelle chrétienté. En 2003, une santé de plus en plus fragile l’oblige à revenir en France.

Christian Wittwer

Il est ordonné prêtre le 31 mai 1953 et part pour la mission de Battambang (Cambodge) le 19 novembre suivant. Il commence l’étude du vietnamien à Banam, puis il est envoyé à Kampot de 1955 à 1962 ; à Pursat, de 1965 à 1969, et à Battambang, en 1970. Après l’expulsion des missionnaires en 1975, il revient à Paris, et, en 1978, est affecté au diocèse de Padang, en Indonésie.

Après l’étude de la langue indonésienne, il est envoyé à Air Molek, comme socius du P. Antoine Vitte puis fait un intérim à Bukit Tinggi. Il est ensuite nommé à Kota Baru comme vicaire dans une paroisse de transmigrants javanais, récemment fondée et administrée par les missionnaires Xavériens. Après avoir passé six ans, de 1983 à 1989, dans cette chrétienté difficile, il vient collaborer avec le P. Jean Moriceau, à Curup, dans le diocèse de Palembang. En 1996, il revient en France pour raison de santé et, en 1997, se retire à la maison d’accueil de Lauris.

Les derniers arrivants

Pendant vingt ans, aucun jeune missionnaire n’a été envoyé vers l’Indonésie, d’une part parce que les aspirants missionnaires sont devenus de moins en moins nombreux, d’autre part parce que le gouvernement indonésien a mis des conditions difficiles pour permettre à des prêtres étrangers de résider sur son territoire.

C’est ainsi que tous les prêtres des Missions Étrangères ont du prendre la nationalité indonésienne pour pouvoir continuer de travailler en Indonésie. Depuis 1978, l’obtention d'un permis de séjour n'est possible que pour les missionnaires possèdant une spécialité universitaire ou technique, qui puisse être utile et profitable à l’Indonésie. C’est dans ce cadre, qu’ont été nommés les deux derniers aspirants : Jean-François Meuriot et Émmanuel Danjoux.

Jean-François Meuriot

Après des études en mécanique industrielle et une coopération en Malaisie (1996-1998), il rejoint les Missions Étrangères de Paris. Il est ordonné prêtre le 24 juin 2001 à Besançon, et reçoit son affectation pour le diocèse de Semarang en Indonésie. Il part rejoindre sa mission le 4 février 2003, et commence l’étude de l’indonésien à Yogyakarta. Il est ensuite nommé professeur de travaux pratiques à la faculté de technologie de l’Université catholique Sanata Dharma, à Yogyakarta, puis à la faculté de théologie de la même université, tout en assurant un service pastoral dans les paroisses de Gamping puis de Boro. En 2006, son évêque, Mgr Ignatius Suharyo, lui demande de revenir en France pour préparer un doctorat en sociologie.

Émmanuel Danjoux

Il a fait des études de droit à Montpellier et, après un DEA en droit public, il a été assistant pendant 5 ans à la Faculté de Droit d’Avignon. En 2003, il demande son admission dans la Société des
Missions Étrangères. Le 5 février 2006, il est ordonné diacre en vue du ministère presbytéral par Mgr Robert Wattebled en l’église Saint-Luc de Nîmes. Le même jour, il est agrégé définitivement à la Société des Missions Étrangères, et reçoit sa destination pour l’Indonésie. Il a été ordonné prêtre le dimanche 17 décembre 2006 et se prépare à rejoindre sa mission dans un avenir proche.

À ces deux jeunes missionnaires, il faut ajouter un autre prêtre, René d'Huy, ordonné prêtre en 1988 dans le diocèse de Créteil. Après plusieurs années de service pastoral comme curé dans son diocèse, il a demandé son admission dans la Société des Missions Étrangères, en tant que prêtre associé pour une période de six ans. C’est ainsi qu’en 2002, il a pu partir pour l’Indonésie et fut reçu comme professeur de droit rural à l’Université du Lampung (UNILA). Il contribua jusqu'en 2007 à mettre en place des programmes et échanges inter-universitaires entre l'Indonésie et la France.
 

                                                                                                                                G. Moussay